S'adressant aux pharisiens qui L'écoutent, Jésus s'efforce sans cesse de les ramener aux fondements mêmes de ce qu'on appelle la vie spirituelle. Il leur dit...
S'adressant aux pharisiens qui L'écoutent, Jésus s'efforce sans cesse de les ramener aux fondements mêmes de ce qu'on appelle la vie spirituelle. Il leur dit : vous voyez bien ce que Je fais, et pourtant vous Me déshonorez — cela veut dire que vous n'êtes pas de Dieu.
À première vue, l'argument peut paraître quelque peu étrange : Jésus comprend très bien Lui-même que Ses auditeurs doutent de Lui et ne Lui font pas confiance. Leur déclarer, avec une telle attitude envers Lui, que, pour ainsi dire, Moi, Je suis de Dieu, et vous, si vous ne M'accueillez pas, vous n'êtes donc pas de Dieu, paraît à première vue quelque peu naïf : se faire soi-même critère quand on ne te croit pas semble tout à fait absurde. Mais Jésus ne parle pas de Lui-même, Il parle de Ses oeuvres — de ces oeuvres mêmes dont beaucoup de pharisiens ne pouvaient rien dire sinon qu'elles venaient de Dieu. Une logique simple aurait dû les obliger, dans ce cas, à reconnaître aussi que Celui qui accomplit ces oeuvres vient Lui aussi de Dieu. Mais rien de tel ne se produit.
Qu'est-ce donc qui empêche ceux qui écoutent Jésus de reconnaître l'évidence? Et que veut-Il dire en leur disant que «leur père est le diable»? Bien sûr, lorsqu'il s'agit de faux témoignage, c'est-à-dire d'une violation directe du neuvième commandement — et d'une violation dont les transgresseurs n'ont pas l'intention de se repentir — on peut déjà parler d'une soumission directe au diable comme esprit du mensonge.
Mais pourquoi cela arrive-t-il? Il s'agit pourtant de personnes profondément et sincèrement religieuses, pour lesquelles une violation consciente du commandement signifie une trahison de leur propre religion! C'est vrai; mais, comme on le voit, tout cela n'est valable que tant que l'affaire ne touche pas à la religion comme telle. Si quelqu'un apparaît qui porte atteinte à la religion en elle-même, on le considère par définition comme un ennemi, et les commandements ne s'appliquent plus à lui : à leurs yeux, en effet, Il se place Lui-même hors de la loi religieuse qu'ils suivent. Avec un tel homme, il n'y a rien à discuter, «c'est un Samaritain» (il n'y avait sans doute pas d'insulte plus terrible dans le langage religieux des pharisiens), «il a un démon», et peu importe qu'Il accomplisse des miracles : les miracles ne sont pas une preuve si Celui qui les accomplit ne correspond pas aux normes religieuses.
Et Jésus tente encore et encore de ramener Ses auditeurs à une vision normale, non religieuse mais spirituelle, de la situation : ne regardez pas votre religion, leur dit-Il, mais Celui qui accomplit les oeuvres de Dieu; regardez sans préjugé, avec des yeux non aveuglés, sinon vous tomberez dans les filets du père du mensonge et vous perdrez tout, malgré toute votre religiosité.