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La Bible en cinq ans pour le 28 novembre 2023

La Bible de Jérusalem (fr)

Ezéchiel, Chapitre 17

I. Avant le siège de Jérusalem> 1 Allégorie de l’aigle.
La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
Fils d’homme, propose une énigme et présente une parabole à la maison d’Israël.
Tu diras : Ainsi parle le Seigneur Yahvé.Le grand aigle, aux grandes ailes,
à l’envergure immense,
couvert de plumes multicolores,
vint au Liban
et prit la cime du cèdre ;
il cueillit le plus haut de ses rameaux,
l’emporta au pays des marchands
et le déposa dans une ville de trafiquants.
Puis il prit une des semences du pays
et la mit dans un champ préparé ;
au bord d’un cours d’eau abondant,
il la mit comme un saule.
Elle poussa et devint une vigne féconde,
de taille modeste,
qui tourna ses branches vers l’aigle,
alors que ses racines étaient sous elle.
Elle devint une vigne,
donna des tiges et poussa des sarments.
Il y eut un autre grand aigle,
aux grandes ailes, aux plumes abondantes.
Et voici que cette vigne tendit ses racines vers lui
et dirigea vers lui ses branches,
pour qu’il l’arrosât,
depuis le parterre où elle était plantée.
Dans un champ fertile,
au bord d’un cours d’eau abondant,
elle était plantée,
pour pousser des branchages et porter du fruit,
pour devenir une vigne magnifique.
Dis : Ainsi parle le Seigneur Yahvé.
Réussira-t-elle ?
L’aigle ne va-t-il pas arracher ses racines,
ôter ses fruits,
en sorte que sèchent toutes les feuilles nouvelles qu’elle poussera
sans qu’il soit besoin d’un bras puissant et d’un peuple nombreux
pour l’enlever de ses racines ?
10 La voici plantée, réussira-t-elle ?
Au souffle du vent d’est, ne va-t-elle pas sécher ?
Sur les parterres où elle a poussé, elle séchera !
11 La parole de Yahvé me fut adressée en ces termes :
12 Parle à l’engeance de rebelles. Ne savez-vous pas ce que cela signifie ? Dis : Voici que le roi de Babylone est venu à Jérusalem ; il en a enlevé le roi et les princes et les a emmenés chez lui, à Babylone.
13 Il a pris un rejeton royal et a conclu alliance avec lui, il lui a fait prêter serment, après avoir enlevé les grands du pays,
14 pour que le royaume demeure modeste et sans ambition, et pour qu’il garde son alliance et la maintienne.
15 Mais ce prince s’est révolté contre lui, en envoyant des messagers en Égypte pour se faire donner des chevaux et des gens en grand nombre. Réussira-t-il ? S’en tirera-t-il, celui qui a fait cela ? Il a rompu l’alliance et il s’en tirerait ?
16 Par ma vie, oracle du Seigneur Yahvé, je le jure : c’est dans le pays du roi qui l’a fait régner, lui dont il a méprisé le serment et rompu l’alliance, c’est en plein milieu de Babylone qu’il mourra.
17 Avec sa grande armée et ses troupes nombreuses, le Pharaon ne le sauvera pas par la guerre, lorsqu’on élèvera un remblai et qu’on construira des retranchements, pour détruire tant de vies humaines.
18 Il a méprisé le serment en rompant l’alliance, alors qu’il s’était engagé et avait fait tout cela : il ne s’en tirera pas.
19 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé. Par ma vie, je le jure : mon serment qu’il a méprisé, mon alliance qu’il a rompue, je les ferai retomber sur sa tête.
20 J’étendrai mon filet sur lui, il sera pris dans mon rets, je le mènerai à Babylone et je l’y punirai de l’infidélité qu’il a commise envers moi.
21 Quant à toute son élite, parmi toutes ses troupes, elle tombera par l’épée, et les survivants seront éparpillés à tous les vents. Et vous saurez que moi, Yahvé, j’ai parlé.
22 Ainsi parle le Seigneur Yahvé :Moi, je prendrai à la cime du grand cèdre,
au plus haut de ses rameaux je cueillerai une jeune pousse
et je la planterai moi-même sur une montagne élevée et altière.
23 Sur la haute montagne d’Israël je la planterai.
Elle poussera des branchages,
elle produira du fruit et deviendra un cèdre magnifique.
Toutes sortes d’oiseaux habiteront sous lui,
toutes sortes de volatiles reposeront à l’ombre de ses branches.
24 Et tous les arbres de la campagne sauront que c’est moi, Yahvé,
qui abaisse l’arbre élevé et qui élève l’arbre abaissé,
qui fais sécher l’arbre vert et fleurir l’arbre sec.
Moi, Yahvé, j’ai dit et je fais.
Lire la suite:Ezéchiel, Chapitre 18
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

3 m) Nabuchodonosor qui, en 597, plaça sur le trône de Jérusalem Sédécias, après avoir déporté Joiakîn, cf. vv. 12s.


5 n) Avant « au bord » hébr. ajoute « prends »; omis par les versions.


7 o) « un autre » versions ; « un seul » hébr. — C’est l’Égypte, sur laquelle Sédécias eut toujours la tentation de s’appuyer contre Babylone, cf. v. 15.


9 p) « Réussira-t-elle » mss, versions ; « elle réussira » hébr.


17 q) « sauvera » yoshîa` conj. ; « fera » ya `aseh hébr.


21 r) « son élite » mibeharayw d’après mss, Targ. et syr. ; « ses fuyards » miberahayw hébr.


22 s) Après l’explication en prose, le poème reprend pour annoncer le rétablissement futur, présenté comme une ère messianique.


22 t) L’hébr. ajoute « et je donnerai », omis par versions et plusieurs mss.


À la différence du livre de Jérémie, celui d’Ézéchiel se présente comme un tout bien ordonné. Après une introduction, 1.3, où le prophète reçoit de Dieu sa mission, le corps du livre se divise clairement en quatre parties : 1° les chap. 4-24 contiennent presque uniquement des reproches et des menaces contre les Israélites avant le siège de Jérusalem ; 2° les chap. 25-32 Sont des oracles contre les nations, où le prophète étend la malédiction divine aux complices et aux provocateurs de la nation infidèle ; 3° dans les chap. 33-39, pendant et après le siège, le prophète console son peuple en lui promettant un avenir meilleur ; 4° il prévoit enfin, chap. 40-48, le statut politique et religieux de la communauté future, rétablie en Palestine.

Cependant, cette logique de la composition dissimule de sérieuses failles. Il y a de nombreux doublets, ainsi 3.17-21 = 33.7-9 ; 8.25-29 = 33.17-20, etc. Les indications sur le mutisme dont Ézéchiel est frappé par Dieu, 3.26 ; 24.27 ; 33.22, sont séparées par de longs discours. La vision du char divin, 1.4 – 3.15, est interrompue par celle du livre, 2.1 – 3.9. De même, la description des péchés de Jérusalem, 11.1-21, fait suite au chap. 8 et coupe manifestement le récit du départ du char divin qui, de 10.22, se continue en 11.22. Les dates données dans les chap. 26-33 ne se suivent pas. Ces maladresses sont difficilement imputables à un auteur écrivant son ouvrage d’un seul jet. Il est beaucoup plus vraisemblable qu’elles sont le fait de disciples travaillant sur des écrits ou des souvenirs, les combinant et les complétant. Le livre d’Ézéchiel a donc eu, dans une certaine mesure, le sort des autres livres prophétiques. Mais l’égalité de la forme et de la doctrine nous assure que ces disciples nous ont gardé fidèlement la pensée et, généralement, la parole même de leur maître. Leur travail rédactionnel est surtout sensible dans la dernière partie du livre, 40-48, dont le noyau remonte cependant à Ézéchiel lui-même.

D’après l’état actuel, Ézéchiel a exercé toute son activité parmi les exilés de Babylonie entre 593 et 571, les dates extrêmes données par le texte, 1.2 et 29.17. On s’est étonné que, dans ces conditions, les oracles de la première partie paraissent adressés aux habitants de Jérusalem et que parfois Ézéchiel ait l’air d’être corporellement présent dans la ville, surtout 11.13. On a donc émis l’hypothèse d’un double ministère d’Ézéchiel : il serait resté en Palestine et y aurait prêché jusqu’après la ruine de Jérusalem en 587. C’est seulement alors qu’il aurait rejoint les captifs de Babylonie. La vision du rouleau en 2.1–3.9 marquerait la vocation du prophète en Palestine, celle du char divin, 1.4-28 et 3.10-15, marquerait l’arrivée chez les exilés. Le transfert de cette vision au début du livre en aurait changé toute la perspective. Cette hypothèse sert à répondre à certaines difficultés, mais elle en soulève d’autres. Elle entraîne de sérieux remaniements du texte, elle doit admettre que, même pendant son ministère « palestinien », Ézéchiel vivait ordinairement en dehors de la ville, puisqu’il y est « transporté », 8.3, et il est curieux que, si Ézéchiel et Jérémie ont prêché ensemble à Jérusalem, ni l’un ni l’autre ne fasse allusion au ministère de son confrère. D’autre part, les difficultés de la thèse traditionnelle ne doivent pas être exagérées : les reproches adressés aux gens de Jérusalem servaient de leçon aux exilés et, lorsque Ézéchiel paraît être dans la Ville Sainte, le texte dit explicitement qu’il y est transporté « en vision », 8.3, comme il en est ramené « en vision », 11.24. L’hypothèse d’un double ministère ne garde que peu de partisans.

Quelle que soit la solution adoptée, la même grande figure se dégage du livre. Ézéchiel est un prêtre, 1.3. Le Temple est sa préoccupation majeure, qu’il s’agisse du Temple présent qui est souillé par des rites impurs, 8, et que quitte la Gloire de Yahvé, 10, ou du Temple futur, dont il décrit minutieusement le plan, 40-42, et où il voit revenir Dieu, 43. Il a le culte de la Loi et, dans son histoire des infidélités d’Israël, 20, le reproche d’avoir « profané les sabbats » revient comme un refrain. Il a horreur des impuretés légales, 4.14, et un grand souci de séparer le sacré du profane, 45.1-6. En qualité de prêtre, il réglait des cas de droit ou de morale, et son enseignement prend de ce fait un tour casuistique, 18. Sa pensée et son vocabulaire s’apparentent à la Loi de Sainteté, Lv 17-26. Cependant on ne peut démontrer ni qu’il s’en soit inspiré ni que la Loi de Sainteté dépende de lui, et les contacts les plus frappants se trouvent dans des passages rédactionnels. Il reste que les deux ensembles ont été transmis dans des milieux de pensée très voisins. L’œuvre d’Ézéchiel s’intègre au courant « sacerdotal » comme celle de Jérémie appartenait au courant « deutéronomiste ».

Mais ce prêtre est aussi un prophète d’action. Plus qu’aucun autre, il a multiplié les gestes symboliques. Il mime le siège de Jérusalem, 4.1 – 5.4, le départ des émigrants, 12.1-7, le roi de Babylone à la croisée des chemins, 21.23s, l’union de Juda et d’Israël, Ez 37.15s. Jusque dans les épreuves personnelles que Dieu lui envoie, il est un « signe » pour Israël, 24.24, comme avaient été Osée, Isaïe et Jérémie. Mais la complexité de ses actions symboliques contraste avec la simplicité des gestes de ses prédécesseurs.

Ézéchiel est surtout un visionnaire. Son livre ne contient que quatre visions proprement dites, mais elles occupent une place considérable : 1-3 ; 8-11 ; 37 ; 40-48. Elles ouvrent un monde fantastique : les quatre animaux du char de Yahvé, la sarabande cultuelle du Temple avec son grouillement de bêtes et d’idoles, la plaine d’ossements qui s’animent, un Temple futur dessiné comme sur un plan d’architecte, d’où jaillit un fleuve de rêve dans une géographie utopique. Ce pouvoir d’imaginer s’étend aux tableaux allégoriques que trace le prophète : les deux sœurs Ohola et Oholiba, 23, le Naufrage de Tyr, 27, le Pharaon-Crocodile, 29 et 32, l’Arbre Géant, 31, la Descente aux Enfers, 32.

En contraste avec cette puissance visuelle, peut-être comme sa rançon et comme si l’intensité des images étouffait l’expression, le style d’Ézéchiel est monotone et gris, froid et dilué, d’une indigence rare quand on le compare à celui des grands classiques, à la pureté vigoureuse d’Isaïe, à la chaleur émouvante de Jérémie. L’art d’Ézéchiel vaut par ses dimensions et son relief, qui créent comme une atmosphère d’horreur sacrée devant le mystère du divin.

On voit que, si par bien des traits Ézéchiel se relie à ses prédécesseurs, il ouvre néanmoins une voie nouvelle. Et cela est vrai aussi de sa doctrine. Ézéchiel rompt avec le passé de sa nation. Le souvenir des promesses faites aux Pères et de l’Alliance conclue au Sinaï apparaît sporadiquement mais, si Dieu a sauvé jusqu’ici son peuple souillé dès sa naissance, 16.3s, ce n’est pas pour accomplir les promesses, c’est pour défendre l’honneur de son nom, 20 ; s’il doit remplacer l’Alliance ancienne par une Alliance éternelle, 16.60 ; 37.26s, ce n’est pas en récompense d’un « retour » du peuple vers lui, c’est par une bienveillance pure, nous dirions une grâce prévenante, et le repentir viendra après, 16.62-63. Le messianisme d’Ézéchiel, d’ailleurs peu exprimé, n’est plus royal et glorieux : il annonce bien un futur David mais celui-ci ne sera que le « berger » de son peuple, 34.23 ; 37.24, un « prince », 24.24, et non plus un roi, pour lequel il n’y a pas de place dans la vision théocratique de l’avenir, 45.7s. Il rompt avec la tradition de la solidarité dans le châtiment et affirme le principe de la rétribution individuelle, 18 ; cf. 33. Solution théologique provisoire qui, trop souvent contredite par les faits, conduira lentement à l’idée d’une rétribution outre-tombe. Prêtre si attaché à son Temple, il rompt, comme avait déjà fait Jérémie, avec l’idée que Dieu est lié à son sanctuaire. En lui se marient l’esprit prophétique et l’esprit sacerdotal qui étaient restés souvent opposés : les rites – qui subsistent – sont valorisés par les sentiments qui les inspirent. Toute la doctrine d’Ézéchiel est centrée sur le renouvellement intérieur : il faut se faire un cœur nouveau et un esprit nouveau, 18.31, ou plutôt Dieu lui-même donnera un « autre » cœur, un cœur « nouveau », et mettra dans l’homme un esprit « nouveau », 11.19 ; 36.26. Comme pour la bienveillance divine qui prévient le repentir, on est ici au seuil de la théologie de la grâce, que développeront saint Jean et saint Paul.

Cette spiritualisation de toutes les données religieuses est le grand apport d’Ézéchiel. Quand on l’appelle le père du Judaïsme, on se réfère souvent à son souci de séparation du profane, de pureté légale, à ses minuties rituelles, et l’on pense aux Pharisiens. Cela est tout à fait injuste : Ézéchiel, comme Jérémie mais d’une autre manière, est à l’origine du courant spirituel très pur qui a traversé le judaïsme et débouche dans le Nouveau Testament. Jésus est le Bon Pasteur qu’Ézéchiel avait annoncé et il a inauguré le culte en esprit que celui-ci avait appelé.

Par un autre de ses aspects, Ézéchiel est à l’origine du courant apocalyptique. Ses visions grandioses préludent à celles de Daniel et il n’est pas étonnant que dans l’Apocalypse de saint Jean on retrouve si souvent son influence.

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