Les chrétiens, comme les représentants des religions les plus diverses, aiment parler de l'humilité. Ils proposent toutes sortes de critères de cet état spirituel, parfois assez compliqués. Pourtant, Paul en donne une définition simple et...
Les chrétiens, comme les représentants des religions les plus diverses, aiment parler de l'humilité. Ils proposent toutes sortes de critères de cet état spirituel, parfois assez compliqués. Pourtant, Paul en donne une définition simple et claire : l'humilité est l'état d'une personne que Dieu affermit, et non celui d'une personne qui s'affermit elle-même.
Le mot grec correspondant a plusieurs sens, mais son sens principal est lié à l'idée de s'établir sur un fondement, puis de progresser. C'est manifestement ce fondement qui est en jeu. L'humilité commence là où, et au moment où, l'être humain renonce à s'affermir lui-même. Il ne s'agit pas de n'être sûr de rien et d'hésiter sans cesse, incapable de choisir ou de décider. Il s'agit de savoir où l'on trouve ce que l'on appellerait aujourd'hui son appui existentiel : ce sur quoi l'on s'appuie dans la vie.
Il ne s'agit évidemment ni de religion, ni d'une idéologie religieuse, ni d'une doctrine quelconque. Il s'agit précisément du Dieu vivant. De ce « souffle de vie » que Dieu insuffle en chacun de nous lors de la création. Et de la mesure dans laquelle nous percevons ce souffle. De la place qu'il prend dans notre vie. De la mesure dans laquelle il la détermine.
Et, par conséquent, de la mesure dans laquelle nous nous appuyons sur lui, sur ce souffle de Dieu dans notre cœur. Idéalement, entièrement : alors la présence de Dieu devient partie intégrante de chacun de nos choix, de chacune de nos décisions et de chacun de nos actes. C'est là qu'il nous faut apprendre l'humilité : car on ne peut percevoir ce souffle et la présence de Celui qui est derrière lui que lorsqu'on est prêt à accepter toute décision de Sa part et à entendre toute réponse qu'Il donnera. Entendre et faire ce qui est dit.
Voilà, au fond, ce qu'est l'humilité. On peut alors s'établir sur ce souffle et sur la volonté de Celui qui est derrière lui. Mais on peut aussi n'y prêter que peu d'attention, voire l'ignorer complètement. Il faudra alors chercher un autre appui dans la vie. Dans ses capacités, ses possibilités, son statut social... Les variantes sont nombreuses, mais elles ont toutes un point commun : tout cela est humain. Et s'appuyer là-dessus, c'est s'appuyer sur soi-même. C'est là que passe la frontière entre la communion avec Dieu et son absence. Car Dieu n'entrera pas dans la vie de celui qui ne Le cherche ni ne L'attend. L'être humain reste alors avec ce qui lui appartient en propre, avec toutes les conséquences qui en découlent.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.