Nous aimons beaucoup le Christ, et souvent, à cause de cet amour, nous avons beaucoup de peine pour Lui dans Ses souffrances ; nous voudrions tant...
Nous aimons beaucoup le Christ, et souvent, à cause de cet amour, nous avons beaucoup de peine pour Lui dans Ses souffrances ; nous voudrions tant que, par quelque miracle, Il les évite. En cela, nous ressemblons un peu à Pierre lorsqu’il disait : « Cela ne T’arrivera pas » (Mt 16:22) ; seulement nous nous écrions : si seulement Tu pouvais éviter une telle souffrance ! Et il nous semble, en ces instants, qu’il aurait suffi d’arrêter Judas pour que rien n’arrive. Judas devient l’objet de notre sentiment involontairement vengeur.
Mais nous ne devons pas oublier l’essentiel. La souffrance du Christ fut volontaire. Dans tout le drame, Judas ne jouait aucun rôle décisif ; il était simplement une victime, victime de sa faiblesse. Il est donc faux de voir en lui l’incarnation du mal mondial ou quelque chose de semblable. Si Judas n’avait pas été là, tout se serait déroulé selon un autre scénario, mais le sens de la Rédemption, comme plus grand événement de l’histoire de l’humanité, n’en aurait pas changé.
Une autre question, souvent soulevée à propos de Judas, concerne la liberté de sa volonté. N’était-il pas un simple instrument entre les mains de la providence ? Car le Christ dit qu’il était « le fils de perdition, afin que l’Écriture soit accomplie » (Jn 17:12). Bien sûr, il n’en est pas ainsi non plus. Jamais l’homme n’est un simple instrument entre les mains de Dieu ; pour Lui, chaque personne qu’Il a créée « à Son image et à Sa ressemblance » est trop précieuse. Certains exégètes pensent que, lorsque le Christ trempa le morceau et le donna à Judas, Il ne le fit pas pour étonner les disciples par Son omniscience, mais pour donner à Judas une chance de revenir à lui, car la conversation se déroulait à voix basse, comme on le verra si nous lisons attentivement le texte (Jn 13:26).
De plus, Judas pouvait, comme Pierre, se repentir. Mais se repentir précisément comme Pierre, en produisant un fruit digne du repentir. C’est justement cela que Judas ne parvient pas à faire. Et cela le rend très digne de pitié. La pitié, voilà le sentiment qui doit naître en nous à l’égard de cet homme.
15 e) Maxime proverbiale qui prend une nuance chrétienne, Mt 15.10-20 ; Rm 14.14-23 ; cf. Jn 13.10 ; He 9.10 ; etc.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.