Les livres bibliques nous disent peu de chose, ou presque rien, sur l'état après la mort, qu'il soit bon ou mauvais. La tradition païenne est beaucoup plus informative à cet égard : dans les religions égyptienne et grecque, il existe non seulement un enseignement développé sur l'au-delà...
Les livres bibliques nous disent peu de chose, ou presque rien, sur l'état après la mort, qu'il soit bon ou mauvais. La tradition païenne est beaucoup plus informative à cet égard : dans les religions égyptienne et grecque, il existe non seulement un enseignement développé sur l'au-delà, mais aussi une réflexion pleinement élaborée sur la rétribution posthume. La Bible, elle, se concentre non sur l'existence posthume, mais sur cette résurrection universelle qui attend tous les hommes au jour du Jugement et de la venue du Messie.
Le peu que la Bible dit de l'au-delà comme tel ne relève pas proprement de la tradition yahviste. On peut plutôt parler ici d'une tradition préyahviste, prébiblique, dont certains éléments sont entrés dans le yahvisme et se sont reflétés dans la Bible. Telles sont les représentations bibliques du shéol, du monde des ombres, où tous sans exception vont après la mort et où il n'y a pas de différence entre ceux qui furent justes dans le monde des vivants et ceux qui péchèrent durant leur vie terrestre. De telles conceptions étaient propres à presque tous les peuples de la terre depuis les temps préhistoriques, et il n'y a là rien de proprement yahviste.
C'est sur la base de telles représentations que se sont ensuite développées, dans certaines religions païennes, notamment égyptienne et grecque, des théories de la rétribution posthume. Et pourtant, dans le yahvisme, certaines pensées sont apparues sur ce qui se passe après la mort, différentes de celles qui sont liées à l'image du shéol, bien que cela se soit produit assez tard, plus tard que chez les peuples voisins. Mais même ces pensées étaient inséparables de la réflexion sur la résurrection universelle. On voit qu'à l'époque des guerres maccabéennes, vers le milieu du IIe siècle avant Jésus-Christ, elles étaient déjà assez répandues. Le fait est que le shéol, par sa nature même, apparaissait aux yahvistes croyants comme un lieu assez sombre, que les justes ne méritaient manifestement pas.
C'est pourquoi, dès la période hellénistique, des représentations ont commencé à prendre forme dans le yahvisme au sujet d'un au-delà plus approprié aux justes. Pourtant, elles différaient radicalement de celles des peuples voisins, par exemple de celles des Égyptiens. En Égypte, comme dans tout le monde païen, l'au-delà était généralement un état définitif pour l'homme, puisque la doctrine de la réincarnation ne s'était pas largement répandue dans la région du Proche-Orient. Du point de vue yahviste, au contraire, il s'agissait d'un état intermédiaire, précédant le jour du Jugement dernier et la résurrection universelle, où chaque juste recevrait sa récompense. La seule question était de savoir où le juste devrait passer le temps séparant le jour de sa mort du jour du Jugement.
À l'époque hellénistique, la réponse à cette question prit la forme d'une réflexion sur la vie après la mort du juste, qui soit s'endort dans un sommeil profond et paisible afin de se réveiller au jour de la résurrection universelle et de recevoir la récompense méritée, soit est plongé dans un état de contemplation calme et profonde de la gloire de Dieu, dont il sortira en ce même jour du Jugement. Il n'y avait pas d'opinion unique, mais on supposait qu'en tout cas le juste échappait au shéol.
C'est précisément afin de l'éviter avec certitude que l'on offrait parfois des sacrifices de purification pour les morts récents, en général lorsqu'ils avaient eu l'intention de les offrir eux-mêmes mais n'avaient pas pu le faire à cause d'une mort inattendue. Il n'y avait là rien d'étonnant : les justes, pensait-on, ne vont pas au shéol mais directement devant le trône de Dieu, là même où, selon les idées généralement admises à cette époque, montait l'encens des sacrifices. Dans ce cas, le sacrifice n'était pas vain : il était porté au compte du juste qui ressusciterait au jour du Jugement.
45 q) Le texte actuel, tel qu’il nous est transmis par le grec et la plupart des versions, représente une harmonisation du texte primitif avec les deux gloses qui l’ont surchargé (l’une sadducéenne, cf. Mt 22.23, l’autre pharisienne). Ce texte nous est conservé dans le principal ms de la Vet. Lat. « parce qu’il espérait que ceux qui étaient tombés ressusciteraient (il est superflu et vain de prier pour les morts), considérant que pour ceux qui se sont endormis avec piété est réservée une très belle récompense (sainte et salutaire pensée). »
Le Deuxième livre des Maccabées n’est pas la continuation du premier. Il lui est parallèle en partie, prenant les événements un peu plus tôt, à la fin du règne de Séleucus IV, prédécesseur d’Antiochus Épiphane, mais ne les suivant que jusqu’à la défaite de Nikanor, avant la mort de Judas Maccabée. Cela ne représente qu’une quinzaine d’années et le contenu des seuls chap. 1-7 du Premier livre.
Le genre est très différent. Le livre, écrit originalement en grec, se donne comme l’abrégé de l’œuvre d’un certain Jason de Cyrène, 2 M 2.19-32, en tête duquel sont mises deux lettres des Juifs de Jérusalem, 2 M 1.1 – 2.18. Le style, qui est celui des écrivains hellénistiques mais non des meilleurs, est parfois ampoulé. C’est celui d’un prédicateur plutôt que d’un historien, bien que la connaissance des institutions grecques et des personnages de l’époque dont fait preuve notre auteur soit très supérieure à celle dont témoigne l’auteur de 1 M.
De fait, son but est de plaire et d’édifier, 2 M 2.25 ; 15.39, en racontant la guerre de libération conduite par Judas Maccabée, soutenue par des apparitions célestes, gagnée grâce à l’intervention divine, 2 M 2.19-22. La persécution elle-même était un effet de la miséricorde de Dieu, corrigeant son peuple avant que la mesure du péché ne fût comble, 2 M 6.12-17. Il écrit pour les Juifs d’Alexandrie et son intention est de réveiller le sentiment de leur communauté avec leurs frères de Palestine. Il veut les intéresser spécialement au sort du Temple, centre de la vie religieuse selon la Loi, objet de haine pour les Gentils. Cette préoccupation se marque dans le plan de son livre : après l’épisode d’Héliodore, 2 M 3.1-40, qui souligne la sainteté inviolable du sanctuaire, la première partie, 2 M 4.1 – 10.8, s’achève par la mort du persécuteur qui a souillé le Temple, Antiochus Épiphane, et par l’institution de la fête de la Dédicace ; la seconde partie, 2 M 10.9 – 15.36, s’achève également par la mort d’un persécuteur, Nikanor, qui a menacé le Temple, et par l’institution d’une fête commémorative. Répondant au même objet, les deux lettres attachées au début du livre, 2 M 1.1 – 2.18, sont des invitations adressées par les Juifs de Jérusalem à leurs frères d’Égypte pour célébrer avec eux la fête de la purification du Temple, la Dédicace.
Puisque le dernier événement rapporté est la mort de Nikanor, l’ouvrage de Jason de Cyrène aurait été composé peu après 160 av. J.-C. Si c’est l’abréviateur lui-même – mais la chose est discutée – qui a mis en tête les deux lettres de 1-2 Pour accompagner l’envoi de son résumé, la date de celui-ci serait donnée par l’indication de 2 M 1.10a, qui correspond à l’an 124 av. J.-C. La valeur historique du livre ne doit pas être sous-estimée. Il est vrai que l’abréviateur (ou un rédacteur ?) a accueilli les récits apocryphes contenus dans la lettre de 2 M 1.10b – 2.18, et qu’il a reproduit les histoires pathétiques d’Héliodore, 3, du martyre d’Éléazar, 2 M 6.18-31, et de celui des sept frères, 7, qu’il trouvait dans Jason et qui illustraient bien ses thèses religieuses. Mais l’accord général avec 1 M assure l’historicité des événements qui sont rapportés par ces deux sources indépendantes. Sur un point important où 2 M est en conflit avec 1 M, il lui est préférable : 1 M 6.1-13 place la purification du Temple avant la mort d’Antiochus Épiphane, 2 M 9.1-29 la situe après ; une tablette chronologique babylonienne, récemment éditée, lui a donné raison : Antiochus est mort en octobre-novembre 164, avant la re-dédicace du Temple à la fin de décembre de la même année. Dans les sections qui sont propres à 2 M, il n’y a pas de raison de suspecter les informations données au chap. 4 sur les années qui précédèrent le pillage du Temple par Antiochus. Cependant, l’abréviateur, plutôt que Jason, est responsable d’une grave confusion : ayant une lettre d’Antiochus V, 2 M 11.22-26, il y a joint d’autres lettres et le récit d’événements qui datent de la fin du règne d’Antiochus IV et qui auraient dû trouver leur place entre les chap. 8 et 9.
Le livre est important par les affirmations qu’il contient sur la résurrection des morts, voir la note sur 2 M 7.9 ; 14.46 ; les sanctions d’outre-tombe, 2 M 6.26, la prière pour les défunts, 12.41-45, et la note, le mérite des martyrs, 2 M 6.18 – 7.41, l’intercession des saints, 2 M 15.12-16 et la note. Ces enseignements, portant sur des points que les autres écrits de l’Ancien Testament laissaient incertains, justifient l’autorité que l’Église catholique lui a reconnue.
Le système chronologique suivi par chacun des deux livres nous est mieux connu depuis la découverte d’une tablette cunéiforme qui est un fragment de chronologie des rois séleucides. Celle-ci a permis de fixer la date de la mort d’Antiochus Épiphane. On constate que 1 M suit le comput macédonien, qui part d’octobre 312 av. J.-C., tandis que 2 M suit le comput juif, analogue au comput babylonien, qui part de nisân (3 avril) 311. Mais cela avec une double exception : en 1 M, les événements propres au Temple et à l’histoire juive sont datés selon ce calendrier judéo-babylonien (1 M 1.54 ; 2.70 ; 4.52 ; 9.3, 54 ; 10.21 ; 13.41, 51 ; 14.27 ; 16.14), tandis que les lettres citées par 2 M 11 le sont d’après le comput macédonien, ce qui est parfaitement normal.
Le texte nous a été transmis par trois onciaux, le Sinaïticus, l’Alexandrinus et le Venetus, et par une trentaine de minuscules, mais dans le Sinaïticus (notre meilleur témoin), la partie correspondant à 2 M est malheureusement perdue. Les minuscules qui attestent la recension du prêtre Lucien (300 ap. J.-C.) conservent parfois un texte plus ancien que celui des autres manuscrits grecs, texte qu’on retrouve dans les Antiquités Judaïques de l’historien Flavius Josèphe qui suit généralement 1 M et ignore 2 M. La Vetus Latina, elle aussi, traduit un texte grec perdu et souvent meilleur que celui des manuscrits que nous connaissons. Dans la Vulgate, le texte des livres des Maccabées n’est pas l’œuvre de saint Jérôme, pour qui les Maccabées n’étaient pas canoniques, et ne représente qu’une recension secondaire.