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La Bible pour les débutants pour le 20 septembre 2022

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 44

II. Le livre de la consolation d’Israël> 1 Bénédiction sur Israël., 6 Il n’y a qu’un seul Dieu., 9 Néant des idoles., 21 Fidélité à Yahvé., 24 Dieu créateur du monde et maître de l’histoire.
Et maintenant, écoute, Jacob mon serviteur,
Israël que j’ai choisi.
Ainsi parle Yahvé, qui t’a fait,
qui t’a modelé dès le sein maternel, qui te soutient.
Sois sans crainte, Jacob mon serviteur,
Yeshurûn que j’ai choisi.
Car je vais répandre de l’eau sur le sol assoiffé
et des ruisseaux sur la terre desséchée ;
je répandrai mon esprit sur ta race
et ma bénédiction sur tes descendants.
Ils germeront comme parmi les herbages,
comme les saules au bord de l’eau.
Celui-ci dira : Je suis à Yahvé,
et cet autre se réclamera du nom de Jacob.
Celui-là écrira sur sa main : « à Yahvé »,
et on lui donnera le nom d’Israël.
Ainsi parle Yahvé, roi d’Israël,
Yahvé Sabaot, son rédempteur :
Je suis le premier et je suis le dernier,
à part moi, il n’y a pas de dieu.
Qui est comme moi ? qu’il crie,
qu’il le proclame et me l’expose ;
depuis que j’ai constitué un peuple éternel,
ce qui va se passer, qu’il le dise,
et ce qui doit arriver, qu’il le leur annonce.
Ne vous effrayez pas, soyez sans crainte,
dès longtemps ne vous l’ai-je pas annoncé et révélé ?
Vous êtes mes témoins.
Y aurait-il un dieu à part moi ?
Il n’y a pas de Rocher, je n’en connais pas !
Néant, tous ceux qui modèlent des idoles, leurs meilleures œuvres ne servent à rien ! Elles sont leurs témoins, qui ne voient ni ne savent rien, en sorte qu’ils seront couverts de honte.
10 Qui a façonné un dieu et fondu une idole qui ne peuvent servir à rien ?
11 Voici que tous ses fidèles seront couverts de honte, ainsi que ses artisans qui ne sont que
des hommes. Qu’ils se rassemblent tous, qu’ils comparaissent ; qu’ils soient remplis à la fois d’épouvante et de honte !
12 Le forgeron fabrique une hache sur des braises, il la façonne au marteau, il la travaille à la force de son bras. Et puis il a faim et perd sa force, n’ayant pas bu d’eau il est épuisé.
13 Le sculpteur sur bois tend le cordeau, trace l’image à la craie, l’exécute au ciseau et la dessine au compas, il l’exécute à l’image de l’homme, selon la beauté humaine, pour qu’elle habite une maison.
14 Il a coupé des cèdres, il a choisi un chêne et un térébinthe qu’il a laissés croître pour lui parmi les arbres de la forêt. Il a planté un pin que la pluie a fait grandir.
15 Les hommes le destinent au feu : il en a pris pour se chauffer, il l’a allumé et a cuit du pain. Mais aussi il a fait un dieu pour l’adorer, il a fabriqué une idole pour se prosterner devant elle.
16 Il en avait brûlé la moitié au feu, sur cette moitié il fait rôtir de la viande, la mange et se rassasie ; en même temps il se chauffe et dit : « Ah ! je me suis bien chauffé et j’ai vu la flamme. »
17 Avec le reste il fait un dieu, son idole, et il se prosterne devant lui, l’adore et le prie et dit : « Sauve-moi, car tu es mon dieu. »
18 Ils ne savent pas, ils ne comprennent pas, car leurs yeux sont incapables de voir, et leur cœur de réfléchir.
19 Pas un ne rentre en lui-même, pas un n’a la connaissance et l’intelligence de se dire : « J’en ai brûlé la moitié au feu et j’ai cuit du pain sur ses braises, je rôtis de la viande et je la mange ; avec le reste je ferais une chose abominable, me prosterner devant un bout de bois ! »
20 Il est attaché à de la cendre, son cœur abusé l’a égaré, il ne sauvera pas sa vie, il ne dira pas : « Ce que j’ai dans la main, n’est-ce pas un leurre ? »
21 Souviens-toi de cela, Jacob,
et toi Israël, car tu es mon serviteur.
Je t’ai modelé, tu es pour moi un serviteur,
Israël, je ne t’oublierai pas.
22 J’ai dissipé tes crimes comme un nuage
et tes péchés comme une nuée ;
reviens à moi, car je t’ai racheté.
23 Criez de joie, cieux, car Yahvé a agi,
hurlez, profondeurs de la terre,
poussez, montagnes, des cris de joie,
forêt, et tous les arbres qu’elle contient !
car Yahvé a racheté Jacob,
il s’est glorifié en Israël.
24 Ainsi parle Yahvé, ton rédempteur,
celui qui t’a modelé dès le sein maternel,
c’est moi, Yahvé, qui ai fait toutes choses,
qui seul ai déployé les cieux,
affermi la terre, sans personne avec moi ;
25 qui réduis à néant les signes des augures
et fais délirer les devins,
qui fais reculer les sages
et tourne leur science en folie ;
26 qui confirme la parole de mon serviteur
et fais réussir les desseins de mes envoyés ;
qui dis à Jérusalem : « Tu seras habitée »,
et aux villes de Juda : « Vous serez rebâties »;
(et ses ruines, je les relèverai) ;
27 qui dis à l’abîme : « Dessèche-toi,
je vais tarir tes fleuves »;
28 qui dis à Cyrus : « Mon berger. »
Il accomplira toute ma volonté,
en disant à Jérusalem : « Tu seras reconstruite »,
et au Temple : « Tu seras rétabli. »
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 45
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

2 a) Ce nom poétique d’Israël, qui ne se retrouve que dans Dt 32.15 ; 33.5, 26, et dans Si 37.25 hébr., est de sens incertain peut-être « loyal », de yashar « droit », « justice », par opposition à Jacob « celui qui supplante ».


5 b) Cela signifie l’appartenance à Yahvé, comme le nom de la Bête marqué sur ses adeptes dans Ap 13.16-17, ou comme les tatouages des cultes hellénistiques. Il s’agit des convertis au yahvisme qui sont intégrés à Jacob-Israël. — En 49.16, Yahvé grave Sion sur les paumes de ses mains pour ne pas l’oublier.


7 c) « qu’il le dise » ajouté avec 1QIsa. Les deux derniers stiques sont incertains.


9 d) Cette satire contre les fabricants d’idoles, où ne sont nommés ni Yahvé ni Israël, est une addition de la même main que 42.6-7. Comparer Jr 10.1-16, qui est également inauthentique.


16 e) « il a fait rôtir la viande, la mange » grec, cf. v. 19 ; l’hébr. intervertit les deux verbes.


17 f) En plus de Sg 13.11s, on cite le parallèle d’Horace, Satires I, 8, 1s.


21 g) Les vv. 21-23 se rattachent à 44.1-8 par-dessus l’insertion de 44.9-20. Le v. 23 peut être la conclusion de la section qui commence à 42.10.


24 h) Reprise du thème de la toute-puissance divine, qui se manifestera tout particulièrement dans la reconstruction de Jérusalem et le rôle de Cyrus, explicitement nommé pour la première fois au v. 28, cf. 41.1-5, et auquel va s’adresser l’oracle de 45.1-7.


28 i) La seconde partie du v. est peut-être une addition : elle reprend 26b et mentionne la reconstruction du Temple dont il n’est pas question ailleurs dans le Second Isaïe. Mais cette addition est ancienne et les versions se sont offusquées de l’attribution de ces paroles à Cyrus ; elles ont traduit « c’est moi qui dis », cf. v. 26.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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