Beaucoup d'entre nous peuvent être surpris par la demande de l'apôtre Paul de prier « pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité »...
Beaucoup d'entre nous peuvent être surpris par la demande de l'apôtre Paul de prier « pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité » (1 Tm 2:1). Nous sommes même moins surpris par la demande d'actions de grâce « pour tous les hommes ». Il est plus simple de prier pour l'humanité dans son ensemble, mais pour le gouvernement...
Certains disent qu'« ils » sont hypocrites, d'autres qu'ils sont incroyants, mais la plupart oublient qu'ils sont avant tout des hommes. Et nous, chrétiens, membres du Corps du Christ, sommes appelés à être sa présence dans ce monde. Nous ne sommes pas du monde, mais aux « rois et à ceux qui sont élevés en dignité » a été donné dans ce monde le pouvoir, et nous sommes appelés à prier pour eux afin que, ne serait-ce qu'un tout petit peu, et par le pouvoir terrestre aussi, la volonté du Roi céleste s'accomplisse sur la terre.
C'est possible, car il y a bien eu dans l'histoire de saints tsars, rois, princes, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours. Il peut nous sembler que notre prière ne signifie rien : prier pour la guérison de quelqu'un, pour la paix dans la famille d'amis, passe encore, mais prier pour les détenteurs du pouvoir, pour la paix sur la terre, c'est déjà trop. Mais il n'en est pas ainsi : par exemple, de nos jours, grâce aux prières et aux efforts des chrétiens, deux tribus africaines se sont réconciliées ; et savons-nous ce qui se produit encore, ou ne se produit pas, dans ce monde grâce aux prières de nos frères et soeurs dans le Christ, plus responsables que nous ? Nous prenons si rarement conscience de la mesure de notre responsabilité, alors que nous sommes réellement membres de l'unique Corps de l'Église, et notre prière comme notre justice ou notre péché ne sont pas « nos problèmes », comme on dit aujourd'hui, mais une douleur ou une joie pour toute l'Église, pour le Corps du Christ.
Bien sûr, chacun répond pour soi-même devant Dieu, mais il y a ces baptisés qui n'ont pas été élevés dans la foi, ou qui l'ont perdue plus tard. Et pourtant, un incroyant baptisé diffère d'un non-baptisé, car toute l'Église prie pour lui à l'Eucharistie — voilà quelle est notre responsabilité. Nous répondons de ces personnes, de ceux qui sont unis à l'Église par le sacrement du baptême, mais qui ne prient pas eux-mêmes. C'est pourquoi il est si important de demander, de prier et de rendre grâce pour tous les hommes : « en élevant des mains pures, sans colère ni doute ».
15 s) Peut-être y a-t-il ici une pointe contre les faux docteurs qui proscrivaient le mariage, 4.3.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.