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La Bible en cinq ans pour le 21 novembre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 8,  vers 1-22

I. Première partie du livre d’Isaïe> 1 Naissance d’un fils d’Isaïe., 5 Siloé et l’Euphrate., 11 La mission d’Isaïe., 21 La marche dans la nuit.
Yahvé me dit : Prends une grande tablette et écris dessus avec un stylet ordinaire : Maher-Shalal Hash-Baz.
Et prends des témoins dignes de foi, le prêtre Uriyya et Zekaryahu fils de Yebèrèkyahu.
Puis je m’approchai de la prophétesse, elle conçut et enfanta un fils. Et Yahvé me dit : Donne-lui le nom de Maher-Shalal Hash-Baz,
car avant que le garçon ne sache dire « papa » et « maman », on enlèvera la richesse de Damas et le butin de Samarie, en présence du roi d’Assur.
Yahvé me parla encore en disant :
Puisque ce peuple a méprisé les eaux de Siloé qui coulent doucement, et a tremblé devant Raçôn et le fils de Remalyahu,
eh bien ! voici que le Seigneur fait monter contre lui les eaux du Fleuve, puissantes et abondantes (le roi d’Assur et toute sa gloire) ; il grossira dans toutes ses vallées et franchira toutes ses rives ;
il passera en Juda, inondera et traversera ; il atteindra jusqu’au cou, et le déploiement de ses ailes couvrira toute l’étendue de ton pays, Emmanuel.
Sachez, peuples, et soyez épouvantés ; prêtez l’oreille, tous les pays lointains.Ceignez-vous et soyez épouvantés. Ceignez-vous et soyez épouvantés.
10 Faites un projet : il sera anéanti,
prononcez une parole : elle ne tiendra pas,
car « Dieu est avec nous ».
11 Oui, ainsi m’a parlé Yahvé lorsque sa main m’a saisi
et qu’il m’a appris à ne pas suivre le chemin de ce peuple, en disant :
12 « Vous n’appellerez pas complot tout ce que ce peuple appelle complot,
vous ne partagerez pas ses craintes et vous n’en serez pas terrifiés.
13 C’est Yahvé Sabaot que vous proclamerez saint,
c’est lui qui sera l’objet de votre crainte et de votre terreur.
14 Il sera un sanctuaire, un rocher qui fait tomber,
une pierre d’achoppement pour les deux maisons d’Israël,
un filet et un piège pour les habitants de Jérusalem.
15 Beaucoup y achopperont, tomberont et se briseront,
ils seront pris au piège et capturés.
16 Enferme un témoignage, scelle une instruction
au cœur de mes disciples. »
17 J’espère en Yahvé qui cache sa face à la maison de Jacob,
et je mets mon attente en lui.
18 Voici que moi et les enfants que Yahvé m’a donnés
nous devenons signes et présages en Israël,
de la part de Yahvé Sabaot qui habite sur la montagne de Sion.
19 Et si on vous dit : « Allez consulter les spectres et les devins
qui murmurent et qui marmonnent »,
n’est-il pas vrai qu’un peuple consulte ses dieux,
et les morts pour les vivants ?
20 Pour l’instruction et le témoignage,
sûrement on s’exprimera selon cette parole
d’après laquelle il n’y a pas d’aurore.
21 Et il passera dans le pays, opprimé et affamé ;
il arrivera que lorsqu’il sera affamé, il s’irritera,
il maudira son roi et son Dieu, et se tournera vers le ciel.
22 Puis il regardera vers la terre ; et voici : angoisse, obscurité, nuit de détresse, ténèbres dissolvantes.
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Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 t) Malgré le parallélisme avec 7.16, ce petit oracle a une portée très différente de celui de l’Emmanuel il ne s’agit plus de messianisme royal. Le nom prophétique du second fils d’Isaïe est un signe et un présage, cf. 1.26 ; 7.3 ; 8.18, il signifie « Prompt-butin Proche-pillage » et annonce le sac imminent de Damas et de Samarie par les Assyriens. Cf. les noms symboliques des enfants d’Osée, Os 1.4, 6, 9.


2 u) « prends » grec ; « que je prenne » hébr.


5 v) Les eaux de Siloé, v. 6, cf. 7.3, symbolisent la protection divine à laquelle le peuple a préféré l’aide de l’Assyrie (« le Fleuve », v. 7, c’est-à-dire l’Euphrate) qui se retournera contre lui, cf. 7.1.


6 w) « a tremblé (litt. fondu) devant » conj. ; l’hébr. « exultation » (?) est inintelligible, à moins qu’il ne faille chercher à rattacher ce mot au verbe de la même racine « se réjouir », et voir là une allusion à un parti pro-syrien qui se serait constitué en Juda. Les versions ont compris « choisi (pour roi) », qui est historiquement impossible.


8 x) Le rappel de ce nom prophétique, cf. 7.14, ici et, en clair, au v. 10, souligne l’unité de ce groupe d’oracles les châtiments annoncés préparent l’accomplissement des promesses.


9 y) « sachez » grec ; « alliez-vous » (?) hébr.


11 z) Isaïe semble exprimer ici, peut-être à l’intention de ses disciples, v. 16, des confidences sur les motifs de son attitude. C’est Yahvé lui-même qui lui a appris à s’opposer au peuple de Juda et à n’avoir confiance qu’en Dieu — attitude difficile, dans des circonstances parfois ambiguës, vv. 14, 15, destinée à faire apparaître la vraie fidélité.


14 a) Au lieu de « sanctuaire » miqdash, le Targ. a lu « piège » moqesh, comme à la fin du v. Le texte actuel paraît être une erreur ou une correction de scribe.


20 b) Les vv. 19-20, qui sont peut-être hors de leur contexte, sont très obscurs. Isaïe rapporte les paroles de ses adversaires, qui revendiquent pour le peuple le droit de pratiquer la divination, cf. 2.6. La réponse, v. 19, est peut-être ironique, et le prophète paraît conclure, v. 20, en constatant que de tels propos conduisent à une impasse. Mais tout cela repose sur un texte mal assuré.


21 c) Ici encore, il semble s’agir d’un fragment d’oracle déplacé. En gros, on devine la description d’un homme qui traverse le pays ravagé et qui exprime sa détresse. Mais on ne voit pas comment relier ce bref poème au contexte immédiat. Il faut peut-être le rapprocher de 5.26-30 qu’il continuerait assez bien.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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