En parlant des relations à l'intérieur de la communauté ecclésiale, Paul, bien sûr, ne les assimile pas par hasard aux relations familiales...
En parlant des relations à l'intérieur de la communauté ecclésiale, Paul, bien sûr, ne les assimile pas par hasard aux relations familiales, rappelant à Timothée qu'il faut traiter tous ceux qu'il doit instruire comme les membres de sa propre famille (v. 1-2). Bien sûr, il s'agit ici avant tout de cet amour du prochain sans lequel il est impossible d'accomplir la Torah. Mais il y avait aussi autre chose dans l'instruction de l'apôtre. Ce n'est pas par hasard que la tradition yahviste, déjà depuis l'époque d'Osée, assimilait les relations entre Dieu et Son peuple à des relations familiales. Bien sûr, les relations au sein de la famille ne supposent pas toujours un fondement spirituel ; autrement, les paroles connues du Sauveur sur les proches qui deviennent les ennemis de l'homme n'auraient pas été prononcées. Et pourtant, dans notre monde encore non transfiguré, ce sont précisément les liens naturels qui unissent le mari à la femme ou les enfants aux parents qui constituent l'analogue le plus proche, quoique naturel, des relations qui unissent les hommes dans le Royaume.
Bien sûr, ce n'est qu'une ressemblance, mais elle permet de voir la propriété fondamentale qui distingue les relations du Royaume : leur évidence et leur caractère inconditionnel. Les proches, on les aime (si on les aime), en règle générale, non pour telles ou telles qualités naturelles ou spirituelles, mais simplement parce qu'ils sont « les siens » ; ici, le fait de la relation, de l'appartenance, détermine tout et l'emporte sur tout. Dans notre monde encore non transfiguré, un tel amour naturel peut pousser l'homme non seulement à rejeter toutes les normes sociales, mais même à violer le commandement donné par Dieu. Dans le Royaume, bien sûr, cela est impossible, car chez les habitants du Royaume la Torah est écrite dans le cœur ; mais le caractère inconditionnel de la relation demeure, se trouvant désormais lié non plus à la vieille nature humaine non transfigurée, mais au souffle de l'amour de Dieu dont le Royaume est pénétré.
Telles, selon la pensée de Paul, doivent être aussi les relations à l'intérieur de la communauté ecclésiale, car pour l'apôtre l'Église est le Royaume entrant dans le monde. C'est précisément pourquoi il se montre si ferme envers toute possibilité de profanation de ces relations, en particulier lorsqu'il s'agit des veuves de l'Église (« veuves »). Dans ce cas, bien sûr, il ne s'agit pas simplement des veuves membres de telle ou telle communauté ecclésiale. Il s'agit des veuves qui, après la mort de leurs maris, renonçaient volontairement à un second mariage, que l'Église n'interdisait nullement, et se consacraient aux services ecclésiaux. C'est là que se cachait le danger de profanation : au lieu d'accomplir l'œuvre de Dieu, les veuves, surtout les jeunes, s'occupaient de n'importe quoi, mais non des services ecclésiaux (v. 11-13).
Dans ce cas, selon les paroles de l'apôtre, il serait plus honnête devant Dieu et plus juste de contracter un second mariage, sans jouer à la « spiritualité » et en vivant une vie familiale ordinaire (v. 14-15). Quant à toute tentative de se dérober aux soucis et aux obligations familiales sous des prétextes « spirituels », Paul, on le voit, la considère comme déplacée pour une veuve (v. 4-8). Et il ne s'agit pas seulement de la responsabilité qu'une femme assume en se mariant et qui ne lui est nullement retirée par la mort de son mari. Il s'agit avant tout du fait que jouer à la « spiritualité » n'a rien de commun avec la véritable vie spirituelle, mais ne fait qu'éloigner du Royaume ceux qui le cherchent.
3 f) On peut distinguer ici trois catégories de veuves celles que l’Église n’a pas à assister, car elles ont de la famille, v. 4 ; celles que l’Église se doit d’assister, car elles sont de « vraies veuves », seules au monde, vv. 3, 5 et 16 ; enfin celles qui, assistées ou non par l’Église, sont appelées par elle à remplir certaines fonctions officielles, à condition de satisfaire à des exigences sévères, vv. 9-15.
4 g) Var. (Vulg.) « lui apprendre ».
10 h) La beauté est une note distincte de la spiritualité des chrétiens et le secret de leur apostolat. La rédemption ayant eu pour but de constituer un peuple adonné aux « belles œuvres », Tt 2.14 ; 3.7 ; Ep 2.10, ce que Dieu attend des siens, c’est leur transfiguration progressive pour obtenir une beauté toujours plus resplendissante 5.10 ; 6.18. Tous les âges et toutes les conditions, même les esclaves, Tt 2.10, ont, en toutes circonstances, Tt 3.1, une excellence et une noblesse spirituelles qui rayonnent avec l’éclat de la vraie beauté.
10 i) Rite de l’hospitalité antique.
12 j) Leur détermination de se consacrer à Dieu.
14 k) Expérience faite, Paul ne considère plus comme sage de proposer aux jeunes veuves l’idéal qu’il exposait en 1 Co 7.8, 40.
14 l) Soit l’homme malveillant, hostile aux chrétiens, soit, moins probablement, Satan.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.