Les mots «beaucoup sont appelés, mais peu sont élus» sont souvent compris comme l'affirmation d'un certain élitisme. Pourtant, si l'on regarde la parabole plus attentivement, on peut remarquer autre chose. Le festin avait été préparé pour...
Les mots «beaucoup sont appelés, mais peu sont élus» sont souvent compris comme l'affirmation d'un certain élitisme. Pourtant, si l'on regarde la parabole plus attentivement, on peut remarquer autre chose. Le festin avait été préparé pour un certain nombre d'invités, qui ont refusé de venir. À leur place, on en a invité d'autres, et leur nombre était sans doute à peu près le même. Mais ensuite on a appelé encore d'autres invités; les élus se sont donc trouvés, au contraire, plus nombreux que les appelés du début. Peut-être cette contradiction apparente a-t-elle troublé l'évangéliste Matthieu et l'a-t-elle conduit à ajouter l'épisode de l'expulsion du nombre des élus.
Mais nous savons bien que, lorsque nous parlons d'une contradiction apparente, il s'agit d'un message important pour nous. Rappelons ces paroles: «Le serviteur dit: maître, ce que tu as ordonné a été fait, et il y a encore de la place». Il nous semble que dans ces mots, «il y a encore de la place», se trouve une indication très importante: dans quelque état désespéré que nous soyons, même s'il nous semble que maintenant «l'abîme va refermer sur moi sa bouche» (Ps 68:16), il y a toujours cette espérance qu'«il y a encore de la place», et qu'en vérité elle existe.
Mais ce refrain sévère résonne tout de même: beaucoup sont appelés, peu sont élus. Oui, et qui a dit que la sévérité soit mauvaise? La sévérité est bonne jusqu'à la limite où celui à qui elle s'applique ne commence pas à tomber dans la dépression, le désespoir, l'abattement, etc. Là, il faut d'urgence remplacer la sévérité par la tendresse.
Bien sûr, il faut sentir qu'une personne est au bord de cette limite. Aucun être humain n'en est capable, même si nous nous rassurons par notre sensibilité intérieure. Mais «ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu». Et Lui place toujours, à côté de la sévérité, une bonté sans limites. Ensuite, Il doit accorder le coeur de l'homme à recevoir l'une ou l'autre, selon l'état où se trouve cette personne. Et cela Lui réussit toujours bien, si l'homme L'aime.