Plus la Crucifixion approche, plus Jésus passe de temps avec ses disciples. Il leur parle des souffrances qui l'attendent. Mais ses disciples ne le comprennent pas ; ils ne pensent pas aux souffrances et à la mort, mais à la gloire et aux privilèges. De là vient la dispute : « Qui est le plus grand ? À qui reviendra le plus de pouvoir dans le Royaume du Messie ? ». Et Jean, en outre, cherche à protéger les douze disciples de la concurrence des « étrangers ». La frontière du « cercle des nôtres » est alors tracée selon un critère très simple : « les nôtres », ce sont ceux qui marchent avec nous.
Le Christ rejette à la fois les tentatives d'édifier une pyramide de pouvoir et d'honneurs, et le désir de transformer la communauté des disciples en club fermé. Il dit directement à Jean : « Ne l'empêchez pas ». Puis il commence soudain une conversation sur le danger des scandales, qu'il conclut par ces mots : « Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres ». On peut voir ici un écho à la question de Jean et aux disputes des disciples pour savoir qui est le plus grand. Le désir de séparer les « nôtres » des « étrangers », puis de ranger les « nôtres » par ordre de rang, détruit la paix, rend les hommes soupçonneux et hostiles. Sans paix entre eux, les disciples du Christ ne peuvent accomplir leur mission dans le monde : être « le sel de la terre » (Mt 5:13). (Rappelons qu'on salait toute offrande avant de l'apporter à Dieu sur l'autel (Lv 2:13). Le sel rendait pour ainsi dire l'offrande apte pour Dieu).
Que signifie le mot « scandale » ? D'autres traductions de ce mot grec (« skandalon ») sont : piège, trappe, lacet. C'est tout ce qui, par tromperie, en cachette, pousse le simple à tomber, ou simplement gêne et fait obstacle. Réfléchissons à la mesure dans laquelle la lutte pour le pouvoir, les querelles et les divisions entre chrétiens servent de scandale pour ces « petits » et empêchent ceux qui cherchent la Vérité de parvenir à la foi qui sauve.
