Tous les derniers prophètes ont dit que le peuple de Dieu n'existe que grâce à la miséricorde de Dieu. En effet, sans l'intervention directe de Dieu dans l'histoire, le peuple juif se serait à peine formé comme peuple, et sans l'intervention de Dieu il n'aurait certainement pas eu...
Tous les derniers prophètes ont dit que le peuple de Dieu n'existe que grâce à la miséricorde de Dieu. En effet, sans l'intervention directe de Dieu dans l'histoire, le peuple juif se serait à peine formé comme peuple, et sans l'intervention de Dieu il n'aurait certainement eu aucune chance de survivre dans la situation historique où commença son chemin dans l'histoire. Par la suite aussi, la survie du peuple exigea plus d'une fois l'intervention directe de Dieu dans son destin.
Qu'est-ce qui déterminait donc cette intervention ? L'alliance conclue au Sinaï ? Oui, bien sûr. Mais cette alliance fut violée par le peuple à plusieurs reprises, et si toutes les relations de Dieu avec Son peuple s'étaient réduites à elle seule, le peuple juif n'aurait pas pu compter sur l'aide de Dieu. L'auteur du Livre des Lamentations indique deux fondements de l'intervention : la miséricorde de Dieu et Sa fidélité.
Il s'agit d'abord de la fidélité à cette alliance qui fut conclue au Sinaï. Contrairement à Son peuple, Dieu lui reste fidèle. Et non seulement parce qu'Il aime Son peuple, mais aussi parce que ce peuple est devenu une partie de Son plan, de ce grandiose plan de salut de l'humanité et de son introduction à la vie du Royaume, qu'il est absolument impossible de faire échouer.
La fidélité de Dieu est inséparable de Sa miséricorde. Le mot hébreu correspondant a un sens tout à fait précis. La miséricorde signifie la disposition à faire pour l'homme plus qu'il ne mérite, ou plus que ce à quoi il a droit selon la loi ou selon l'accord conclu avec lui. La miséricorde est le signe de l'amour qui donne sans compter. Elle peut aussi appartenir à l'homme, mais la miséricorde de Dieu, bien sûr, est incomparable avec la miséricorde humaine, comme le fini est incomparable avec l'infini.
Et encore une chose est absolument importante : l'actualité des relations de l'homme avec Dieu. Selon la parole de l'auteur du livre, la miséricorde de Dieu est « nouvelle chaque matin ». Rien d'étonnant : les relations, qu'il s'agisse des relations avec Dieu ou avec un homme, sont toujours une dynamique ; si elles ne sont pas agissantes, si elles ne sont pas actuelles, si elles ne sont pas ici et maintenant, alors elles n'existent plus. Alors la miséricorde de Dieu et Sa fidélité ne resteront pour l'homme que des abstractions.
Mais si la miséricorde de Dieu et Sa fidélité dépendent entièrement de Dieu, l'actualité et l'efficacité de Ses relations avec l'homme dépendent non moins de l'homme lui-même. Il est demandé peu à l'homme : faire confiance à Dieu et Le laisser entrer dans sa vie. Pour le reste, Il s'en chargera.
1 u) Ce poème est analogue à plusieurs psaumes où une plainte individuelle s’élargit (ici vv. 40-47) en lamentation collective. Les considérations assez générales des vv. 22-39 reprennent un certain nombre de thèmes de la littérature de sagesse.
5 v) « ma tête de tourment » rôshî tela’ah conj. ; « de fiel et de tourment » rôsh ûtela’ah hébr. — v. difficile. Après l’évocation de la maladie, il semble qu’on ait là l’image d’une ville contre laquelle on élève des machines de siège, mais le texte est incertain.
14 w) Plusieurs mss hébr. et le syr. ont lu « la risée de tous les peuples », ce qui indique une relecture identifiant l’homme du v. 1 avec Israël.
16 x) « nourri de cendre » grec ; « renversé dans la cendre » hébr.
17 y) « est exclue » syr., Vulg. ; « tu as exclu » hébr.
23 z) « sa fidélité » conj. ; « ta fidélité » hébr. — Les vv. 22-24 manquent dans le grec.
La Bible hébraïque range ce petit livre avec les Hagiographes et le compte parmi les cinq « megillôt », les « rouleaux » qu’on lit aux grandes fêtes. La Bible grecque et la Vulgate le placent à la suite de Jérémie, avec un titre qui en attribue la composition à ce prophète. La tradition se fondait sur 2 Ch 35.25 et était appuyée par le contenu des poèmes, qui convient en effet à l’époque de Jérémie. Mais cette attribution ne peut être maintenue. Jérémie, tel que nous le connaissons par ses oracles authentiques, n’a pas pu dire que l’inspiration prophétique était tarie, 2.9, ni louer Sédécias, 4.20, ni espérer dans le secours égyptien, 4.17. Son génie spontané se serait difficilement astreint au genre érudit de ces poèmes dont les quatre premiers sont alphabétiques, chaque strophe commençant par une des lettres de l’alphabet prises dans leur ordre, et dont le cinquième a juste vingt-deux vers, le nombre des lettres de l’alphabet hébreu.
Les Lamentations 1, 2 et 4 sont dans le genre littéraire des complaintes funèbres, 3 est une lamentation individuelle, 5 est une lamentation collective (dans le latin : Prière de Jérémie). Elles ont probablement été composées en Palestine après la ruine de Jérusalem en 587. Elles sont vraisemblablement l’œuvre d’un seul auteur qui décrit en termes poignants le deuil de la ville et de ses habitants mais, de ces plaintes douloureuses, jaillit un sentiment de confiance invincible en Dieu et de repentir profond qui fait la valeur permanente du livret. Les Juifs le récitent au grand jeûne commémoratif de la destruction du Temple et l’Église en fait usage, pendant la Semaine Sainte, pour rappeler le drame du Calvaire.