Et dans les livres prophétiques, et dans les psaumes on rencontre parfois l'affirmation qu’il ne reste plus de justes sur terre, qu'il n’y a autour que les scélérats et les méchants, et le monde roule au précipice. Comment réagir à de telles énonciations ? Bien sûr, on pourrait dire qu'il...
Et dans les livres prophétiques, et dans les psaumes on rencontre parfois l'affirmation qu’il ne reste plus de justes sur terre, qu'il n’y a autour que les scélérats et les méchants, et le monde roule au précipice. Comment réagir à de telles énonciations ? Bien sûr, on pourrait dire qu'il s'agit d’une situation concrète locale, de l'entourage direct de celui, à qui appartient l'énonciation. Et même s'il s'agit du sermon prophétique, il faut prendre en considération ce fait qu'un tel sermon était toujours singulièrement concret. Mais est-ce que ceci change foncièrement la situation ? Probablement, tout de même non, et les raisons de ceci sont au minimum deux. Premièrement, il ne s’agit tout de même pas d’un individu, mais du peuple de Dieu en général. Et est important ici la présence non pas d’une personne, mais de la communauté, qui pourrait spirituellement influencer la situation.
Est connue l'histoire de la visite angélique chez Abraham, pendant laquelle Abraham plaide pour Sodome, qui est menacé de destruction. Et si on y trouve tout de même cinquante justes ? Et trente ? Et dix ? La conversation s'interrompt sur dix, et ce n'est pas par hasard : car selon les normes religieuses judaïques, dix personnes c’est le minimal nécessaire à la création d’une communauté entière. Mais, selon les mots du prophète, il ne peut s’agir d’aucune communauté dans cette situation concrète, dont il parle. Et si tel est le cas, alors la société roulera au précipice spirituel, et puis historique, bien que cela puisse ne pas se manifester immédiatement.
Mais il y a encore une seconde, qui concerne non pas autant la situation spirituelle de la communauté, que ce qu'on pourrait appeler la dimension spirituelle de l'histoire. Est particulièrement remarquable cette composante à l’exemple de l'alliance avec Noé, tel que décrit dans le livre de Genèse, après le déluge, le juste apporte à Dieu un sacrifice, et Dieu conclut une alliance avec lui. Et Il dit, tirant des narines la fumée du sacrifice (l'image de Dieu est clairement ici avec intention archaïque) : Je ne supprimerai plus le monde à cause de l’homme, car toutes les intentions du coeur humain — est le mal dès sa jeunesse.
C’est-à-dire l’homme est incorrigible, et toute la justice des justes (à l'image collective qui devient Noé) suffit seulement pour que le monde ne s'écroule pas au précipice. Et s’il n’y a pas de justes ? Et s'ils sont tellement peu ? Certes, l'histoire du peuple de Dieu est une histoire à part, spéciale, dans lequel Dieu intervient d’une manière tout à fait particulière. Mais en effet, les lois spirituelles sont communes pour tous, et si dans l'histoire de n'importe quel peuple, même du peuple de Dieu, il arrive un moment, lorsque la justice de ses justes devient imperceptible, tout est possible, jusqu'à un catastrophe historique. En effet, dans le monde déchu la rupture est toujours possible, ainsi qu’on y trouve toujours, où tomber.
Le prophète Michée (qu’il ne faut pas confondre avec Michée Ben Yimla qui vécut sous le règne d’Achab, 1 R 22) était un Judéen, originaire de Moréshèt, à l’ouest d’Hébron. Il a exercé son action sous les rois Achaz et Ézéchias, c’est-à-dire avant et après la prise de Samarie en 721 et peut-être jusqu’à l’invasion de Sennachérib en 701. Il fut donc en partie le contemporain d’Osée et, plus longuement, d’Isaïe. Par son origine campagnarde, il s’apparente à Amos, dont il partage l’aversion pour les grandes cités, le langage concret et parfois brutal, le goût des images rapides et des jeux de mots.
Le livre se divise en quatre parties qui font alterner la menace et la promesse : 1.2 – 3.12, procès d’Israël ; 4.1 – 5.14, promesses à Sion ; 6.1 – 7.7, nouveau procès d’Israël ; 7.8-20, espérances. Les promesses à Sion contrastent trop violemment avec les menaces qui les encadrent et cette composition balancée est un arrangement des éditeurs du livre. Il est difficile de déterminer l’étendue des remaniements qu’il a subis dans le milieu spirituel où se gardait le souvenir du prophète. On s’accorde à reconnaître que 7.8-20 se situe nettement à l’époque du retour de l’Exil. C’est dans ce temps aussi que se placeraient le mieux l’oracle de 2.12-13, perdu parmi des menaces, et les annonces de 4.6-7 ; 5.6-7. D’autre part, 4.1-5 se retrouve à peu près textuellement dans Isa 2.2-5, et ne semble être primitif dans aucun des deux contextes. Mais il ne faut pas s’autoriser de ces additions pour retrancher du message authentique de Michée toutes les promesses d’avenir. La collection d’oracles des chap. 4-5 a été constituée pendant ou après l’Exil, mais elle contient des pièces authentiques et, en particulier, il n’y a pas de raison décisive pour refuser à Michée l’annonce messianique de 5.1-5, qui concorde avec ce qu’Isaïe faisait espérer à la même époque, Isa 9.1s ; 11.1s.
Nous ne savons rien de la vie de Michée ni comment il fut appelé par Dieu. Mais il avait une conscience aiguë de sa vocation prophétique et c’est pour cela que, se distinguant des faux inspirés, il annonce avec assurance le malheur 2.6-11 ; 3.5-8. Il porte la parole de Dieu et celle-ci est d’abord une condamnation. Yahvé fait le procès de son peuple, 1.2 ; 6.1s, et le trouve coupable : fautes religieuses sans doute, mais surtout fautes morales, et Michée fustige les riches accapareurs, les créanciers impitoyables, les commerçants fraudeurs, les familles divisées, les prêtres et les prophètes cupides, les chefs tyranniques, les juges vénaux. C’est le contraire de ce que Yahvé réclamait : « accomplir la justice, aimer la bonté, et s’appliquer à marcher avec Dieu », 6.8, formule admirable, qui résume les revendications spirituelles des prophètes et rappelle surtout Osée. Le châtiment est décidé : dans un bouleversement du monde, 1.3-4, Yahvé viendra juger et punir son peuple, la ruine de Samarie est annoncée, 1.6-7, celle des villes du Bas-Pays où vit Michée, 1.8-15, celle même de Jérusalem, qui deviendra un monceau de décombres, 3.12.
Cependant le prophète garde une espérance, 7.7. Il reprend la doctrine du Reste, ébauchée par Amos, et il annonce la naissance en Éphrata du Roi pacifique qui fera paître le troupeau de Yahvé, 5.1-5.
L’influence de Michée fut durable : les contemporains de Jérémie connaissaient et citaient de lui un oracle contre Jérusalem, Jr 26.18. Le Nouveau Testament a surtout retenu le texte sur l’origine du Messie en Éphrata-Bethléem, Mt 2.6 ; Jn 7.42.