La Foi, l’espérance, la charité sont la traditionnelle triade, appelées au Moyen âge des vertus «théologiques», qui, comme on considérait, sont propres seulement aux chrétiens, à la différence des vertus «païens», qui, selon les mêmes représentations du Moyen âge, sont propres à tous les gens, y compris les païens vertueux...
La Foi, l’espérance, la charité sont la traditionnelle triade, appelées au Moyen âge des vertus «théologiques», qui, comme on considérait, sont propres seulement aux chrétiens, à la différence des vertus «païens», qui, selon les mêmes représentations du Moyen âge, sont propres à tous les gens, y compris les païens vertueux. Et Paul, comme on voit, des trois met en relief la charité, sans d'ailleurs nier que la foi et l'espérance sont inséparablement liées à elle. Alors que veut dire l'apôtre? On aurait bien sûr pu tout expliquer seulement par les particularités de l’appareil spirituel de la personnalité humaine.
En effet, la confiance, et l'espérance sont toujours d'une manière ou d'une autre liées à ces relations, qui joignent l’homme avec Dieu et avec les prochains. Et la charité comprise comme comprennent ce mot les auteurs des livres bibliques, est la relation même, autour de laquelle se construit tout le reste. Notamment sur la charité est fondée toute confiance, et seulement la charité permet d'espérer sur quelque chose, que ce soit lié à Dieu ou à l’homme.
Mais le problème n’est probablement pas seulement en cela. Toutes les espérances des chrétiens sont liées d'une manière ou d'une autre avec Royaume, avec le fait qu’arrivera le jour de son triomphe complète et définitive, le jour du dernier Jugement et le retour du Sauveur. Et la foi de tout chrétien est aussi liée au Royaume et à Celui qui a apporté le Royaume au monde. Et lorsque arrivera le jour attendu par les tous chrétiens de l'achèvement de l'étape actuelle de l'histoire du Royaume, la charité cessera d'être seulement une relation, étant devenue ce milieu spirituel, dans lequel vont désormais vivre tous les habitants du Royaume.
En effet, dans le Royaume la charité est le milieu spirituel, à l'intérieur duquel se construisent toutes les relations formant sa base: la relation de ses habitants entre eux-mêmes, leurs relations avec Dieu et avec Jésus, la relation de Jésus avec Son Père céleste. Et si la foi et l'espérance sous leur forme actuelle appartiennent au monde encore partiellement non transformé jusqu'à un certain point définissant leur forme, la charité quant à elle, manifestée par le Sauveur Lui-même, cette charité, qu'Il a laissée à Ses disciples, appartient déjà maintenant au Royaume. En tout point.
13 e) La persistance de la foi et de l’espérance montrent que Paul ne pense pas ici à la vie après la mort. Le groupement des trois vertus théologales, qui apparaît chez Paul dès 1 Th 1.3 et lui est sans doute antérieur, revient souvent dans ses épîtres, avec des variations dans l’ordre : 1 Th 5.8 ; 13.7, 13 ; Ga 5.5s ; Rm 5.1-5 ; 12.6-12 ; Col 1.4-5 ; Ep 1.15-18 ; 4.2-5 ; 1 Tm 6.11 ; Tt 2.2. Cf. He 6.10-12 ; 10.22-24 ; 1 P 1.3-9, 21s. De plus on trouve ensemble foi et amour, 1 Th 3.6 ; 2 Th 1.3 ; Phm 5, constance et foi, 2 Th 1.4, charité et constance, 2 Th 3.5. Cf. 2 Co 13.13.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.