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Lecture en trois ans pour le 23 octobre 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Joël, Chapitre 2,  vers 1-17

I. Le fléau des sauterelles> 1 Alarme au Jour de Yahvé., 3 L’invasion de sauterelles., 10 Vision du jour de Yahvé., 12 Appel à la pénitence.
Sonnez du cor à Sion,
donnez l’alarme sur ma montagne sainte !
Que tous les habitants du pays tremblent,
car il vient, le jour de Yahvé,
car il est proche !
Jour d’obscurité et de sombres nuages,
jour de nuées et de ténèbres !
Comme l’aurore, se déploie sur les montagnes
un peuple nombreux et fort,
tel que jamais il n’y en eut,
tel qu’il n’en sera plus après lui,
de génération en génération.
Devant lui, le feu dévore,
derrière lui, la flamme consume.
Le pays est comme un jardin d’Éden devant lui,
derrière lui, c’est une lande désolée !
Aussi rien ne lui échappe.
Son aspect est celui des chevaux ;
comme des coursiers, tels ils s’élancent.
On dirait un fracas de chars
bondissant sur les sommets des monts,
le crépitement de la flamme ardente
qui dévore le chaume,
un peuple fort rangé en bataille.
À sa vue, les peuples sont dans les transes,
tous les visages perdent leur couleur.
Ils s’élancent comme des braves,
tels des guerriers, ils escaladent les murailles.
Chacun va droit sa route,
sans s’écarter de sa voie.
Nul ne bouscule son voisin,
chacun va son chemin ;
à travers les traits ils foncent
sans rompre leurs rangs.
Ils se ruent sur la ville,
s’élancent sur les murailles,
escaladent les maisons,
pénètrent par les fenêtres
comme des voleurs.
10 Devant lui la terre frémit,
les cieux tremblent !
Le soleil et la lune s’assombrissent,
les étoiles perdent leur éclat !
11 Yahvé fait entendre sa voix à la tête de ses troupes !
Car ses bataillons sont sans nombre,
car il est puissant, l’exécuteur de ses ordres,
car il est grand, le jour de Yahvé,
très redoutable — et qui peut l’affronter ?
12 « Mais encore à présent — oracle de Yahvé —
revenez à moi de tout votre cœur,
dans le jeûne, les pleurs et les cris de deuil. »
13 Déchirez votre cœur, et non vos vêtements,
revenez à Yahvé, votre Dieu,
car il est tendresse et pitié,
lent à la colère, riche en grâce,
et il a regret du mal.
14 Qui sait ? S’il revenait ? S’il regrettait ?
S’il laissait après lui une bénédiction,
oblation et libation
pour Yahvé, votre Dieu ?
15 Sonnez du cor à Sion !
Prescrivez un jeûne,
publiez une solennité,
16 réunissez le peuple,
convoquez la communauté,
rassemblez les vieillards,
réunissez les petits enfants,
ceux qu’on allaite au sein !
Que le jeune époux quitte sa chambre
et l’épousée son alcôve !
17 Qu’entre l’autel et le portique pleurent
les prêtres, serviteurs de Yahvé !
Qu’ils disent :
« Pitié, Yahvé, pour ton peuple !
Ne livre pas ton héritage à l’opprobre,
au persiflage des nations !
Pourquoi dirait-on parmi les peuples :
Où est leur Dieu ? »
Lire la suite:Joël, Chapitre 2
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 j) Les vv. 1-11 reprennent, en fonction du Jour de Yahvé, 1.15, la description de l’invasion des sauterelles, sous l’image d’une armée dont l’attaque est irrésistible.


1 k) Avertissement de l’imminence d’un danger, Am 3.6 ; Os 5.8 ; Ez 33.3, 6, la sonnerie de la trompette ou du cor annonce le châtiment d’Israël, Isa 18.3 ; Os 8.1 ; Jr 4.5 ; 6.1, et la venue du Jour de la Colère, 2.1 ; So 1.16, cf. Ap 8.6—9.21. Elle sert aussi à convoquer les assemblées religieuses, Nb 10.2-10 ; 2.15 ; elle donnera donc le signal du grand rassemblement des élus, au dernier jour, Isa 27.13 ; 1 Th 4.16-17 ; 1 Co 15.52.


2 l) Ces images conviennent à l’approche des nuées de sauterelles qui obscurcissent le ciel, cf. Ap 9.2. L’aurore, v. 2c, évoque soit la rapidité de l’invasion, soit les reflets jaunâtres des nuées de sauterelles sous le soleil.


4 m) La comparaison des sauterelles avec les chevaux est courante. Elle se développe ici, vv. 4-9, en une description de l’avance des sauterelles sous les traits d’une invasion armée, cf. Na 2.4-7, 11 ; 3.2-3, 15-17, dans un contexte apocalyptique.


6 n) « perdent leur couleur »; on traduit aussi « sont empourprés, ou cramoisis ».


10 o) De tels phénomènes cosmiques marquent le Jour de Yahvé, cf. Am 8.9.


11 p) Le tonnerre, cf. 4.16 ; Ex 19.16 ; Am 1.2 ; Ps 18.14 ; 29.3-9 ; Jb 37.4, 5. Les troupes sont les sauterelles.


14 q) Renouveau de la prospérité agricole, cf. Dt 7.13-14 ; 16.10, 15, 17, etc. ; cf. Ag 2.15-19, qui permettra la reprise du culte, cf. 1.9.


16 r) « Prescrivez » et « convoquez » litt. « Sanctifiez », cf. 1.14.


17 s) C’est-à-dire dans la cour à l’est du sanctuaire, cf. 1 R 6.3 ; Ez 8.16 ; 40.48-49, entre le portique (Ulam) et le grand autel des holocaustes, 1 R 8.64 ; 2 Ch 8.12. Les prêtres prient tournés vers le sanctuaire.


Le livre de Joël se divise naturellement en deux parties. Dans la première, une invasion de sauterelles qui ravage Juda provoque une liturgie de deuil et de supplication ; Yahvé répond en promettant la fin du fléau et le retour de l’abondance, Jl 1.2–2.27. La seconde partie décrit dans un style apocalyptique le jugement des nations et la victoire définitive de Yahvé et d’Israël, 3-4. L’unité entre les deux parties est assurée par la référence au Jour de Yahvé, qui est proprement le thème des chap. 3-4 mais qui paraît déjà dans Jl 1.15 ; 2.1-2, 10-11. Les sauterelles sont l’armée de Yahvé, lancée pour exécuter son jugement, un Jour de Yahvé, dont on peut être sauvé par la pénitence et la prière ; le fléau devient le type du grand jugement final, le Jour de Yahvé qui ouvrira les temps eschatologiques. Il n’y a pas lieu de distinguer deux auteurs ni deux époques de composition. On a encore défendu récemment une date à la fin de l’époque monarchique. La majorité des exégètes opte pour la période postexilique, avec les arguments suivants : l’absence de référence à un roi, les allusions à l’Exil mais aussi au Temple reconstruit, les rapports avec le Deutéronome et les prophètes postérieurs, Ézéchiel, Sophonie, Malachie, Abdias, cité à Jl 3.5. Le livre aurait été composé aux environs de 400 av. J.-C.

Ses attaches avec le culte sont évidentes. Les chap. 1-2 ont les caractères d’une liturgie pénitentielle, qui s’achève par la promesse prophétique du pardon divin. On a donc considéré Joël comme un prophète cultuel, attaché au service du Temple. Cependant, ces traits peuvent s’expliquer par l’imitation littéraire de formes liturgiques. Le livret n’est pas le compte rendu d’une prédication dans le Temple, il est une composition écrite, faite pour être lue. On est à la fin du courant prophétique.

L’effusion de l’esprit prophétique sur tout le peuple de Dieu à l’ère eschatologique, Jl 3.1-5, répond au souhait de Moïse dans Nb 11.29. Le Nouveau Testament considère que l’annonce s’est réalisée lors de la venue de l’Esprit sur les Apôtres du Christ, et saint Pierre citera tout ce passage, Ac 2.16-21 : Joël est le prophète de la Pentecôte. Il est aussi le prophète de la pénitence et ses invitations au jeûne et à la prière, empruntées des cérémonies du Temple ou rédigées sur leur modèle, entreront naturellement dans la liturgie chrétienne du Carême.

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