Toute l'essence de la Torah se ramène à ceci : aimer Dieu de tout son coeur et de toute son âme, avancer dans la vie par le chemin qu'Il a ouvert à l'homme, et Le craindre. Il ne s'agit évidemment pas de cette peur du châtiment ou...
Toute l'essence de la Torah se ramène à ceci : aimer Dieu de tout son coeur et de toute son âme, avancer dans la vie par le chemin qu'Il a ouvert à l'homme, et Le craindre. Il ne s'agit évidemment pas de cette peur du châtiment ou des tourments éternels qui surgit souvent dans l'esprit de ceux qui lisent la Bible lorsqu'ils voient ces lignes. Dans ce cas, il faudrait plutôt parler de cette crainte sacrée que connaît quiconque a fait l'expérience de la proximité de Dieu, de ce frémissement qui naît de la rencontre face à face du fini avec l'Infini. C'est par cette crainte sacrée que commencent les relations justes de l'homme avec Dieu, celles qui, à la fin, peuvent devenir profondes, solides, stables et conscientes.
La compréhension par l'homme de sa place devant Dieu devient le fondement de tout le chemin spirituel qui suit. Or ce chemin commence par le coeur. Dans la Bible, le coeur désigne d'ordinaire ce « moi » spirituel profond de l'homme qui rend possibles la conscience de soi et la liberté de la volonté, et donc l'autodétermination de l'homme devant Dieu et devant les hommes.
C'est précisément là, dans le coeur, dans la profondeur du « moi » spirituel de l'homme, que s'accomplit la conversion à Dieu ; sinon, elle ne reste qu'un choix intellectuel ou une expérience émotionnelle, incapables de déterminer pleinement et réellement la vie humaine. Cette conversion profonde, à son tour, change toute la vie intérieure, ce que la Bible appelle habituellement l'âme. On ne peut aimer Dieu avec le coeur et ne pas L'aimer avec l'âme : toute la vie de l'homme se trouverait alors divisée, et il deviendrait deux personnes différentes dans un seul corps.
Ici, les commandements commencent à jouer un rôle particulier : compris comme un impératif spirituel et moral intérieur, comme des intentions de Dieu adressées à l'homme, les commandements deviennent une sorte de squelette spirituel, donnant à sa vie sa forme et constituant son noyau ferme et immuable, capable d'organiser toute la vie, intérieure aussi bien qu'extérieure. Quant aux lois (« prescriptions »), elles sont importantes comme expérience de la mise en pratique des commandements dans des circonstances concrètes de la vie, sans laquelle la vie avec Dieu est impossible : car il faut savoir vivre avec Lui non seulement dans une cellule forestière ou une grotte de montagne, mais aussi dans une grande ville (ou dans un petit village), parmi des gens avec lesquels il faudra avoir affaire et construire des relations. Tel est le chemin de la Torah tel que le voit le Deutéronome.