45 et s'il envisageait qu'une très belle récompense est réservée à ceux qui s'endorment dans la piété, c'était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu'ils fussent délivrés de leur péché.
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Les livres bibliques nous disent peu de chose, ou presque rien, sur l'état après la mort, qu'il soit bon ou mauvais. La tradition païenne est beaucoup plus informative à cet égard : dans les religions égyptienne et grecque, il existe non seulement un enseignement développé sur l'au-delà, mais aussi une réflexion pleinement élaborée sur la rétribution posthume. La Bible, elle, se concentre non sur l'existence posthume, mais sur cette résurrection universelle qui attend tous les hommes au jour du Jugement et de la venue du Messie.
Le peu que la Bible dit de l'au-delà comme tel ne relève pas proprement de la tradition yahviste. On peut plutôt parler ici d'une tradition préyahviste, prébiblique, dont certains éléments sont entrés dans le yahvisme et se sont reflétés dans la Bible. Telles sont les représentations bibliques du shéol, du monde des ombres, où tous sans exception vont après la mort et où il n'y a pas de différence entre ceux qui furent justes dans le monde des vivants et ceux qui péchèrent durant leur vie terrestre. De telles conceptions étaient propres à presque tous les peuples de la terre depuis les temps préhistoriques, et il n'y a là rien de proprement yahviste.
C'est sur la base de telles représentations que se sont ensuite développées, dans certaines religions païennes, notamment égyptienne et grecque, des théories de la rétribution posthume. Et pourtant, dans le yahvisme, certaines pensées sont apparues sur ce qui se passe après la mort, différentes de celles qui sont liées à l'image du shéol, bien que cela se soit produit assez tard, plus tard que chez les peuples voisins. Mais même ces pensées étaient inséparables de la réflexion sur la résurrection universelle. On voit qu'à l'époque des guerres maccabéennes, vers le milieu du IIe siècle avant Jésus-Christ, elles étaient déjà assez répandues. Le fait est que le shéol, par sa nature même, apparaissait aux yahvistes croyants comme un lieu assez sombre, que les justes ne méritaient manifestement pas.
C'est pourquoi, dès la période hellénistique, des représentations ont commencé à prendre forme dans le yahvisme au sujet d'un au-delà plus approprié aux justes. Pourtant, elles différaient radicalement de celles des peuples voisins, par exemple de celles des Égyptiens. En Égypte, comme dans tout le monde païen, l'au-delà était généralement un état définitif pour l'homme, puisque la doctrine de la réincarnation ne s'était pas largement répandue dans la région du Proche-Orient. Du point de vue yahviste, au contraire, il s'agissait d'un état intermédiaire, précédant le jour du Jugement dernier et la résurrection universelle, où chaque juste recevrait sa récompense. La seule question était de savoir où le juste devrait passer le temps séparant le jour de sa mort du jour du Jugement.
À l'époque hellénistique, la réponse à cette question prit la forme d'une réflexion sur la vie après la mort du juste, qui soit s'endort dans un sommeil profond et paisible afin de se réveiller au jour de la résurrection universelle et de recevoir la récompense méritée, soit est plongé dans un état de contemplation calme et profonde de la gloire de Dieu, dont il sortira en ce même jour du Jugement. Il n'y avait pas d'opinion unique, mais on supposait qu'en tout cas le juste échappait au shéol.
C'est précisément afin de l'éviter avec certitude que l'on offrait parfois des sacrifices de purification pour les morts récents, en général lorsqu'ils avaient eu l'intention de les offrir eux-mêmes mais n'avaient pas pu le faire à cause d'une mort inattendue. Il n'y avait là rien d'étonnant : les justes, pensait-on, ne vont pas au shéol mais directement devant le trône de Dieu, là même où, selon les idées généralement admises à cette époque, montait l'encens des sacrifices. Dans ce cas, le sacrifice n'était pas vain : il était porté au compte du juste qui ressusciterait au jour du Jugement.
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