Dans la lecture d'aujourd'hui, l'évangéliste Matthieu applique à Jésus de Nazareth l'une des prophéties les plus étonnantes de l'Ancien Testament sur le Messie: les paroles du Second Isaïe sur le Serviteur du Seigneur, qui « ne brisera pas le roseau froissé ». Cette prophétie fut prononcée dans la seconde moitié du VIe siècle avant Jésus-Christ, au temps où les premières caravanes de rapatriés revenaient de Babylone à Jérusalem pour faire renaître la vie parmi les ruines de la Maison du Seigneur. Le Seigneur révèle au prophète que son Serviteur apportera le salut aux hommes sans recourir à la violence. Quelques années plus tard, le Seigneur dira au prophète Zacharie quelque chose de très semblable: le salut sera donné « ni par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit ».
Pour l'évangéliste Matthieu, qui écrit son Évangile pour les Juifs, il importe de donner au lecteur la possibilité de voir que Jésus de Nazareth est celui qui est véritablement doux, et que cette prophétie s'est accomplie précisément en lui. Il importe à l'évangéliste que le Christ accomplisse son ministère de salut en proclamant la parole de vérité, en « annonçant le droit aux nations », selon l'expression du Second Isaïe. L'évangéliste rapporte les paroles sur la douceur du Messie directement au moment où le Seigneur Jésus « défend de le faire connaître ». En citant la prophétie tout entière, Matthieu l'applique aussi aux événements qu'il racontera ensuite. Dans la logique de ce passage, « jusqu'à ce qu'il ait mené le droit à la victoire » est une prophétie de la Croix, tandis que les paroles « les nations mettront leur espérance en son nom » s'accomplissent dans l'Église qui embrasse le monde entier.
