La série de malédictions rituelles donnée dans ce chapitre du livre paraît assez archaïque par la forme et par le contenu. De même que l’exigence même d’ériger un autel sur le mont Ébal: elle contredit clairement l’idée de centralisation du culte avec le Temple de Jérusalem comme seul lieu d’adoration de Yahvé, idée menée de manière cohérente dans le livre du Deutéronome. Nous avons probablement devant nous le reflet d’une tradition plus ancienne qui a précédé la rédaction du Deutéronome, même dans sa toute première version, antérieure à l’exil.
Ce qui attire d’abord l’attention ici, c’est la mention de la Torah et de son non-accomplissement, la malédiction finale de la liste, qui semble résumer tout le reste. En même temps, le nombre de malédictions liées à diverses sortes de perversions sexuelles et à la morale sexuelle en général saute aux yeux. Il y a, bien sûr, la mention d’un jugement injuste envers l’étranger, du manque de respect envers les parents et de l’inviolabilité des bornes, mais tout cela occupe moins de place que le thème principal, celui de la transgression du septième commandement. Une telle priorité accordée aux questions de morale sexuelle tient très certainement au fait que, dans l’Antiquité, leur transgression était associée à l’idée que l’homme se souille lui-même.
Beaucoup de choses étaient ici liées aux cultes traditionnels de la fécondité, et avant tout au culte de la Grande Déesse: il avait un caractère érotique assez marqué, souvent avec des éléments de prostitution rituelle, et toutes les transgressions dans ce domaine étaient considérées comme souillant l’homme, comme le ramenant du yahvisme aux cultes païens pré-yahvistes de la terre, aux cultes de la fécondité et de la procréation. Une souillure semblable, mais d’une autre origine, était la violation des limites et la destruction de la pierre de bornage: chez les païens, toutes ces pierres se trouvaient sous la protection du dieu de l’orage, tout comme les étrangers qui, ayant quitté leur terre, passaient sous la protection du dieu de l’orage pour toute la durée du voyage, jusqu’à leur retour dans leur maison natale.
Outre l’exigence générale d’observer la Torah, il fallait souligner spécialement que, même s’il n’y a pas de place pour les anciens dieux dans la vie nouvelle, tout ce qui était auparavant attribué aux dieux païens concernant la justice ne perd nullement sa force. Dieu garde la justice et y veille avec non moins d’attention que les anciens dieux aux yeux des païens qui les adoraient. La vie nouvelle recevait de l’ancienne tout ce qu’il y avait en elle de juste, car cela était juste dans la mesure où cela venait de Dieu.
