«Et le Seigneur dit: Puisque ce peuple s'approche de Moi de sa bouche et M'honore de ses lèvres, tandis que son coeur est loin de Moi, et que sa crainte envers Moi n'est qu'un enseignement de commandements humains...» Dans ces paroles que le Seigneur nous adresse aujourd'hui, il y a beaucoup...
«Et le Seigneur dit: Puisque ce peuple s'approche de Moi de sa bouche et M'honore de ses lèvres, tandis que son coeur est loin de Moi, et que sa crainte envers Moi n'est qu'un enseignement de commandements humains...» Dans ces paroles que le Seigneur nous adresse aujourd'hui, il y a beaucoup d'amertume, beaucoup de vérité amère. Ce n'est pas sans raison que nous les connaissons si bien dans la bouche de Jésus. Pourtant, la formulation de la traduction synodale n'exprime pas une partie de cette vérité aussi clairement et redoutablement que certaines traductions modernes, par exemple en anglais. Qu'y aurait-il donc de mauvais dans «l'étude des commandements humains», comme l'écrit la traduction synodale, puisque c'est précisément l'objet direct de toutes les sciences humaines profanes?
Mais il s'agit bien sûr d'autre chose. Et pour le comprendre, tournons-nous vers deux autres traductions: la New Standard American Bible et la New Jerusalem Bible. Ces deux traductions disent ceci. La première: And their reverence for Me consists of tradition learned by rote («et leur culte envers Moi n'est qu'une tradition apprise par coeur»). La seconde: and reverence for Me, as far as they are concerned, is nothing but human commandment, a lesson memorized («et leur culte envers Moi, pour autant qu'ils le comprennent, n'est rien de plus que l'accomplissement de prescriptions humaines, une leçon apprise»).
Voilà de quoi il est en réalité question. Et il est infiniment important de le sentir avec toute notre foi. Car c'est précisément ce rabâchage, cette lecture appliquée, cette recherche des subtilités de ce qui «se fait», de ce qui «est prescrit», de quand cela «est prescrit», tous ces «est-ce permis ou interdit» sans fin que nous entendons sans cesse dans l'Église, qui rendent notre coeur «loin de Dieu». Notre condition de disciples ne doit pas être celle d'un premier de classe qui bachote, ou d'un «intello», comme les élèves et les étudiants appellent eux-mêmes de telles personnes parmi eux. Et pourquoi le mot «intello» s'est-il si fortement enraciné? Sans doute parce que, du point de vue de personnes qui ne sont pas encore tout à fait adultes, d'enfants ou de demi-enfants, la botanique est la science la moins créative, où il faut connaître une infinité de noms de plantes diverses.
En réalité, bien sûr, il n'en est rien, demandez au moine Mendel. Mais malgré tout, nous ne devons pas avoir ce genre de rapport à Dieu et à l'Église. Même si nous n'avons pas tout à fait appris la leçon, quand on nous appellera au tableau, nous ajouterons à notre savoir imparfait et mal appris la créativité et l'amour, et tout ira bien. Et le Maître sera heureux.
1 j) Cet oracle paraît daté de la période précédant le siège de Jérusalem en 701. Le nom symbolique Ariel qui désigne Jérusalem, ici et à 33.7 (corrigé), est expliqué de diverses façons. Le plus souvent, on en rapproche le nom har’el ou ’ari’êl, donné par Ézéchiel 43.15 à la partie supérieure de l’autel, le foyer, où l’on brûlait les victimes cela exprimerait le caractère sacré de la ville. Cette interprétation paraît confirmée par la fin du v. 1 qui se réfère au culte régulier du Temple de Jérusalem.
9 k) La traduction cherche à rendre l’allitération de l’hébr., qui d’ailleurs sacrifie à cet effet littéraire le sens précis du premier verbe qui est « s’attarder ».
10 l) Les mots entre parenthèses sont des gloses qui éclairent les expressions figurées.
12 m) Les vv. 11-12 sont peut-être une addition voulant expliciter les vv. 9-10.
13 n) Oracle difficile à dater. Le prophète s’en prend au culte hypocrite, comme en 1.10-20.
15 o) La clairvoyance de Yahvé perce les mauvais desseins, vv. 15-16. Il va délivrer les humbles de leurs ennemis et faire régner la justice, vv. 17-21. Les vv. 22-24 semblent être une addition. Ce n’est pas dans la manière d’Isaïe de parler de la « maison de Jacob » ni de se reporter à l’histoire du passé, ici Abraham.
16 p) Déjà le vieux récit de la création, Gn 2.7, représentait Yahvé façonnant l’homme avec de la terre à la manière d’un potier. L’image sera fréquemment reprise par les prophètes, après Isaïe, et enfin par saint Paul, pour souligner la totale dépendance de l’homme et sa fragilité entre les mains de Dieu.
23 q) « ses enfants » probablement une glose des mots suivants.
Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.
Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.
Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.
Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».
C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.
Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.
De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.
La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.
On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.