Dans le tableau de l'histoire du monde qui s'est ouvert à Jean auprès du Trône, il y a une certaine non-linéarité de la description, cette absence de perspective chronologique que rend si bien l'absence de perspective linéaire dans les traditions de l'iconographie orientale. Les événements de l'histoire évangélique, de la biographie terrestre du Sauveur, s'y entremêlent avec les événements du monde spirituel, qui restent cachés pour la plupart des gens derrière le voile des événements historiques. La fuite de la Sainte Famille en Égypte est mentionnée deux fois (v. 6, 14-16): la première fois en lien avec la naissance du Messie (v. 4-5), et la seconde dans le contexte de la défaite de Satan et de sa précipitation sur la terre (v. 9-13).
À première vue, la vision mêle des épisodes de deux événements spirituels différents: la chute et la première défaite de celui qui, après sa chute, fut appelé Satan (v. 4), et sa seconde défaite, dont Jésus Lui-même témoigna déjà pendant Son ministère terrestre (v. 7-9; cf. Lc 10:18). Comme on le voit, cette seconde défaite signifie déjà le triomphe du Royaume, qui toutefois n'est pas encore complet: le diable n'a pas de place «dans les cieux», ceux qui demeurent dans le Royaume ne sont déjà plus en son pouvoir, mais «sur la terre et sur la mer», dans le monde que la force transfiguratrice du Royaume n'a pas encore touché, il possède un certain pouvoir dont, bien entendu, il use, comme on dit, «à fond» (v. 10-12).
Pourtant, au sens spirituel, ces deux événements se trouvent étroitement liés entre eux. En effet, la première défaite de Satan, qui a rendu possible la création du monde tel que nous le connaissons aujourd'hui, aurait été réduite à néant sans la venue du Christ et Sa victoire sur les forces des ténèbres. Cette première défaite du diable, qui a rendu possible la création de l'homme, n'était qu'une bataille gagnée; la mort sur la croix et la résurrection du Sauveur signifiaient une guerre gagnée, et, bien que jusqu'à Son retour dans la gloire et au triomphe définitif du Royaume la guerre ne puisse pas encore être considérée comme terminée, son cours est déjà fixé.
La dernière bataille est encore à venir, mais Satan a perdu l'affrontement décisif. Comme on le voit, c'est précisément pourquoi les deux défaites de Satan sont révélées à Jean comme des événements liés à la naissance du Messie, à Son ministère terrestre, à Sa mort et à Sa résurrection. L'histoire du monde ne se révèle pas seulement être l'histoire d'une guerre spirituelle; elle n'est qu'une partie du processus qui a commencé bien avant son propre commencement et qui ne s'achèvera nullement avec sa fin.
