Le Seigneur adresse au Deutéro-Isaïe une parole sur le sort des justes dans un monde rempli de mal et de mensonge ; ce sujet apparaît dans le contexte de la promesse que non seulement les Israélites, mais aussi les étrangers se tourneront vers Dieu. La logique de la révélation divine est la suivante : au chapitre 56, Il appelle...
Le Seigneur adresse au Deutéro-Isaïe une parole sur le sort des justes dans un monde rempli de mal et de mensonge ; ce sujet apparaît dans le contexte de la promesse que non seulement les Israélites, mais aussi les étrangers se tourneront vers Dieu. La logique de la révélation divine est la suivante : au chapitre 56, Il appelle toutes les nations à se tourner vers Lui, et ce chapitre se termine par une parole d'une importance exceptionnelle : Dieu appelle les nations à Lui, et non à Israël. Les chefs d'Israël sont aveugles, et leurs cœurs comme leurs actes sont remplis d'iniquités. Le Seigneur ne nous appelle pas à adopter le mode de vie ou la religion de certaines personnes, mais à venir à Lui seul, car aucun de nous ne peut être un témoin digne de Sa sainteté. Cette pensée garde toute son actualité pour l'Église du Nouveau Testament. Puis, au chapitre 57 que nous lisons aujourd'hui, le Seigneur parle du sort du juste.
Ces paroles diffèrent radicalement de tout ce que nous sommes habitués à lire dans l'Ancien Testament, ainsi que des idées toutes faites de la plupart des gens. Le Seigneur avertit que le sort du juste est triste, car, dans un monde déchu, la justice entraîne inévitablement la souffrance. Nous pensons au contraire, comme la plupart des Juifs de l'Ancien Testament, que les choses devraient être inversées : le juste devrait prospérer et l'impie périr. Et le juste devrait en effet prospérer, tandis que l'impiété n'aurait même pas dû exister, sans la chute des hommes qui a défiguré le dessein originel du Créateur. C'est pourquoi seule la mort apporte au juste la paix tant attendue, trouvée désormais en Dieu, et le délivre de la méchanceté qui règne dans ce monde. Ici, la parole du Deutéro-Isaïe rejoint ce qu'écrit l'apôtre Paul au début de l'Épître aux Philippiens : « Pour moi, vivre, c'est le Christ, et mourir est un gain. »
Le Seigneur poursuit en disant que l'idolâtrie ne fait pourtant de bien à personne, jamais, car le chemin de l'idolâtre consiste à servir le mensonge. Au fond, Il place ainsi Israël et toutes les autres nations sur le même plan, appelant également tous les hommes à se tourner vers Lui. C'est une pensée pleinement néotestamentaire : Jean le Baptiste l'exprime en d'autres termes lorsqu'il appelle les Juifs à se laver — à se faire baptiser, dans notre traduction — comme se lavent les païens qui viennent à la foi. Pour tous, seuls le repentir et l'espérance en Dieu sont le chemin de la vie, celui qui permet d'« hériter de la terre », selon l'expression du prophète. Il est plus que probable que le Seigneur Jésus-Christ cite précisément ce passage dans le Sermon sur la montagne lorsqu'Il parle des doux qui hériteront de la terre.
Dans la dernière partie du chapitre, le Seigneur dit que personne ne peut résister à Sa justice. Il prononce ces paroles non pas avec colère et reproche, comme nous le ferions, mais avec douleur et compassion. « Pourquoi mourriez-vous ? » s'écriait au nom du Très-Haut le prophète Ézéchiel, quelques décennies auparavant. Et, par le Deutéro-Isaïe, le Seigneur appelle tous les hommes à venir à Lui, en ôtant tout obstacle sur le chemin du Rédempteur. Ce « litige », cet affrontement entre Dieu et les hommes qui tendent vers le péché et la mort, ne durera pas éternellement, dit le Seigneur, car aucun de nous ne pourrait y survivre. Dans les derniers versets, le Seigneur promet de nouveau, comme par les autres prophètes, d'accorder le pardon et le salut à ceux qui se repentent.
C'est ici, dans ces derniers versets, que nous trouvons des paroles étonnantes, une véritable perle de la révélation prophétique. Appelant tous les hommes à se tourner vers Lui, le Seigneur dit que Sa volonté et Son but résident dans notre conversion et notre salut, dans notre guérison du péché et de la mort. Il dit : « J'habite dans les hauteurs des cieux et dans le sanctuaire, et aussi avec ceux dont l'esprit est contrit et humble. » Le Tout-Puissant demeure non seulement dans les cieux, non seulement dans le sanctuaire, mais auprès des humbles d'esprit. C'est là que commence à se dévoiler pour nous ce qu'expriment les grandes paroles du Christ : « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux ; heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » Si l'on appelle le Deutéro-Isaïe l'évangéliste de l'Ancien Testament, c'est parce que beaucoup de choses lui ont été révélées qui seraient dites par le Christ et s'accompliraient dans Sa vie terrestre.
Mais la parole du Seigneur ne s'arrête pas là. Il poursuit : « J'habite... pour faire revivre l'esprit des humbles et le cœur des contrits. » C'est pour nous faire revivre, nous, les humbles et les contrits, qu'Il vit ! Dans ce don de miséricorde, le Seigneur Lui-même place le sens de Sa vie, incompréhensible et inexprimable par des mots. Le mystère éternel de la Vie divine se révèle ici comme le don de Dieu à ceux qui viennent à Lui.
2 x) « ceux qui suivent » conj. ; l’hébr. a le singulier mais le reste du v. (« trouveront » « leur couche ») est au pluriel.
3 y) Cet oracle, comme le précédent, peut dater des derniers temps de la monarchie, où les pratiques idolâtriques étaient répandues à Jérusalem. Mais elles ont continué en Palestine pendant et après l’Exil, 66.3-4, 17. Le poème est dans le style vigoureux des prophètes du VIIe-VIe siècle (Jr 1.16 ; 7.8, etc. ; cf. Ez 8 ; 2.6-8). Certaines allusions à des rites idolâtriques particuliers restent obscures pour nous.
4 z) Littéralement « À qui ouvrez-vous grand la bouche ? ». Le parallélisme fait songer à un signe de moquerie plutôt que de voracité.
5 a) Il n’est pas sûr que ces sacrifices d’enfants soient identiques aux sacrifices à Molek, sur lesquels cf. Lv 18.21.
7 b) Allusion à la prostitution sacrée des cultes naturistes de Canaan, Nb 25, dont la pratique s’introduisit parfois en Israël, 1 R 14.24 ; 22.47 ; 2 R 23.7 ; Os 4.14, en dépit des interdictions, Dt 23.18-19. Mais dans leurs invectives contre l’idolâtrie, les prophètes utilisent le vocabulaire de la prostitution aussi bien pour évoquer symboliquement l’infidélité d’Israël à son Dieu que pour décrire avec réalisme des actes des cultes païens.
8 c) Ce « mémorial » ou « monument » (fin du v.) doit être un symbole cultuel, mais le sens de tout le v. reste obscur.
9 d) « Le Roi », titre donné à de nombreuses divinités sémitiques. Ici, peut-être Melqart de Tyr, divinité du monde souterrain, cf. la fin du v.
14 e) Poème postérieur à l’Exil, qui montre Yahvé prenant soin des pauvres et des opprimés. Sur cette spiritualité des « pauvres de Yahvé », cf. So 2.3.
17 f) C’est-à-dire, ou bien « en cachant ma face », expression de la disgrâce divine, ou bien « sans dévoiler mon intervention ».
19 g) cf. Ep 2.17 où saint Paul applique ces paroles à Jésus et à la prédication de l’Évangile.
21 h) « Yahvé » 50 mss., cf. 48.22 ; « mon Dieu » TM.
Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.
Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.
Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.
Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».
C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.
Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.
De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.
La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.
On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.