Quiconque est familier avec l'Évangile connaît les paraboles de Jésus sur la pierre angulaire, avec laquelle Il se compare Lui-même, en sous-entendant par maison ce Royaume messianique, qu'Il a apporté au monde. Et Paul parle du Christ, comme de la pierre angulaire, sur laquelle est fondée l'Église. Comme on voit, un tel rappel était opportun dans toutes les époques, sans exclure et le début de l’ère chrétienne...
Quiconque est familier avec l'Évangile connaît les paraboles de Jésus sur la pierre angulaire, avec laquelle Il se compare Lui-même, en sous-entendant par maison ce Royaume messianique, qu'Il a apporté au monde. Et Paul parle du Christ, comme de la pierre angulaire, sur laquelle est fondée l'Église. Comme on voit, un tel rappel était opportun dans toutes les époques, sans exclure et le début de l’ère chrétienne. On pourrait penser que pour tout chrétien cette vérité doit être tout à fait évidente. Mais tout de même déjà au temps de Paul tout n’était pas aussi simple. Pourquoi donc ainsi? Peut-être, à cause de cette religiosité, qui pénétrait alors la vie si ce n’est pas de toute l'Église, alors au moins de sa composante juive?
Mais il ne s’agit en effet même pas de la religion et non de la religiosité, mais de certaines discussions et conflits dans l'église Corinthienne, probablement, menaçant même sa propre existence. Bien sûr, il devait avoir pas mal d’hébreux dans l'église corinthienne (la communauté juive de Corinthe était l’une des plus grandes dans l'Empire romain), et les relations des Juifs, comme on le sait, avec les récents païens n’étaient pas dans les communautés d'église toujours simples.
Cependant on peut penser que la tendance aux disputes et différends se manifestait, indépendamment de son origine. Il est difficile de dire exactement de quel genre étaient ces disputes et différends; il est seulement clair que la communauté d'église s'est divisée en une certaine sorte de partis théologiques prétendant si ce n’est pas à l'exclusivité, alors au moins, à la priorité. Voici dans ces conditions l'apôtre rappelle ce seul fondement de l'Église, dont il ne faut pas chercher de remplacement. Et le problème ici n’est pas simplement dans le fait que disputer des priorités en plus, Qui est le vrai chef de l'Église, est au minimum ridicule.
Le problème est encore dans le fait que, qu'est-ce que c'est l'Église, de quoi dépend sa vie. Les disputes sur la primauté, sur les priorités, même sur l'orthodoxie de certaines opinions commencent d'habitude lorsque ceux qui disputent, au plus fort de leur discussion oublient leur Chef et commencent à penser que le destin de l'Église dépend vraiment de l'issue de leur dispute, parfois très violente. Peut-être, dans certains cas tel aurait été le cas, si l'Église était une organisation religieuse ordinaire, dont le destin est défini par ses leaders et autorités reconnues.
Et c’est là le problème, le fait est que l'Église n’est pas une organisation religieuse, mais le corps de Christ. Et seul son Chef peut définir son destin. Et les leaders et les autorités ne peuvent déterminer, au plus, que le destin de certaines structures et instituts «d'église», et plus exactement près d’église. Et l'apôtre appelle ses coreligionnaires à ne pas oublier cela. Et ne pas transformer le corps de Christ en club de discussion, dans lequel chacun prétend à la suprématie, ayant oublié le véritable Chef.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.