Pour l'apôtre, la vie chrétienne est une dans toute sa plénitude et à toutes ses étapes. Avant la venue du Christ, la vie de tout homme se divisait nettement en «avant» et «après», en vie et...
Pour l'apôtre, la vie chrétienne est une dans toute sa plénitude et à toutes ses étapes. Avant la venue du Christ, la vie de tout homme se divisait nettement en «avant» et «après», en vie et en après-mort, qu'on ne pouvait appeler vie au plein sens du terme, même avec le regard le plus optimiste. Pour la plupart, l'après-mort signifiait le monde des ombres, où il n'y a pas de vie, mais seulement son apparence, où l'homme se change en sa propre ombre, oubliant la vie terrestre et perdant presque la conscience de sa propre existence.
Il existait certes des visions moins pessimistes de l'après-mort, qui supposaient l'immortalité de l'âme et la rétribution après la mort, mais il s'agissait tout de même seulement de l'âme, non de l'homme tout entier. Paul, lui, parle d'autre chose. Il ne part pas de l'espérance en l'immortalité de l'âme, mais de l'attente de la résurrection de l'homme tout entier, complètement et pleinement. Et pour lui, ce processus est déjà devenu réalité avec le Royaume entré dans le monde.
Pour l'homme qui vit de la vie du Royaume, la différence entre «avant» et «après», si elle ne disparaît pas tout à fait, cesse d'être essentielle. La vie du Royaume est une, et l'homme qui y participe n'est déjà plus soumis à la mort sous la forme où elle existe dans le monde déchu. Certes, puisque le Royaume n'est pas encore entré dans le monde jusqu'au bout, l'homme ne peut pas être entièrement libre de la mort. Cela concerne d'abord le corps physique, qui, dans son état déchu, peut devenir un obstacle entre l'homme et Dieu.
Cela n'avait pas été voulu ainsi: Dieu a créé l'homme pour qu'il puisse demeurer avec Lui dans la plénitude de la communion. Mais après la chute, tout est devenu différent, et cette corporéité qui était auparavant le lieu de la rencontre entre l'homme et Dieu est devenue maintenant un obstacle qui sépare l'homme de Dieu. Un obstacle, certes, surmontable, mais assez visible pour qu'il soit impossible de l'ignorer. C'est pourquoi l'apôtre dit que la plénitude de la communion avec Dieu suppose la libération du corps dans son état actuel, non au sens d'un abandon complet du corps, mais au sens de sa transfiguration, d'un changement de sa nature tel qu'il n'entrave plus la communion avec Dieu, mais au contraire la favorise.
Quoi qu'il en soit, cette communion avec Dieu ne commence pas quelque part dans un autre monde ni un jour après la mort, mais ici et maintenant. La première étape du chemin vers le Royaume commence quand l'homme décide de suivre le Christ et entre dans l'Église. Et dès cette première étape, il se décide bien plus de choses qu'on ne pourrait le croire en regardant l'homme déchu.
À la première étape se détermine ce que seront les étapes suivantes, sinon entièrement, du moins en grande partie. C'est Dieu qui prépare à l'homme la demeure céleste; mais le vêtement que portera l'homme lorsqu'il se trouvera au seuil de cette demeure, il se le prépare lui-même pendant sa vie terrestre. La vie dans le Royaume commence ici et maintenant, et c'est ici et maintenant que se décide ce que nous deviendrons ensuite, à l'étape suivante de notre chemin. Voilà ce que l'apôtre rappelle aux lecteurs de sa lettre.
1 n) 2 Co 5.1-10 continue 4.16-18 qui opposait la ruine progressive de l’homme extérieur et le progrès de l’homme intérieur, v. 16, cf. Rm 7.22. Cet homme intérieur, identique ici à l’homme nouveau, Col 3.10, constitue les arrhes de l’Esprit, 2 Co 5.5, cf. Rm 8.23, dont la plénitude sera donnée dans la résurrection, où le croyant sera revêtu de son habitation céleste, 2 Co 5.2, qui symbolise une existence nouvelle, Ph 3.20-21, plutôt que le corps spirituel de 1 Co 15.44. D’où un ardent désir, 2 Co 5.2, de cette plénitude, et le souhait de ne pas en être privé, même temporairement, par la mort survenant avant la Parousie, 2 Co 5.4, et donc d’être encore vivant au moment de la Venue du Seigneur. Mais cf. 2 Co 5.8.
3 o) Paul espère être digne de la vie éternelle. Tout comme la nudité comporte des connotations de péché et de châtiment, Isa 20.2-4 ; 47.3 ; Ez 16.35-39 ; 23.25-29 ; Ap 3.18, de même le vêtement symbolise-t-il la justice, Mt 22.11 ; Ga 3.27.
7 p) Cf. 1 Co 13.12. La foi est à la claire vision ce que l’imparfait est au parfait. Texte important qui met en évidence l’aspect connaissance de la foi.
8 q) Ici et en Ph 1.23, Paul envisage une réunion du chrétien avec le Christ immédiatement après la mort individuelle. Sans contredire la doctrine biblique de la résurrection finale, Rm 2.6 ; 1 Co 15.44, cette attente d’une béatitude de l’âme séparée se ressent d’une influence grecque qui était d’ailleurs déjà sensible dans le judaïsme contemporain, cf. Lc 16.22 ; 23.43 ; 1 P 3.19. Comparer l’extase de l’âme séparée du corps en 2 Co 12.2s ; cf. Ap 1.10 ; 4.2 ; 17.3 ; 21.10.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.