Le désastre que pleure le prophète Joël au début du premier chapitre de son livre n'est pas un simple événement historique...
Le désastre que pleure le prophète Joël au début du premier chapitre de son livre n'est pas un simple événement historique ou une catastrophe écologique. Pour lui, en tant que croyant, tout se passe devant la face de Dieu et ne peut se comprendre que dans le contexte des relations des hommes avec Dieu. L'invasion des sauterelles et ses conséquences dévastatrices deviennent donc pour le prophète une raison de se tourner vers Dieu dans une prière de pénitence. L'impuissance des hommes face aux forces de la nature est ainsi comprise comme le résultat de leur séparation d'avec Dieu, de leur infidélité envers Lui. Cela peut s'appliquer tout autant à toute souffrance humaine.
L'appel de Joël au jeûne et à la prière comporte un aspect particulier, qui lui est propre. Il accorde une importance exceptionnelle au maintien des sacrifices du Temple ; ce fait est l'une des raisons de compter Joël parmi les serviteurs du Temple et de le considérer comme un prophète du Temple. Pour lui, toute la vie se concentre dans le Temple, centre spirituel du monde. Les prophètes qui n'étaient pas des serviteurs du Temple ne mettent pas autant l'accent sur le culte ; même le prêtre Ézéchiel ne le place pas au premier plan. Mais, pour Joël, le service accompli au Temple est la principale expression de la fidélité des hommes à Dieu. C'est précisément pourquoi la cessation des sacrifices, provoquée par la dévastation du pays, est si terrible aux yeux du prophète.
L'époque où il fut donné au prophète Joël de vivre se caractérisait par une indifférence presque totale envers la foi. Seul le rite du Temple subsistait encore tant bien que mal, mais, pour la plupart, il avait lui aussi cessé d'être une communion avec le Dieu vivant. Le prophète voit dans la domination de l'indifférentisme religieux et dans l'oubli total des commandements du Seigneur la cause principale du terrible désastre. Et ce désastre est tel qu'il fait cesser même le dernier lien qui unissait le peuple à Dieu — les sacrifices du Temple —, si bien que toute la vie des hommes se trouve désormais coupée de sa source. Comme le dira quatre siècles plus tard le Seigneur Jésus Christ : « À celui qui n'a pas, on enlèvera même ce qu'il croit avoir. »
Mais le prophète voit aussi dans cette immense dévastation elle-même un présage, une prophétie du Jour du Seigneur à venir. La multiplication du péché aux jours du prophète Joël aboutit à sa conclusion logique : la cessation du culte rendu à Dieu dans le Temple. De la même manière, tout ce qui paraît aux hommes, sinon permis, du moins plus ou moins tolérable, prendra sa forme achevée en ce terrible Jour de la Visitation. Ce Jour-là, toutes les conséquences des choix moraux des hommes deviendront manifestes, y compris celles dont nous n'avons pas conscience ou dont nous ne voulons pas prendre conscience. C'est précisément en cela que la ruine d'Israël devient l'annonce du Jugement de Dieu à venir.
13 e) Dans le Temple, cf. 2.17.
14 f) Littéralement « Sanctifiez ». Mêmes appels à la pénitence et à la prière en 2.12-13, 15-17 ; cf. Jon 3.5-9. L’intérêt que porte Joël à ces manifestations religieuses comme aux éléments du culte, 1.9, 13, 16 ; 2.14, est en vif contraste avec l’attitude d’Amos, d’Osée, de Michée, de Jérémie, cf. Am 5.21. Joël pense d’ailleurs à la conversion du cœur, 2.13.
15 g) Jeu de mots entre « dévastation » (shôd) et le nom divin Shaddaï , cf. Gn 17.1. Le fléau des sauterelles est annonciateur du « Jour de Yahvé », jour terrible, cf. 2.1-2, 11 ; Am 5.18, même si dans le contexte de 3-4, cf. Ab 15, il apporte le triomphe final d’Israël.
17 h) Sens incertain trois des quatre mots hébreux de cette phrase n’apparaissent qu’ici.
19 i) Le feu, cf. 2.3, et la flamme images de la sécheresse, cf. Am 7.4.
Le livre de Joël se divise naturellement en deux parties. Dans la première, une invasion de sauterelles qui ravage Juda provoque une liturgie de deuil et de supplication ; Yahvé répond en promettant la fin du fléau et le retour de l’abondance, Jl 1.2–2.27. La seconde partie décrit dans un style apocalyptique le jugement des nations et la victoire définitive de Yahvé et d’Israël, 3-4. L’unité entre les deux parties est assurée par la référence au Jour de Yahvé, qui est proprement le thème des chap. 3-4 mais qui paraît déjà dans Jl 1.15 ; 2.1-2, 10-11. Les sauterelles sont l’armée de Yahvé, lancée pour exécuter son jugement, un Jour de Yahvé, dont on peut être sauvé par la pénitence et la prière ; le fléau devient le type du grand jugement final, le Jour de Yahvé qui ouvrira les temps eschatologiques. Il n’y a pas lieu de distinguer deux auteurs ni deux époques de composition. On a encore défendu récemment une date à la fin de l’époque monarchique. La majorité des exégètes opte pour la période postexilique, avec les arguments suivants : l’absence de référence à un roi, les allusions à l’Exil mais aussi au Temple reconstruit, les rapports avec le Deutéronome et les prophètes postérieurs, Ézéchiel, Sophonie, Malachie, Abdias, cité à Jl 3.5. Le livre aurait été composé aux environs de 400 av. J.-C.
Ses attaches avec le culte sont évidentes. Les chap. 1-2 ont les caractères d’une liturgie pénitentielle, qui s’achève par la promesse prophétique du pardon divin. On a donc considéré Joël comme un prophète cultuel, attaché au service du Temple. Cependant, ces traits peuvent s’expliquer par l’imitation littéraire de formes liturgiques. Le livret n’est pas le compte rendu d’une prédication dans le Temple, il est une composition écrite, faite pour être lue. On est à la fin du courant prophétique.
L’effusion de l’esprit prophétique sur tout le peuple de Dieu à l’ère eschatologique, Jl 3.1-5, répond au souhait de Moïse dans Nb 11.29. Le Nouveau Testament considère que l’annonce s’est réalisée lors de la venue de l’Esprit sur les Apôtres du Christ, et saint Pierre citera tout ce passage, Ac 2.16-21 : Joël est le prophète de la Pentecôte. Il est aussi le prophète de la pénitence et ses invitations au jeûne et à la prière, empruntées des cérémonies du Temple ou rédigées sur leur modèle, entreront naturellement dans la liturgie chrétienne du Carême.