La mort se présentait dans toutes les époques à l’homme comme l’ennemi le plus terrible. Et le plus terrible était bien sûr son invincibilité et inexorabilité. Chacun savait que tout se terminera dans tous les cas par la venue au monde des morts, dans ce monde des ténèbres, où il n'y a pas de vraie vie, mais y a seulement une existence...
La mort se présentait dans toutes les époques à l’homme comme l’ennemi le plus terrible. Et le plus terrible était bien sûr son invincibilité et inexorabilité. Chacun savait que tout se terminera dans tous les cas par la venue au monde des morts, dans ce monde des ténèbres, où il n'y a pas de vraie vie, mais y a seulement une existence, qui, peut-être est pire que la non-existence elle-même. On peut en passant remarquer qu'aucun peuple de l'antiquité ne regarde pas la mort, comme une sortie au néant : cette idée apparaît plus tard, il faut la considérer comme le fruit des réflexions philosophiques, et non de l'expérience spirituelle ou mystique. Et dans l'expérience ce n’était justement pas disparition de la personnalité humaine, mais l'épuisement de la force vive de l’homme et la désagrégation graduelle de sa personnalité: dans le royaume des morts, dans le monde des ténèbres, on perd graduellement la mémoire, on perd la capacité de penser, s'éteint presque la conscience, et l’homme s'adresse à son propre ombre demeurant dans un état soit de sommeil profond avec des rêves horribles, qui est impossible d'enlever, soit un délire, dont il est impossible de sortir.
Ainsi voyaient le monde des ténèbres pratiquement tous les peuples de la terre. Pour la plénitude du tableau on peut encore ajouter que le seigneur du monde des ténèbres était d'habitude un esprit impitoyable et sans relâche, dont le loisir préféré était de tourmenter ceux qui se trouvaient en sa possession. Bien sûr, au fil du temps chez certains peuples (par exemple, chez les Egyptiens et Grecs) est apparue la représentation de l’après mort moins sombre et de la récompense posthume, mais, premièrement, c'était tout de même quelque chose du point de vue culturel locale, et, deuxièmement, même une telle après mort ne supposait pas la plénitude de la vie : car l'âme n’est pas tout l’homme, les Egyptiens et les Grecs liaient l’âme à la conscience personnelle, mais du corporel conformément à l'existence posthume, il n’était d’habitude pas question : puisque et chez les Egyptiens, et particulièrement chez les Grecs le corps était vu plutôt comme une prison pour l'âme, que comme sa maison, bien que temporaire. Mais voici le yahvisme a orienté dès le début ses adeptes non pas sur l’après mort, bien que et joyeux, mais sur l'élimination complète de la mort.
Il est difficile de dire exactement lorsque est apparu dans le yahvisme la représentation de la résurrection, mais déjà Isaïe de Jérusalem parle (bien que pas directement, mais plutôt par des allusions) du fait que dans le Royaume messianique il n’y aura pas seulement les maladies, mais aussi la mort. Et dans la période d’après captivité, se forme déjà dans le judaïsme la représentation sur la résurrection générale le dernier jour, le jour du Jugement, quand chacun reviendra de nouveau dans le monde des vivants pour comparaître au jugement de Dieu. Dans les Églises des premiers Chrétiens on regardait un peu autrement la situation: car pour le chrétien l'arrivée de Christ est ce Jugement, que parle le judaïsme. Et le Sauveur Lui-même Se pointe directement comme Celui, à qui Dieu donne tout le jugement, en ajoutant : celui qui croit en moi ne vient pas au jugement, et celui qui ne croit pas est déjà condamné. En fait : il s’agit de la fidélité de Christ et de ce Royaume, qu'Il a apporté au monde. Royaume, dans lequel il n'y a pas de place pour la mort : car la mort est la conséquence du péché et de ce mal, dans lequel, selon la parole de l'Évangile, se trouve le monde.
Mais dans notre époque, dans l'époque du Royaume à venir, quand le monde se transforme, mais n'est pas encore transformé jusqu'à la fin, et dans le monde, et dans notre vie il y a encore de place pour la mort. Elle disparaîtra seulement lorsque le Royaume, en transformant le monde, se révélera en lui jusqu'à la fin. Alors dans ce nouveau monde il n’y aura vraiment déjà plus de place pour la mort. Comme on voit, c'est pourquoi l'apôtre l'appelle «dernier ennemi», le dernier dans ce sens qu'elle est cet ennemi, qui résistera plus que les autres, jusqu'à la fin, jusqu'au jour du dernier Jugement et du triomphe définitif du Royaume, lorsqu’elle subira sa dernière et complète défaite.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.