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Lecture en trois ans pour le 8 juin 2020

La Bible de Jérusalem (fr)

Jéremie, Chapitre 51

V. Oracles contre les nations> 1 Yahvé contre Babylone., 20 Le marteau de Yahvé., 27 Vers la fin !, 34 La vengeance de Yahvé., 41 Élégie sur Babylone., 44 La visite de Yahvé aux idoles., 58 Babylone rasée., 59 L’oracle jeté dans l’Euphrate.
Ainsi parle Yahvé :Je vais faire se lever contre Babylone et contre les habitants de Leb Qamaï
un vent destructeur.
J’enverrai à Babylone des vanneurs pour la vanner
et nettoyer son territoire,
car on va l’assiéger de tous côtés
au jour du malheur.
— Qu’aucun archer ne bande son arc !
Qu’on cesse de se pavaner dans sa cuirasse !
— Pas de quartier pour ses jeunes !
Exterminez son armée entière !
Des victimes tomberont au pays des Chaldéens,
des transpercés dans les rues de Babylone.
Car Israël et Juda ne sont pas veuves
de leur Dieu, Yahvé Sabaot,
bien que leur pays soit plein de péché
contre le Saint d’Israël.
Fuyez du milieu de Babylone
(et sauvez chacun votre vie) ;
ne périssez pas pour son crime
car c’est le temps de la vengeance pour Yahvé :
il va lui payer son dû !
Babylone était une coupe d’or aux mains de Yahvé,
elle enivrait la terre entière,
les nations s’abreuvaient de son vin
c’est pourquoi elles devenaient folles.
Soudain Babylone est tombée, s’est
brisée :
hululez sur elle !
Prenez du baume pour son mal :
peut-être va-t-elle guérir !
— « Nous voulions guérir Babylone, elle n’a pas guéri ;
Laissez-la ! Allons-nous en, chacun dans son pays. »
— Oui, le jugement qui la frappe atteint jusqu’au ciel,
il s’élève jusqu’aux nues.
10 Yahvé a fait éclater notre justice.
Venez ! Racontons dans Sion
l’œuvre de Yahvé notre Dieu.
11 Affûtez les flèches,
emplissez les carquois !
Yahvé a excité l’esprit des rois des Mèdes, car il a formé contre Babylone le projet de la détruire : c’est la vengeance de Yahvé, la vengeance de son Temple.
12 Contre les remparts de Babylone, levez l’étendard !
Renforcez la garde !
Postez des sentinelles !
Dressez des embuscades !
Car Yahvé a encore un projet, et il fait ce qu’il a dit contre les habitants de Babylone.
13 Toi qui sièges au bord des grandes eaux,
toi, riche en trésors,
ta fin est arrivée,
la mesure de tes rapines.
14 Yahvé Sabaot l’a juré par lui-même :
Je te remplirai d’hommes comme de sauterelles,
et contre toi, ils pousseront un cri de triomphe.
15 Il a fait la terre par sa puissance,
établi le monde par sa sagesse
et par son intelligence étendu les cieux.
16 Quand il donne de la voix,
c’est un mugissement d’eaux dans le ciel,
il fait monter les nuages du bout de la terre ;
il produit les éclairs pour l’averse
et tire le vent de ses réservoirs.
17 Alors tout homme se tient stupide, sans comprendre,
chaque orfèvre rougit de ses idoles.
Ce qu’il a coulé n’est que mensonge,
en elles, pas de souffle !
18 Elles sont vanité, œuvre ridicule,
au temps de leur châtiment, elles disparaîtront.
19 La « Part de Jacob » n’est pas comme elles,
car il a façonné l’univers
et la tribu de son héritage.
Son nom est Yahvé Sabaot.
20 Tu fus un marteau à mon usage,
une arme de guerre.
Avec toi j’ai martelé des nations,
avec toi j’ai détruit des royaumes,
21 avec toi j’ai martelé cheval et cavalier,
avec toi j’ai martelé char et charrier,
22 avec toi j’ai martelé homme et femme,
avec toi j’ai martelé vieillard et enfant,
avec toi j’ai martelé adolescent et vierge,
23 avec toi j’ai martelé berger et troupeau,
avec toi j’ai martelé laboureur et attelage,
avec toi j’ai martelé gouverneurs et magistrats,
24 mais je ferai payer à Babylone et à tous les habitants de la Chaldée tout le mal qu’ils ont fait à Sion, sous vos yeux, oracle de Yahvé.
25 C’est à toi que j’en ai,
montagne de la destruction
— oracle de Yahvé —,
la destructrice de l’univers !
Je vais étendre contre toi ma main,
te faire rouler du haut des rochers,
te changer en montagne embrasée.
26 On ne tirera plus de toi ni pierre d’angle
ni pierre de fondation,
car tu deviendras une désolation pour toujours,
oracle de Yahvé.
27 Levez l’étendard sur la terre,
sonnez du cor parmi les nations !
Vouez les nations contre elle,
convoquez contre elle des royaumes
— Ararat, Minni et Ashkenaz —,
instituez contre elle l’officier d’enrôlement.
Faites donner la cavalerie, horde de sauterelles hérissées.
28 Vouez des nations contre elle : les rois de Médie, ses gouverneurs, tous ses magistrats et tout le pays en sa possession.
29 La terre trembla et frémit.
C’est que s’exécutait contre Babylone le plan de Yahvé :
changer le territoire de Babylone
en solitude sans habitants.
30 Les vaillants de Babylone ont cessé le combat,
ils se sont blottis dans les citadelles ;
leur vaillance est à bout,
ils sont devenus des femmes.
On a mis le feu à ses habitations,
ses verrous sont en pièces.
31 Le courrier court à la rencontre du courrier,
le messager à la rencontre du messager,
pour annoncer au roi de Babylone
que sa ville est enlevée de tous côtés,
32 les passages occupés,
les redoutes incendiées
et les hommes de guerre pris de panique.
33 Car ainsi parle Yahvé Sabaot, le Dieu d’Israël :
La fille de Babylone est pareille à une aire
au temps où on la foule :
encore un peu, et ce sera pour elle
le temps de la moisson.
34 Il m’a dévorée, consommée, Nabuchodonosor, le roi de Babylone,
il m’a laissée comme un plat vide,
il m’a engloutie tel le Dragon,
il a empli son ventre de mes bons morceaux, il m’a chassée.
35 « Sur Babylone la violence et les blessures que j’ai subies ! »
dit l’habitante de Sion.
« Sur les habitants de Chaldée mon sang ! »
dit Jérusalem.
36 C’est pourquoi ainsi parle Yahvé :
Voici, je prends en main ta cause
et j’assure ta vengeance.
Je vais assécher son fleuve
et tarir ses sources.
37 Babylone deviendra un tas de pierres,
un repaire de chacals,
un objet d’épouvante et de dérision,
sans plus d’habitants.
38 Tels des lions, ils rugissent ensemble,
ils grondent pareils à des lionceaux.
39 Ils ont chaud ? Je leur apprête un breuvage,
je les ferai boire afin qu’ils soient en joie,
qu’ils s’endorment d’un sommeil éternel
et ne puissent plus s’éveiller
— oracle de Yahvé.
40 Je les ferai descendre comme des agneaux à l’abattoir,
comme des béliers et des boucs.
41 Comment Shéshak a-t-elle été prise,
comment a-t-elle été conquise, la fierté du monde entier ?
Comment est-elle devenue une épouvante,
Babylone parmi les nations ?
42 Contre Babylone la mer est montée,
ses flots tumultueux l’ont submergée.
43 Ses villes sont changées en désolation,
en terre aride et en steppe,
terre où personne n’habite
et où ne passe plus un homme.
44 Je visiterai Bel dans Babylone
et lui retirerai de la bouche ce qu’il a englouti.
Vers lui n’afflueront plus les nations, désormais.
Et même le rempart de Babylone tombera.
45 Sors de son enceinte, mon peuple !
Que chacun de vous sauve sa vie
devant l’ardente colère de Yahvé !
46 Mais que votre cœur ne défaille point ! Ne vous effrayez pas de la nouvelle colportée dans le pays : une année, tel bruit se répand, et puis l’année d’après, tel autre ; la violence triomphe sur la terre et un tyran succède au tyran.
47 En effet, voici venir des jours
où je visiterai les idoles de Babylone.
Son territoire entier sera dans la honte
et tous ses tués gisant dans son sein.
48 Alors pousseront des cris contre Babylone
le ciel et la terre et tout ce qu’ils renferment,
car du Nord arrivent contre elle
les dévastateurs, oracle de Yahvé !
49 Babylone à son tour doit tomber,
ô vous, tués d’Israël,
de même que par Babylone tombèrent
des tués de la terre entière.
50 Vous qui avez échappé à l’épée,
partez ! Ne vous arrêtez pas !
Au loin, souvenez-vous de Yahvé
et que Jérusalem soit présente à votre cœur !
51 — « Nous étions dans la honte, entendant l’insulte,
nous étions couverts de confusion,
car des étrangers étaient venus
dans les sanctuaires du Temple de Yahvé. »
52 — Eh bien ! Voici venir des jours
— oracle de Yahvé —
où je visiterai ses idoles,
et dans tout son territoire gémiront ceux qu’on tue.
53 Babylone escaladerait-elle le ciel,
renforcerait-elle sa citadelle inaccessible,
sur mon ordre lui viendront des dévastateurs
— oracle de Yahvé.
54 Bruit d’une clameur qui sort de Babylone,
d’un grand désastre, du pays des Chaldéens !
55 Car Yahvé dévaste Babylone,
il fait cesser son grand bruit,
celui des flots qui grondaient comme les grandes eaux
quand le tumulte de leur voix retentissait.
56 Car un dévastateur est venu contre elle,
contre Babylone,
ses héros sont faits captifs, leurs arcs sont brisés.
Oui, Yahvé est le Dieu des représailles :
il paie sûrement !
57 Je ferai boire ses princes et ses sages,
ses gouverneurs, ses magistrats et ses héros ;
ils s’endormiront d’un sommeil éternel
et ne s’éveilleront plus,
oracle du Roi dont le nom est Yahvé Sabaot !
58 Ainsi parle Yahvé Sabaot :
Les remparts de Babylone la grande
seront vraiment démantelés
et ses hautes portes brûlées.
Ainsi les peuples ont-ils peiné pour le néant,
les nations se sont épuisées pour du feu.
59 Voici l’ordre que donna le prophète Jérémie à Seraya, fils de Nériyya, fils de Mahséya, quand celui-ci partit pour Babylone avec Sédécias, roi de Juda, en la quatrième année de son règne. Seraya était grand chambellan.
60 Jérémie avait mis par écrit dans un seul livre tout le
malheur qui devait survenir à Babylone, toutes ces paroles qui avaient été écrites contre Babylone.
61 Jérémie dit donc à Seraya : « Quand tu arriveras à Babylone, tu auras soin de lire toutes ces paroles-là.
62 Et tu diras : « Yahvé, toi-même as déclaré à propos de ce lieu qu’il serait détruit, de sorte qu’il ne s’y trouve plus d’habitant, homme ou bête, mais qu’il soit une désolation perpétuelle. »
63 Une fois achevée la lecture de ce livre, tu y attacheras une pierre et le lanceras au milieu de l’Euphrate
64 en disant : Ainsi doit s’abîmer Babylone pour ne plus se relever du malheur que je fais venir sur elle. »Jusqu’ici les paroles de Jérémie.
Lire la suite:Jéremie, Chapitre 52
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 n) Anagramme de Kasdîm (Chaldéens) dans la même écriture cryptographique qu’en 25.25-26.


2 o) « vanneurs » (hébr. zorîm) Aq., Sym., Vulg. ; « étrangers » (zarîm) hébr.


3 p) Cette double interdiction (’al ... ’al) lue avec 15 mss hébr. et les versions, alors que le TM porte ’el ... ’el « vers ... vers », s’adresse aux assiégés. La suite interpelle au contraire leurs assiégeants — L’hébr. (ketib) répète le mot « bande », dittographie omise par qeré et versions.


7 q) L’hébr. répète « les nations », omis par les versions.


11 r) « carquois » grec ; « boucliers » hébr. — Le poème parlait d’un ennemi du Nord, 50.3, 9, 41 ; 51.48. Le glossateur précise les Mèdes, identifiés aux Perses comme en Isa 13.17.


19 s) Grec. luc., Vulg., Targ et des mss hébr. ajoutent « Israël (est) » avant « la tribu ».


27 t) Peuples du Nord, habitant la région arménienne et ses confins Ararat ou Urartu ; Minni, autour du lac de Van ; Ashkenaz ou les Scythes.


34 u) « de mes bons morceaux » ma `adannay conj. ; « hors de mes délices » me `adanay hébr. — On pourrait comprendre aussi « de mon Éden il m’a chassée » en changeant légèrement la vocalisation et la liaison des mots. — C’est Jérusalem qui parle.


35 v) Littéralement « ma violence, ma chair sanglante ».


59 w) Cette action symbolique, cf. 18.1, qui devait rester secrète, fut accomplie vers 593. Elle atteste la foi du prophète en l’irrévocabilité de la parole divine, et aussi sa parfaite lucidité au moment même où Jérémie prêche la soumission à Babylone, il ne se dissimule pas pour autant les crimes des Babyloniens.


64 x) Cette phrase, omise par le grec, devait se trouver primitivement après le v. 58. Elle est précédée par le dernier mot de ce v. 58, « se sont épuisées », répété ici accidentellement.


Un peu plus d’un siècle après Isaïe, vers 650 av. J.-C., Jérémie naissait d’une famille sacerdotale installée aux environs de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui parsèment son livre et dont voici la suite chronologique : 19.1 – 20.6 ; 26 ; 36 ; 45 ; 28-29 ; 51.59-64 ; 34.8-22 ; 37-44. Les « Confessions de Jérémie », 11.18 – 12.6 ; 15.10-21 ; 17.14-18 ; 18.18-23 ; 20.7-18, proviennent du prophète lui-même. Elles ne constituent pas une autobiographie, mais elles sont un témoignage émouvant des crises intérieures qu’il a traversées et qui sont décrites dans le style des Psaumes de lamentation. Appelé tout jeune par Dieu, en 626, la treizième année de Josias, 1.2, il a vécu la période tragique où se prépara et s’accomplit la ruine du royaume de Juda. La réforme religieuse et la restauration nationale de Josias éveillèrent des espoirs qui furent anéantis par la mort du roi à Megiddo en 609 et par le bouleversement du monde oriental, la chute de Ninive en 612 et l’expansion de l’empire chaldéen. Dès 605, Nabuchodonosor a imposé sa domination à la Palestine, puis Juda s’est révolté à l’instigation de l’Égypte qui intriguera jusqu’à la fin et, en 597, Nabuchodonosor conquiert Jérusalem et déporte une partie de ses habitants. Une nouvelle révolte ramène les armées chaldéennes et, en 587, Jérusalem est prise, le Temple est incendié, une seconde déportation a lieu. Jérémie a traversé cette dramatique histoire, prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succèdent sur le trône de David, accusé de défaitisme par les militaires, persécuté, incarcéré. Après la prise de Jérusalem, et bien qu’il vît dans les exilés l’espoir de l’avenir, Jérémie choisit de rester en Palestine auprès de Godolias, nommé gouverneur par les Chaldéens. Mais celui-ci fut assassiné et un groupe de Juifs, craignant les représailles, s’enfuit en Égypte, entraînant Jérémie. C’est probablement là qu’il mourut.

Le drame de cette vie n’est pas seulement dans les événements auxquels Jérémie fut mêlé, il est aussi dans le prophète lui-même. Il avait une âme tendre, faite pour aimer, et il a été envoyé « pour arracher et renverser, pour exterminer et démolir », 1.10, il a eu à prédire surtout le malheur, 20.8. Il était désireux de paix et il a eu toujours à lutter, contre les siens, contre les rois, les prêtres, les faux prophètes, tout le peuple, « homme de querelle et de discorde pour tout le pays », 15.10. Il a été déchiré par la mission à laquelle il ne pouvait pas se soustraire, 20.9. Ses dialogues intérieurs avec Dieu sont semés de cris de douleur : « Pourquoi ma souffrance est-elle continue ? » 15.18, et le passage poignant qui annonce Job : « Maudit soit le jour où je suis né... », 20.14 et la suite.

Mais cette souffrance a épuré son âme et l’a ouverte au commerce divin. Ce qui nous rend Jérémie si cher et si proche, c’est la religion intérieure et cordiale qu’il a pratiquée, avant de la formuler dans l’annonce de la Nouvelle Alliance, 31.31-34. Cette religion personnelle l’a conduit à un approfondissement de l’enseignement traditionnel : Dieu scrute les reins et les cœurs, 11.20, il rend à chacun selon ses actes, 31.29-30 ; l’amitié avec Dieu, 2.2, est rompue par le péché, qui sort du cœur mauvais, 4.4 ; 17.9 ; 18.12. Ce côté affectif l’apparente à Osée dont il a subi l’influence ; cette intériorisation de la Loi, ce rôle du cœur dans les rapports avec Dieu, ce souci de la personne individuelle le rapprochent du Deutéronome. Jérémie a certainement vu avec faveur la réforme de Josias qui s’inspirait de ce livre, mais il a été cruellement déçu par son inefficacité pour changer la vie morale et religieuse du peuple.

La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n’a cessé de grandir après sa mort. Par sa doctrine d’une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa ligne la plus pure, et l’on relève son influence dans Ézéchiel, la seconde partie d’Isaïe et plusieurs Psaumes. L’époque maccabéenne le compte parmi les protecteurs du peuple, 2 M 2.1-8 ; 15.12-16. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l’âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle Alliance chrétienne, et sa vie d’abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir des traits à l’image du Serviteur dans Isa 53, fait de Jérémie une figure du Christ.

Cette influence durable suppose que les enseignements de Jérémie ont été souvent lus, médités et commentés. Cette action de toute une lignée spirituelle se reflète dans la composition de son livre. Il ne se présente pas, loin de là, comme une œuvre d’un seul jet. En dehors des oracles poétiques et des récits biographiques, il contient des discours en prose dans un style proche de celui du Deutéronome. Leur authenticité a été contestée et on les a attribués à des rédacteurs « deutéronomistes » d’après l’Exil. En fait, leur style est celui de la prose judéenne du VIIe et du début du VIe siècle av. J.-C., leur théologie est celle du courant religieux auquel appartiennent aussi bien Jérémie que le Deutéronome. Ils sont l’écho authentique de la prédication de Jérémie, recueillie par ses auditeurs. Toute cette tradition jérémienne ne s’est pas transmise sous une forme unique. La version grecque offre une recension qui est notablement plus courte (un huitième) que le texte massorétique et souvent différente dans le détail ; les découvertes de Qumrân prouvent que les deux recensions existaient en hébreu. De plus, le grec met les oracles contre les nations après 25.13 et dans un autre ordre que l’hébreu, qui les rejette à la fin du livre, 46-51. Ces prophéties ont peut-être formé d’abord une collection particulière et elles ne proviennent pas toutes de Jérémie : au moins, les oracles contre Moab et Édom ont été fortement retravaillés et le long oracle contre Babylone, 50-51, date de la fin de l’Exil. Le chap. 52 Se donne lui-même comme un appendice historique, qui est parallèle à 2 R 24.18 – 25.30. D’autres compléments de moindre étendue ont été insérés dans le cours du livre et témoignent de l’usage qu’en faisaient et de l’estime qu’en avaient les captifs de Babylone et la communauté renaissante après l’Exil. Il y a aussi une abondance de doublets, qui supposent un travail rédactionnel. Enfin, les indications chronologiques, qui sont nombreuses, ne se suivent pas. Le désordre actuel du livre est le résultat d’un long travail de composition, dont il est bien difficile de retracer toutes les étapes.

Le chap. 36 nous donne cependant les indications précieuses : en 605, Jérémie dicta à Baruch les oracles qu’il avait prononcés depuis le début de son ministère, 36.2, c’est-à-dire depuis 626. Ce rouleau, brûlé par Joiaqim, fut récrit et complété, 36.32. Sur le contenu de ce recueil, on ne peut faire que des hypothèses. Il semble avoir été introduit par 25.1-12 et groupait les pièces antérieures à 605 qu’on trouve dans les chap. 1-18, mais il contenait aussi, d’après 36.2, des oracles anciens contre les nations, auxquels se réfère 25.13-38. Les compléments qui y furent ajoutés ensuite sont, dans les mêmes sections, des pièces postérieures à 605 et d’autres oracles contre les nations. On y inséra les feuillets des « Confessions », dont le détail a été donné plus haut. On y joignit deux petits livrets, sur les rois, 21.11 – 23.8, et sur les prophètes, 23.9-40, qui ont pu avoir existé d’abord à part.

On isole déjà ainsi deux parties dans le livre : l’une contient des menaces contre Juda et Jérusalem, 1.1 – 25.13, l’autre des prophéties contre les nations, 25.13-38 et 46-51. Une troisième partie est constituée par 26-35, où l’on a rassemblé dans un ordre arbitraire des morceaux qui ont un ton plus optimiste. Ces pièces sont presque toutes en prose et proviennent en grande partie d’une biographie de Jérémie, qu’on attribue à Baruch. Il faut mettre à part les chap. 30-31 qui sont un livret poétique de consolation. La quatrième partie, 36-44, en prose, continue la biographie de Jérémie et donne le récit de ses souffrances pendant et après le siège de Jérusalem. Elle se termine par 45.1-5, qui est comme la signature de Baruch.

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