La lecture d'aujourd'hui touche à l'une des «questions éternelles» de la vie religieuse: la question de la dimension morale...
La lecture d'aujourd'hui touche à l'une des «questions éternelles» de la vie religieuse: la question de la dimension morale de la religion. La situation décrite dans le passage est assez claire: les habitants du Royaume du Nord, Israël, ne lésinaient manifestement pas sur les sacrifices; ils se considéraient donc comme des personnes pieuses et aimées de Dieu, ce qui ne les empêchait pourtant nullement de pécher en violant les commandements donnés par le Dieu qu'ils adoraient et à qui ils offraient des sacrifices (v. 4-5). Le fond du problème est clair: Dieu n'a pas besoin des sacrifices de ceux qui transgressent les commandements qu'Il a donnés. Car le sacrifice, tel qu'on le comprenait à l'origine, était d'abord une forme de communion avec Dieu, et communier avec Dieu sans observer Ses commandements est évidemment impossible.
Mais pourquoi donc l'être humain éprouve-t-il ce désir si tenace de réduire la vie religieuse à ses formes extérieures? La réponse à cette question tient peut-être à l'essence même de la religion. En tout temps, l'homme a été marqué par ce qu'on appelle ordinairement le sentiment religieux. Il a toujours eu aussi le sentiment de la présence dans le monde de certaines puissances supérieures. Et la religion a été l'instrument qui permettait à l'homme d'établir des relations avec ces puissances. Une religiosité comprise ainsi est toujours restée une affaire strictement humaine.
Et pourtant Dieu n'a jamais abandonné l'homme, même lorsque l'homme Lui tournait le dos; c'est pourquoi, dans chaque religion humaine, il y eut aussi des étincelles de Révélation que certains réussirent à discerner sous les couches des constructions humaines. Mais dans le yahvisme, dans la religion de l'Ancien Testament, tout est différent: la Révélation se trouve au centre, et la religiosité n'est plus qu'un cadre, la forme qui permet à la Révélation d'exister dans l'histoire. Or, si la Révélation suppose une relation personnelle profonde et intense avec Dieu, impossible sans l'observance des commandements et des normes morales, la religion peut parfois se passer entièrement d'une telle relation.
La religiosité repose souvent sur des représentations peu différentes de celles qui caractérisaient l'ancien magisme, où le contact avec les puissances supérieures avait d'ordinaire un caractère purement instrumental et n'exigeait aucune relation personnelle. Tout ce bagage païen est devenu une partie de la religiosité yahviste de masse propre à la majorité de la population du Royaume du Nord. Il n'est pas étonnant que la vie religieuse de ces gens ait commencé à ressembler à celle des païens, où la forme, la cérémonie, le rite finissent toujours tôt ou tard par passer au premier plan. C'est une loi générale, la dynamique descendante du mouvement spirituel dans le monde déchu, où la Révélation, avec le temps, est toujours masquée par la religiosité humaine, au point de devenir parfois presque invisible sur son arrière-plan. Alors Dieu envoie les prophètes pour rappeler aux hommes Sa présence et ce qui est principal dans toute tradition religieuse: la morale, les commandements, la Révélation.
1 o) Le Bashân, en Transjordanie, était célèbre par ses pâturages et ses troupeaux. Dans Ps 22.13, les taureaux du Bashân sont le symbole de la force violente ; les vaches le sont ici de l’esprit jouisseur des femmes de Samarie.
3 p) « vous serez repoussées » wehoshlaktenah grec ; « vous repousserez » wehishlaktenah hébr. « Hermon » corr. ; hébr. harmona.
4 q) Le péché ne consiste pas à fréquenter des sanctuaires où le culte est corrompu par des pratiques idolâtriques, mais à allier au refus d’obéir à la volonté divine l’empressement à le célébrer dans le culte, 5.21. Sur Béthel, cf. Gn 12.8 ; 1 R 12.28—13.10 ; sur Gilgal, cf. Jos 4.19.
4 r) Le prophète semble ironiser sur la surabondance des actes de culte. Autre traduction « le troisième jour » (sans doute après l’arrivée). L’offrande de la dîme, Dt 14.22, est une très ancienne coutume religieuse dont, à Béthel, on faisait remonter l’origine à Jacob, Gn 28.22.
5 s) L’insistance du prophète « vos » sacrifices, « vos » dîmes, « vos » offrandes, « c’est cela que vous aimez », est destinée à marquer que les pèlerins du sanctuaire réalisent leurs propres désirs et non la volonté de Yahvé.
6 t) Le morceau qui suit, vv. 6-12, est un petit poème à refrain qui met en relief la pédagogie divine. Comme un père châtie son enfant, Dt 8.5, Dieu, par une série de sept fléaux présentés dans un ordre de sévérité croissante, 4.6-11 ; Lv 26.14-39 ; Dt 28.15-68, a entrepris de ramener son peuple à lui, mais en vain, Isa 9.12 ; 42.25 ; Jr 2.30 ; 5.3 ; Os 7.10 ; So 3.2, 7 ; Ag 2.17, cf. Ap 9.20, 21 ; 16.9, 11 ; Ex 7-11. Israël s’est endurci dans son péché, Dieu va le frapper.
6 u) Par la famine.
11 v) Allusion probable à un tremblement de terre, cf. 1.1.
12 w) Annonce mystérieuse du châtiment définitif. « Parce que je vais te traiter ainsi » est peut-être une glose.
13 x) Cette doxologie, cf. 5.8-9 ; 9.5-6, a pu être ajoutée pour l’usage liturgique. Dans le contexte présent, elle donne plus de force à la menace.
13 y) Ou « qui révèle la pensée de l’homme », cf. 2 R 5.25-26 ; Jr 11.20 ; Ps 94.11, etc.
13 z) Allusion aux éclipses ou aux orages matinaux, à moins qu’il ne faille lire avec le grec « qui fait l’aurore et les ténèbres ».
13 a) Allusion à l’orage, Ps 18.8-16, ou mieux, expression symbolique de la toute-puissance de Yahvé, Dt 32.13 ; Jb 9.8 ; Ps 18.34 ; Isa 58.14 ; Mi 1.3-6.
Amos était berger à Teqoa, sur la lisière du désert de Juda, 1.1 ; étranger aux confréries de prophètes, il a été pris par Yahvé de derrière son troupeau et envoyé pour prophétiser à Israël, 7.14. Après un court ministère qui eut pour cadre principal le sanctuaire schismatique de Béthel, 7.10s, et s’exerça probablement aussi à Samarie, cf. 3.9 ; 4.1 ; 6.1, il fut expulsé d’Israël et revint à ses occupations premières.
Il prêche sous le règne de Jéroboam II, 783-743, époque humainement glorieuse, où le royaume du Nord s’étend et s’enrichit, mais où le luxe des grands insulte à la misère des opprimés et où la splendeur du culte masque l’absence d’une religion vraie. Avec la rudesse simple et fière et avec la richesse d’images d’un homme de la campagne, Amos condamne au nom de Dieu la vie corrompue des cités, les injustices sociales, la fausse assurance qu’on met en des rites où l’âme ne s’engage pas, 5.21-22. Yahvé, souverain Seigneur du monde, qui punit toutes les nations, 1-2, châtiera durement Israël, que son élection oblige à une plus grande justice morale, 3.2. Le « Jour de Yahvé » (l’expression vient ici pour la première fois) sera ténèbres et non lumière, 5.18s, la vengeance sera terrible, 6.8s, exercée par un peuple que Dieu appelle, 6.14, l’Assyrie qui n’est pas nommée mais qui occupe l’horizon du prophète. Toutefois Amos ouvre une petite espérance, la perspective d’un salut pour la maison de Jacob, 9.8, pour le « reste » de Joseph, 5.15 (premier emploi prophétique de ce terme). Cette profonde doctrine sur Dieu, maître universel et tout-puissant, défenseur de la justice, est exprimée avec une assurance absolue, sans que jamais le prophète ait l’air d’innover : sa nouveauté est dans la force avec laquelle il rappelle les exigences du pur Yahvisme.
Le livre nous est parvenu dans un certain désordre ; en particulier, le récit en prose, 7.10-17, qui sépare deux visions, se placerait mieux à la fin des oracles. On peut hésiter sur l’attribution à Amos lui-même de quelques courts passages. Les doxologies, 4.13 ; 5.8-9 ; 9.5-6, ont peut-être été ajoutées pour la lecture liturgique. Les courts oracles contre Tyr, Édom, 1.9-12, et Juda, 2.4-5, semblent dater de l’Exil. La discussion porte davantage sur 9.8-10 et surtout sur 9.11-15. Il n’y a pas de raison sérieuse de suspecter le premier de ces passages, mais il est vraisemblable que le second a été ajouté : on ne doit pas tirer argument des promesses de salut qu’il contient et qui, dès le début, furent un thème de la prédication des prophètes, ici Amo 5.15 et à la même époque chez Osée, mais ce qui est dit de la hutte branlante de David, de la vengeance contre Édom, d’un retour et d’un rétablissement d’Israël, suppose l’époque de l’Exil et peut être attribué, avec quelques autres retouches, à une édition deutéronomiste du livre.