Comment comprendre les paroles du Sauveur sur la maison désormais laissée vide ? À en juger par le contexte, il pense aux événements de l'an 70 apr. J.-C., qu'il avait prévus : après l'insurrection antiromaine organisée principalement par les zélotes, les Romains la réprimeraient et détruiraient Jérusalem et le Temple jusqu'aux fondations. Dans ce cas, les paroles du Christ peuvent et doivent être comprises avant tout...
Comment comprendre les paroles du Sauveur sur la maison désormais laissée vide ? À en juger par le contexte, il pense aux événements de l'an 70 apr. J.-C., qu'il avait prévus : après l'insurrection antiromaine organisée principalement par les zélotes, les Romains la réprimeraient et détruiraient Jérusalem et le Temple jusqu'aux fondations. Dans ce cas, les paroles du Christ peuvent et doivent être comprises avant tout littéralement : après la terrible dévastation, la ville et le Temple—ou plutôt ce qui en resterait, et il en resterait très peu—seraient effectivement déserts.
Il y a cependant dans les paroles du Sauveur un second sens, plus profond. Il comprend mieux que quiconque que les événements de l'an 70 seront la conséquence du choix spirituel que le peuple fait pendant son ministère terrestre. Naturellement, ni ce choix lui-même ni la catastrophe qui en résultera ne le réjouissent, mais il sait que l'on ne peut rien y faire : le peuple dans son ensemble comme chaque personne concrète sont libres de leur choix, et nul ne peut ici être contraint à quoi que ce soit. Il a apporté dans le monde le Royaume, qui aurait pu devenir le bien de tout le peuple, mais auquel seule une minorité a prêté attention. Dans l'avenir immédiat, le salut du peuple juif devenait désormais inévitablement le lot non de la majorité, mais de la minorité.
C'est là le caractère tragique du ministère terrestre du Sauveur. Il ne pouvait même pas proclamer publiquement qu'il était le Messie qu'il était réellement, non parce qu'on ne l'aurait pas cru, mais parce qu'au contraire, on l'aurait cru et que l'on aurait aussitôt tenté de le placer à la tête d'un nouveau mouvement messianique se transformant en insurrection antiromaine. On voulait voir en lui non pas le Messie qu'il était en réalité, mais celui qui satisferait les attentes d'une foule échauffée par des slogans religieux et politiques. Or, la foule est toujours agressive ; elle hait ceux qui refusent de suivre ses mots d'ordre et de répondre à ses attentes, et elle les hait d'autant plus que ses attentes envers le chef potentiel étaient grandes. Le Messie est rejeté, et sa place est prise par ceux qu'il appelle lui-même des loups ravisseurs, pour lesquels les brebis n'ont d'intérêt qu'en tant que nourriture.
Et la maison se vide. Le Temple qui, selon le témoignage des prophètes, devait accueillir le Messie, laisse entrer à la place du Messie rejeté les soldats romains, qui n'en laisseront pas pierre sur pierre. Tel est le prix du Royaume offert puis rejeté, le prix du salut rejeté : un prix égal à la ruine.