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La Bible en cinq ans pour le 2 décembre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 22

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Contre la joie à Jérusalem. q, 15 Contre Shebna. u
Oracle sur la vallée de la Vision.
Qu’as-tu donc à monter tout entière aux terrasses,
pleine de tumulte, ville bruyante, cité joyeuse ?
Tes tués ne sont pas victimes de l’épée,
ni morts à la guerre.
Tous tes chefs ensemble ont pris la fuite,
sans arc, ils ont été capturés,
tous ceux qu’on a trouvés ont été capturés ensemble,
ils s’étaient enfuis au loin.
C’est pourquoi j’ai dit :
« Détournez-vous de moi, que je pleure amèrement ;
n’essayez pas de me consoler
de la ruine de la fille de mon peuple. »
Car c’est un jour de déroute, de panique et de confusion,
œuvre du Seigneur Yahvé Sabaot, dans la vallée de la Vision.
On sape la muraille, on lance des appels vers la montagne.
Élam a pris le carquois,
avec chars montés et cavaliers,
et Qir a sorti son bouclier.
Dès lors, tes plus belles vallées sont remplies de chars,
et les cavaliers ont pris position aux portes :
c’est ainsi qu’est tombée la protection de Juda.
Tu as tourné les yeux, ce jour-là,
vers les armes de la Maison de la Forêt ;
et les brèches de la cité de David, vous avez vu comme elles sont nombreuses !
Vous avez collecté les eaux de la piscine inférieure ;
10 vous avez compté les maisons de Jérusalem,
vous avez démoli les maisons pour fortifier le rempart.
11 Vous avez fait un réservoir entre les deux murs,
pour les eaux de l’ancienne piscine.
Mais vous n’avez pas eu un regard pour l’auteur de ces choses,
celui qui en fit le dessein depuis longtemps, vous ne l’avez pas vu.
12 Et le Seigneur Yahvé Sabaot vous a appelés, en ce jour-là,
à pleurer et à vous lamenter,
à vous tondre et à ceindre le sac.
13 Mais voici la joie et l’allégresse,
on tue les bœufs et on égorge les moutons,
on mange de la viande et on boit du vin :
« Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! »
14 Alors Yahvé Sabaot s’est révélé à mes oreilles :
« Jamais cette faute ne sera pardonnée, jusqu’à votre mort »,
dit le Seigneur Yahvé Sabaot.
15 Ainsi parle le Seigneur Yahvé Sabaot :
Va trouver cet intendant,
Shebna, le maître du palais :
16 « Que possèdes-tu ici, de qui te réclames-tu
pour t’y tailler un sépulcre ? »
Il se taille un sépulcre surélevé,
il se creuse une chambre dans le roc.
17 Voici que Yahvé va te rejeter, homme !
t’empoigner avec poigne.
18 Il te roulera comme une boule,
une balle vers un vaste espace.
C’est là que tu mourras, avec tes chars splendides,
déshonneur de la maison de ton maître.
19 Je vais te chasser de ton poste,
je vais t’arracher de ta place.
20 Et le même jour, j’appellerai mon serviteur
Élyaqim fils d’Hilqiyyahu.
21 Je le revêtirai de ta tunique,
je le ceindrai de ton écharpe,
je lui remettrai tes pouvoirs,
il sera un père pour l’habitant de Jérusalem
et pour la maison de Juda.
22 Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule,
s’il ouvre, personne ne fermera,
s’il ferme, personne n’ouvrira.
23 Et je l’enfoncerai comme un clou en un lieu solide ;
il deviendra un trône de gloire
pour la maison de son père.
24 On y suspendra toute la gloire de la maison paternelle, les descendants et les rejetons, et tous les objets de petite taille, depuis les coupes jusqu’aux jarres.
25 Ce jour-là, oracle de Yahvé Sabaot, il cédera, le clou enfoncé dans un lieu solide, il s’arrachera et tombera ; alors se détachera la charge qui pesait sur lui. Car Yahvé a parlé.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 23
Notes:
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Notes sur la partie

1 q) Cet oracle se situe après la délivrance de Jérusalem en 701, qui mit fin à la campagne jusque-là victorieuse de Sennachérib, cf. 2 R 18.13 ; 19.9 ; 36.1s ; 37.8s. Isaïe, qui avait annoncé cette délivrance, proteste contre la joie exagérée qu’elle a suscitée et rappelle que le châtiment reste menaçant.


1 r) Le titre est emprunté au v. 5, comparer 21.11. On ne connaît aucune vallée de ce nom aux environs de Jérusalem. La corr. « vallée de Hinnom » (la Géhenne) a été proposée, mais elle n’a aucun appui dans les versions.


6 s) Les Élamites et les Araméens (? Qir, cf. Am 1.5 ; 9.7) sont peut-être mentionnés ici comme alliés ou mercenaires de Sennachérib.


11 t) Travaux d’Ézéchias en prévision de l’attaque de Sennachérib, ou entre ses deux campagnes si on accepte cette hypothèse. — Sur la « Maison de la Forêt », cf. 1 R 7.2 ; sur la réparation des remparts, cf. 2 R 20.20 ; sur le réservoir, cf. 2 R 20.20 ; Si 48.17.


15 u) Seul oracle d’Isaïe concernant un particulier. Ce Shebna était un parvenu, peut-être un étranger, qui avait accédé à la plus haute charge, celle de maître du palais d’Ézéchias. Isaïe est seul à mentionner sa destitution et son remplacement par Élyaqim, mais le livre des Rois donne le résultat de cette mesure Élyaqim est maître du palais et Shebna n’est plus que secrétaire, 2 R 18.26, 37 ; 19.2 = 36.3, 11, 22 ; 37.2. Il est possible que sa tombe ait été retrouvée, dans l’une des nécropoles de Jérusalem, à Siloé.


19 v) « je t’arracherai » versions ; « il t’arrachera » hébr.


22 w) L’ouverture et la fermeture des portes de la « maison du roi » était une fonction du vizir égyptien, dont le maître du palais est l’équivalent en Israël. Ce sera la fonction de Pierre dans l’Église, royaume de Dieu, Mt 16.19. Ce texte sera cité par Ap 3.7 et appliqué au Messie, comme le fait la liturgie dans l’antienne du Magnificat aux vêpres du 20 décembre « O clavis David et sceptrum domus Israël ».


25 x) Cette addition en prose annonce la disgrâce d’Élyaqim lui-même, entraînant dans sa chute toute sa famille qui avait profité de son élévation.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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