Il y a ici des paroles très difficiles, qui exigent une approche très prudente...
Il y a ici des paroles très difficiles, qui exigent une approche très prudente : ils ont crucifié la chair avec ses passions et ses convoitises. On voit d’ordinaire dans ces mots le fondement de tout ascétisme. Ce thème revient très souvent chez l’apôtre Paul. Il existe encore beaucoup de paroles proches de celles-ci : « Pour moi, je ne veux me glorifier que dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde » (Ga 6:14). Il m’est arrivé d’entendre que ces paroles signifient : je suis mort pour le monde et le monde pour moi. Mais si l’apôtre avait voulu dire cela, il l’aurait dit ainsi ; or il a dit autrement.
Voici ce que dit le père Gueorgui Tchistiakov : « Le fait est que, dans la Bible, il n’y a pas de consigne de lutte contre les passions. Le Nouveau Testament, par la bouche des saints apôtres, nous appelle non pas à lutter contre la colère, la fureur, la méchanceté, etc., mais à les “déposer”, c’est-à-dire à s’en défaire comme on enlève un vieux vêtement, ou à “se dépouiller” de tous ces vices. Ce sont précisément ces deux mots qui sont employés à maintes reprises dans l’Écriture lorsqu’il est question des passions et des vices ; mais il n’est nulle part question ici de lutte contre les passions. Il faut penser que tout ce qui concerne la lutte contre les passions qui dominent sur nous et nichent en nous est entré dans la littérature chrétienne à partir de la philosophie stoïcienne et, plus généralement, antique, à une époque plus tardive.
Les saints apôtres voient le chemin du chrétien non comme une route de lutte contre les passions, mais précisément comme le rejet d’un vieux vêtement, comme le fait de grandir hors de ce vêtement... Mais si nous commençons à disséquer le péché dans ses moindres détails, à le soumettre à l’analyse, alors le processus même de lutte nous capture ou nous aspire inévitablement ; nous devenons des combattants, et notre christianisme s’arrête tout simplement là. Depuis les profondeurs de notre conscience, nous transférons la lutte dans le monde extérieur et nous commençons à lutter contre tous ceux qui, à ce qu’il nous semble, ne pensent pas comme il faut, ne font pas ce qu’il faut, etc. »
Sentons cette circonstance importante : notre Seigneur Jésus ne tirait pas de plaisir de Sa souffrance, alors que nous en tirons parfois de notre propre ascétisme (il existe en effet un type de trouble psychique, le masochisme ; c’est là que Freud avait quelque raison de nous accuser). Et cela est, en réalité, essentiel.