Comme on le voit, le jugement de Jésus sur les pharisiens, avec toutes leurs oeuvres et toute leur activité, était parfois assez sévère. Qu'est-ce qui...
Comme on le voit, le jugement de Jésus sur les pharisiens, avec toutes leurs oeuvres et toute leur activité, était parfois assez sévère. Qu'est-ce qui suscitait chez Lui la plus grande condamnation ? À première vue, il s'agit de choses assez diverses. Il y a la violation des normes morales élémentaires sous le couvert de la loi, les serments formellement permis mais qui, en réalité, violent la Torah, et la diffusion de sa religion qui, selon la parole du Sauveur, ne rapproche pas du Royaume.
Qu'y a-t-il donc de commun entre tout cela ? Au fond, une seule chose : la substitution de la forme au contenu. À proprement parler, la formalisation de la vie religieuse est le principal reproche que Jésus adresse aux pharisiens. Bien sûr, toute religion est portée à la formalisation ; mais si la religion naît sur la base d'une révélation reçue de Dieu, comme ce fut le cas du yahvisme et du judaïsme qui a grandi en son sein, il y a toujours en elle un certain potentiel spirituel qui permet de résister à une telle formalisation. Autre chose est qu'il soit parfois assez pénible de l'utiliser ; la religiosité formelle suscite habituellement moins de problèmes extérieurs, et tout le monde ne se décide pas à lui résister. Or Jésus reproche précisément aux pharisiens de ne pas l'avoir fait.
Bien sûr, le Royaume qu'Il a apporté dans le monde n'entre dans aucun cadre religieux, même si la religiosité dans laquelle on tente de le faire entrer se révèle vivante et sincère. Mais, dans ce cas, le porteur d'une telle religiosité a tout de même la possibilité de l'utiliser comme une sorte de tremplin spirituel pour sauter dans le Royaume. On ne peut pas en dire autant d'une religiosité où domine le formalisme : sur le chemin du Royaume, elle ne peut être qu'un frein. Or, comme on le voit, dans la fraternité pharisienne des temps évangéliques, le formalisme religieux était déjà plus que suffisant : le mouvement fraternel comptait alors plus d'un siècle d'existence, et la tendance à formaliser la vie religieuse y était, sinon dominante, du moins très visible.
Et pourtant Jésus, même sur ce fond, ne rejette pas d'un seul coup toute la tradition pharisienne ; Il attire seulement l'attention sur ses formes et manifestations tout à fait concrètes, qui ne sont aucunement compatibles avec le Royaume. Car Il sait que les hommes religieux aussi peuvent entrer dans le Royaume. À condition, bien sûr, qu'ils ne mettent pas leur religion avant le Royaume.