En parlant des relations à l’intérieur de l’Église de Corinthe, Paul s’étonne de l’habitude des chrétiens de Corinthe de plaider devant les tribunaux civils et de choisir des arbitres non parmi eux, mais à l’extérieur. Selon toute apparence, Corinthe, en ce temps-là, ne différait pas beaucoup d’Athènes ni des autres cités grecques, dont les habitants se faisaient très souvent des procès pour toutes sortes de raisons, si bien que les procédures judiciaires, y compris avec la participation d’arbitres, y étaient chose courante. Or, dans la Synagogue existait alors une règle (encore non écrite) selon laquelle tous les différends entre Juifs fidèles (il n’y en avait pas d’autres alors) devaient être réglés à l’intérieur de leur communauté, soit avec la participation d’un arbitre, soit devant le tribunal rabbinique.
Pour Paul, en tant que Juif aussi, il était étrange de voir que des affaires qui pouvaient parfaitement être réglées à l’intérieur de leur propre communauté étaient portées au-dehors par ses membres, qui faisaient appel aussi bien aux tribunaux officiels qu’à des arbitres n’ayant aucun lien avec l’Église. Peut-être était-ce aussi parce que le tribunal civil (qu’il soit officiel ou arbitral) se montrait beaucoup plus indulgent dans les affaires où il y avait violation manifeste des commandements donnés par Dieu.
Ce n’est pas par hasard que l’apôtre rappelle aux destinataires de sa lettre que les pécheurs n’héritent pas du Royaume, ayant sans doute en vue que cela reste vrai même lorsque le tribunal civil ne condamne pas quelqu’un pour leur transgression, comme cela arrivait souvent dans les tribunaux païens. Le tribunal ecclésial, à l’époque où la tradition judéo-chrétienne prédominait dans l’Église, aurait certainement examiné les mêmes affaires selon les normes de la Torah, et le jugement d’un tel tribunal aurait pu différer sensiblement de celui d’un tribunal civil. Mais la question n’était pas seulement là.
L’apôtre dit directement : pourquoi donc vous faites-vous des procès ? Ne vaut-il pas mieux laisser les choses en l’état, puisque vous vous considérez comme frères ? En réalité, « revendiquer ses droits » et se poursuivre les uns les autres n’est possible entre frères que lorsqu’au fond ils ont déjà cessé d’être frères. Et Paul désigne les nombreux procès entre membres de l’Église de Corinthe comme un signe évident du malaise spirituel de la communauté ecclésiale : si, à cet égard, tout avait été normal dans l’Église de Corinthe, il n’y aurait pas eu de procès de ce genre, ou il y en aurait eu très peu, et toutes les affaires auraient été réglées à l’intérieur de la communauté.
