La lecture d'aujourd'hui décrit une situation bien connue de tout croyant. Il s'agit de personnes qui, ayant reçu de Dieu tout ce qu'elles possèdent, l'ont complètement oublié. Il leur semble que...
La lecture d'aujourd'hui décrit une situation bien connue de tout croyant. Il s'agit de personnes qui, ayant reçu de Dieu tout ce qu'elles possèdent, l'ont complètement oublié (v. 1-2, 8). Il leur semble qu'elles ont reçu ce qu'elles possèdent de plein droit, et que personne ne pourra jamais le leur enlever. Il semblerait que le monde entier vive ainsi. Peu de gens réfléchissent à savoir s'ils méritent ou non ce qu'ils ont, surtout si cela a été, comme on dit habituellement dans de tels cas, « acquis par un travail honnête ». Pour prendre conscience à quel point l'homme dépend de Dieu dans la vie quotidienne, il faut avoir avec lui des relations profondes et stables.
C'est précisément pourquoi Dieu ne rappelle pas ses bienfaits à ceux qui le connaissent peu ou ne savent rien de lui. Il n'a pas besoin de disciples qui le suivraient pour les mêmes motifs qui obligent un débiteur à tenir compte de son créancier, car de telles relations forcées n'ont rien de commun avec l'amour. Mais à son peuple, par le prophète, il le dit directement, en lui reprochant d'avoir oublié tout ce que Dieu a fait pour lui. Dieu rappelle qu'Israël est entouré de peuples qui le surpassent à tous égards, et que s'il n'a pas encore été effacé de la face de la terre, c'est seulement grâce à l'aide de Dieu, à laquelle le peuple ne pense pas du tout.
Pourquoi donc, dans ce cas, Dieu agit-il autrement? C'est précisément parce qu'il s'agit de son peuple. Car l'histoire du peuple juif est inséparable de la révélation qu'il a reçue: il s'est formé comme nation au temps de l'Exode, et sans l'intervention directe de Dieu dans l'histoire, ce peuple même n'aurait tout simplement pas existé. Dans de telles circonstances, oublier ses relations avec Dieu équivaut littéralement à la mort, et le Seigneur le rappelle aux habitants du Royaume du Nord par son prophète.
Nous n'avons pas ici devant nous le désir de reprocher l'ingratitude ou de rappeler d'anciens et d'actuels bienfaits, mais le rappel de ces relations sans lesquelles le peuple ne sera plus, sans lesquelles il disparaîtra tout simplement de la face de la terre. Et si Dieu reproche ici quelque chose à son peuple, ce n'est pas tant son ingratitude que le fait qu'il ait oublié les relations qui l'unissaient autrefois à son Dieu, le Dieu qui se souvient de tout, même lorsque les hommes seraient heureux de tout oublier.
1 u) « à ceux qui sont tranquilles en Sion » est peut-être une relecture judéenne, cf. 3.1 ; Os 1.7.
1 v) Pour leur rendre hommage, chercher conseil et demander justice.
2 w) On comprend ce v. comme une apostrophe des notables de Samarie à ceux qui viennent les consulter vous êtes plus puissants que ces royaumes, vous n’avez rien à craindre. Mais le texte est incertain et en corrigeant le dernier stique on peut comprendre « valez-vous mieux que ces royaumes-là, votre territoire est-il plus grand que le leur ? » le déclin de ces cités servant alors de signe à Israël. Mais Kalné, cf. Isa 10.9, au nord d’Alep, ne sera prise par les Assyriens qu’en 738, Hamat sur l’Oronte en 720, et Gat en Philistie en 711.
3 x) Celle de l’occupation ennemie.
5 y) Sens incertain.
6 z) La fin imminente du royaume d’Israël.
8 a) Soit Samarie, soit n’importe quelle ville du royaume du Nord.
10 b) « embaumeur » en comprenant ce participe d’un verbe inusité (hapax) d’après l’araméen seraf « résine, baume ». Cf. 2 Ch 16.14.
10 c) Par respect religieux, ou peut-être par crainte devant le malheur dont Yahvé est l’auteur. Le passage est obscur mais le sens général est clair il décrit la catastrophe qui s’abat sur la ville et les morts qui remplissent les maisons, ainsi que la terreur qui s’empare du petit groupe des rescapés à qui revient le soin de s’occuper des cadavres.
12 d) Texte légèrement corrigé (en séparant différemment les mots et en changeant les voyelles). TM « est-ce qu’on laboure avec des bœufs ? » (pluriel au lieu du singulier collectif).
13 e) Jeu de mots sur Lo Debar signifiant « rien du tout », mis pour Lodbar (Jos 13.26 ; 2 S 9.4), identifié à Tell el-Hammé, au nord de Galaad. Qarnayim « les deux cornes » (1 M 5.26) est identifié à Sheikh es-Sa`ad, en Bashân. Ces villes faisaient partie des villes reconquises par JéroboII et son père Joas, cf. 2 R 13.25 et 14.25.
14 f) L’Assyrie.
14 g) Le torrent de la Araba n’est pas identique au torrent d’Égypte qui désigne avec l’Entrée de Hamat les limites sud et nord de la Terre promise, 1 R 8.65. Il s’agit d’un des wadis qui se jettent dans la vallée inférieure du Jourdain (la « Araba ») près de la mer Morte. Le territoire ainsi délimité est celui du royaume du Nord après les conquêtes de Jéroboam II, cf. 2 R 14.25.
Amos était berger à Teqoa, sur la lisière du désert de Juda, 1.1 ; étranger aux confréries de prophètes, il a été pris par Yahvé de derrière son troupeau et envoyé pour prophétiser à Israël, 7.14. Après un court ministère qui eut pour cadre principal le sanctuaire schismatique de Béthel, 7.10s, et s’exerça probablement aussi à Samarie, cf. 3.9 ; 4.1 ; 6.1, il fut expulsé d’Israël et revint à ses occupations premières.
Il prêche sous le règne de Jéroboam II, 783-743, époque humainement glorieuse, où le royaume du Nord s’étend et s’enrichit, mais où le luxe des grands insulte à la misère des opprimés et où la splendeur du culte masque l’absence d’une religion vraie. Avec la rudesse simple et fière et avec la richesse d’images d’un homme de la campagne, Amos condamne au nom de Dieu la vie corrompue des cités, les injustices sociales, la fausse assurance qu’on met en des rites où l’âme ne s’engage pas, 5.21-22. Yahvé, souverain Seigneur du monde, qui punit toutes les nations, 1-2, châtiera durement Israël, que son élection oblige à une plus grande justice morale, 3.2. Le « Jour de Yahvé » (l’expression vient ici pour la première fois) sera ténèbres et non lumière, 5.18s, la vengeance sera terrible, 6.8s, exercée par un peuple que Dieu appelle, 6.14, l’Assyrie qui n’est pas nommée mais qui occupe l’horizon du prophète. Toutefois Amos ouvre une petite espérance, la perspective d’un salut pour la maison de Jacob, 9.8, pour le « reste » de Joseph, 5.15 (premier emploi prophétique de ce terme). Cette profonde doctrine sur Dieu, maître universel et tout-puissant, défenseur de la justice, est exprimée avec une assurance absolue, sans que jamais le prophète ait l’air d’innover : sa nouveauté est dans la force avec laquelle il rappelle les exigences du pur Yahvisme.
Le livre nous est parvenu dans un certain désordre ; en particulier, le récit en prose, 7.10-17, qui sépare deux visions, se placerait mieux à la fin des oracles. On peut hésiter sur l’attribution à Amos lui-même de quelques courts passages. Les doxologies, 4.13 ; 5.8-9 ; 9.5-6, ont peut-être été ajoutées pour la lecture liturgique. Les courts oracles contre Tyr, Édom, 1.9-12, et Juda, 2.4-5, semblent dater de l’Exil. La discussion porte davantage sur 9.8-10 et surtout sur 9.11-15. Il n’y a pas de raison sérieuse de suspecter le premier de ces passages, mais il est vraisemblable que le second a été ajouté : on ne doit pas tirer argument des promesses de salut qu’il contient et qui, dès le début, furent un thème de la prédication des prophètes, ici Amo 5.15 et à la même époque chez Osée, mais ce qui est dit de la hutte branlante de David, de la vengeance contre Édom, d’un retour et d’un rétablissement d’Israël, suppose l’époque de l’Exil et peut être attribué, avec quelques autres retouches, à une édition deutéronomiste du livre.