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La Bible pour les débutants pour le 21 juin 2019

La Bible de Jérusalem (fr)

Isaïe, Chapitre 10

I. Première partie du livre d’Isaïe> 7 Les épreuves du royaume du Nord., 5 Contre le roi d’Assyrie., 20 Le petit reste., 24 Confiance en Dieu., 28 L’invasion.
Malheur à ceux qui décrètent des décrets d’iniquité,
qui écrivent des rescrits d’oppression
pour priver les faibles de justice
et frustrer de leur droit les humbles de mon peuple,
pour faire des veuves leur butin
et dépouiller les orphelins.
Que ferez-vous au jour du châtiment,
quand le malheur viendra de loin ?
Vers qui fuirez-vous pour demander secours
et où laisserez-vous vos richesses,
pour ne pas ramper parmi les prisonniers,
tomber parmi les tués ?
Avec tout cela sa colère ne s’est pas détournée,
sa main reste levée.
Malheur à Assur, férule de ma colère ;
c’est un bâton dans leurs mains que
ma fureur.
Contre une nation impie je l’envoyais,
contre le peuple objet de mon emportement je le mandais,
pour se livrer au pillage et rafler le butin,
pour les piétiner comme la boue des rues.
Mais lui ne jugeait pas ainsi, et son cœur n’avait pas cette pensée,
car il rêvait d’exterminer, d’extirper des nations sans nombre.
Car il disait :
« N’est-ce pas que tous mes chefs sont des rois ?
N’est-ce pas que Kalno vaut bien Karkémish,
que Hamat vaut bien Arpad, et Samarie Damas ?
10 Comme ma main a atteint les royaumes des faux dieux,
où il y a plus d’idoles qu’à Jérusalem et à Samarie,
11 comme j’ai agi envers Samarie et ses faux dieux,
ne puis-je pas agir aussi envers Jérusalem et ses statues ? »
12 Mais lorsque le Seigneur achèvera toute son œuvre sur la montagne de Sion et à Jérusalem, il châtiera le fruit du cœur orgueilleux du roi d’Assur et la morgue de ses regards arrogants.
13 Car il a dit :
« C’est par ma main puissante que j’ai fait cela,
par ma sagesse, car j’ai agi avec intelligence.
Je supprimais les frontières des peuples ;
j’ai saccagé leurs trésors ;
comme un puissant je soumettais les habitants.
14 Ma main a cueilli, comme au nid, les richesses des peuples,
et comme on ramasse des œufs abandonnés, j’ai ramassé toute la terre ;
pas un n’a battu des ailes, ni ouvert le bec pour pépier. »
15 Fanfaronne-t-elle, la hache, contre celui qui la brandit ?
Se glorifie-t-elle, la scie, aux dépens de celui qui la manie ?
Comme si le bâton faisait mouvoir ceux qui le lèvent,
comme si le gourdin levait ce qui n’est pas de bois !
16 C’est pourquoi le Seigneur Yahvé Sabaot enverra contre ses hommes gras la maigreur,
et sous sa gloire un brasier s’embrasera, comme s’embrase le feu.
17 La lumière d’Israël deviendra un feu et son Saint une flamme,
elle brûlera et consumera ses épines et ses ronces en un jour.
18 La luxuriance de sa forêt et de son verger, il l’anéantira corps et âme,
et ce sera comme un malade qui s’éteint.
19 Le reste des arbres de sa forêt sera un petit nombre, un enfant l’écrirait.
20 Ce jour-là, le reste d’Israël et les survivants de la maison de Jacob
cesseront de s’appuyer sur qui les frappe ;
ils s’appuieront en vérité sur Yahvé, le Saint d’Israël.
21 Un reste reviendra, le reste de Jacob, vers le Dieu fort.
22 Mais ton peuple serait-il comme le sable de la mer, ô Israël,
ce n’est qu’un reste qui en reviendra :
destruction décidée, débordement de justice !
23 Car c’est une destruction bien décidée
que le Seigneur Yahvé Sabaot exécute au milieu de tout le pays.
24 C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur Yahvé Sabaot :
Ô mon peuple qui habites en Sion, n’aie pas peur d’Assur !
Il te frappe du bâton, il lève le gourdin contre toi (sur le chemin d’Égypte) ;
25 mais encore quelques instants et la fureur prendra fin,
et ma colère causera leur perte.
26 Yahvé Sabaot va brandir contre lui un fouet,
comme il frappa Madiân au Rocher d’Oreb ;
il va brandir son bâton contre la mer,
comme il l’a levé sur le chemin d’Égypte.
27 Ce jour-là,
son fardeau glissera de ton épaule et son joug de ta nuque,
et le joug sera détruit (...)
28 Il est arrivé sur Ayyat, il a passé à Migrôn,
à Mikmas il a laissé ses bagages.
29 Ils ont passé par le défilé, Géba est pour nous une étape,
Rama a frémi, Gibéa de Saül a fui.
30 Fais retentir ta voix, Bat-Gallim, sois attentive, Laïsha !
Réponds-lui, Anatot !
31 Madména s’est enfuie ;
les habitants de Gébîm se sont mis à l’abri.
32 Aujourd’hui même, à Nob, lors d’une halte,
il agitera la main vers la montagne de la fille de Sion,
la colline de Jérusalem.
33 Voici que le Seigneur Yahvé Sabaot émonde la frondaison avec violence,
les plus hautes cimes sont coupées, les plus fières sont abaissées.
34 Ils seront coupés par le fer, les halliers de la forêt,
et sous les coups d’un Puissant, le Liban tombera.
Lire la suite:Isaïe, Chapitre 11
Notes:
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Notes sur la partie

5 n) Il s’agit vraisemblablement de Sennachérib et de l’invasion de 701. Comparer les vv. 8-11 avec 36.18-20. Sans le savoir, le roi d’Assyrie est un instrument qui exécute les jugements de Dieu contre le peuple rebelle, cf. 13.5 ; 5.26 ; 7.18 ; 8.7. De même, pour Jérémie, Nabuchodonosor sera un fléau entre les mains de Yahvé, Jr 51.20 ; 50.23 ; il sera même son serviteur, Jr 25.9 ; 27.6 ; 43.10. Mais cette mission dont l’envahisseur n’est pas conscient ne supprime pas sa responsabilité. Son orgueil et sa cruauté seront châtiés au jour choisi par Dieu, v. 12.


9 o) Isaïe cite les villes puissantes qui ont été ravagées par les Assyriens lors des campagnes précédentes Kalno, en Syrie du nord, prise en 738 par Téglat-Phalasar ; Karkémish, sur l’Euphrate, prise par Sargon en 717 ; Hamat, sur l’Oronte, prise par Sargon en 720 ; Arpad, près d’Alep, déjà assiégée et prise par Téglat-Phalasar avant la guerre syro-éphraïmite ; Samarie, tombée en 721 et Damas, en 732.


10 p) Isaïe fait parler ce roi assyrien comme un bon yahviste pour lequel les dieux étrangers étaient des « rien-du-tout », elilim, désignation fréquente des idoles chez Isaïe.


12 q) « il châtiera » grec ; « je châtierai » hébr. — Tout ce v. en prose doit être une addition.


19 r) Certains pensent que les vv. 16-19 ne visent plus le roi d’Assur mais Juda.


20 s) Ce bref oracle paraît être un commentaire du nom donné par Isaïe à son fils aîné Shéar-Yashub, « un reste reviendra », cf. 7.3. La théologie du « reste », chère à Isaïe, cf. 4.3, est ici résumée avec ses deux aspects annonce d’un châtiment exemplaire qui ne laissera subsister qu’un petit reste, vv. 22-23, et promesse, pour ce reste, d’une conversion (yashûb, « il reviendra ») accompagnée d’un pardon et de nouvelles bénédictions, vv. 20-21.


24 t) Cet oracle semble avoir été prononcé au temps qui précéda l’attaque de Sennachérib en 701.


24 u) Glose tirée du v. 26.


26 v) Tout le v. est une addition qui interrompt le développement, et cf. 4.5.


27 w) Les derniers mots du v. sont incompréhensibles (litt. « devant la graisse »). On a proposé de rattacher « sera détruit » à la phrase précédente et de lire ensuite en corrigeant « il est monté en face de Samarie », qui serait le début du développement suivant.


28 x) Les vv. 28-32 décrivent la marche de l’envahisseur. S’il s’agit de l’attaque de Sennachérib, cf. 10.5, cette route n’est pas celle que son armée a suivie, cf. 2 R 18.17, mais la description idéale d’une invasion venant du Nord, cf. 14.31. Les villes ne sont pas toutes localisées ; la dernière, Nob, est sur le mont Scopus d’où l’on domine Jérusalem.


30 y) « réponds-lui » `anîha syr. ; « malheureuse » `anîyyah hébr.


Le prophète Isaïe est né aux environs de 765 av. J.-C. L’année de la mort du roi Ozias, en 740, il reçut dans le Temple de Jérusalem sa vocation prophétique, la mission d’annoncer la ruine d’Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple, 6.1-13. Il exerça son ministère pendant quarante ans, qui furent dominés par la menace grandissante que l’Assyrie fit peser sur Israël et sur Juda. On distingue quatre périodes entre lesquelles on peut, avec plus ou moins d’assurance, répartir les oracles du prophète.

Cette participation active aux affaires de son pays fait d’Isaïe un héros national. Il est aussi un poète de génie. L’éclat de son style, la nouveauté de ses images font de lui le grand « classique » de la Bible. Ses compositions ont une force concise, une majesté, une harmonie qui ne seront plus jamais atteintes. Mais sa grandeur est d’abord religieuse. Isaïe a été marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l’indignité de l’homme. Son idée de Dieu a quelque chose de triomphal et d’effrayant aussi : Dieu est le Saint, le Fort, le Puissant, le Roi. L’homme est un être souillé par le péché, dont Dieu demande réparation. Car Dieu exige la justice dans les relations sociales et aussi la sincérité dans le culte qu’on lui rend. Il veut qu’on soit fidèle. Isaïe est le prophète de la foi et, dans les crises graves que traverse sa nation, il demande qu’on se confie en Dieu seul : c’est l’unique chance de salut. Il sait que l’épreuve sera sévère, mais il espère qu’un « reste » sera épargné, dont le Messie sera le roi. Isaïe est le plus grand des prophètes messianiques. Le Messie qu’il annonce est un descendant de David, qui fera régner sur terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu, 2.1-5 ; 7.10-17 ; 9.1-6 ; 11.1-9 ; 28.16-17.

Un tel génie religieux a profondément marqué son époque et a fait école. On conserva ses paroles et on y ajouta. Le livre qui porte son nom est le résultat d’un long travail de composition dont il est impossible de restituer toutes les étapes. Le plan définitif rappelle celui de Jérémie (d’après le grec) et d’Ézéchiel : 1-12, oracles contre Jérusalem et Juda ; 13-23, oracles contre les nations ; 24-35, promesses. Mais ce plan n’est pas rigide ; d’autre part, l’analyse a montré que le livre ne suivait qu’imparfaitement l’ordre chronologique de la carrière d’Isaïe. Il a été formé à partir de plusieurs collections d’oracles. Certains groupements remontent au prophète lui-même, cf. 8.16 ; 30.8. Ses disciples, immédiats ou lointains, ont réuni d’autres ensembles, glosant parfois les paroles du maître ou y ajoutant. Les oracles contre les nations, groupés dans 13-23, ont accueilli des pièces postérieures, en particulier 13-14 contre Babylone (exilique). Des additions plus étendues sont : « l’Apocalypse d’Isaïe », 24-27, que son genre littéraire et sa doctrine ne permettent pas de mettre plus haut que le Ve siècle av. J.-C. ; une liturgie prophétique d’après l’Exil, 33 ; une « petite Apocalypse », 34-35, qui dépend du Second Isaïe. Enfin, on a mis en appendice le récit de l’action d’Isaïe lors de la campagne de Sennachérib, 36-39, emprunté à 2 R 18-19 avec l’insertion d’un psaume post-exilique mis dans la bouche d’Ézéchias, 38 9-20.

Le livre a reçu des additions encore plus considérables. Les chap. 40-55 ne peuvent pas être l’œuvre du prophète du VIIIe siècle. Non seulement son nom n’y est jamais mentionné, mais le cadre historique est postérieur d’environ deux siècles : Jérusalem est prise, le peuple est captif en Babylonie, Cyrus est déjà en scène et il sera l’instrument de la délivrance. Certes, la toute-puissance divine pourrait transporter un prophète dans un avenir éloigné, le couper du présent et changer ses images et ses pensées. Mais cela suppose un dédoublement de sa personnalité et un oubli de ses contemporains – vers lesquels il a été envoyé – qui sont sans exemple dans la Bible et contraires à la notion même de la prophétie, qui ne fait intervenir l’avenir que comme un enseignement pour le présent. Ces chapitres contiennent la prédication d’un anonyme, un continuateur d’Isaïe et un grand prophète comme lui, que, faute de mieux, nous appelons le Deutéro-Isaïe ou le Second Isaïe. Il a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’édit libérateur de 538, qui permit les premiers retours. Le recueil, sans être réellement composé, offre plus d’unité que les chap. 1-39. Il s’ouvre par l’équivalent d’un récit de vocation prophétique, 40.1-11, et il s’achève par une conclusion, 55.6-13. D’après ses premiers mots : « Consolez, consolez mon peuple », 40.1, on l’appelle le « livre de la Consolation d’Israël ».

C’est en effet son thème principal. Les oracles des chap. 1-39 étaient généralement menaçants et pleins d’allusions aux événements des règnes d’Achaz et d’Ézéchias ; ceux des chap. 40-55 sont détachés de ce contexte historique et ils sont consolants. Le jugement a été accompli par la ruine de Jérusalem, le temps de la restauration est proche. Ce sera un complet renouveau et cet aspect est souligné par l’importance donnée au thème de Dieu créateur joint à celui de Dieu sauveur. Un nouvel Exode, plus merveilleux que le premier, ramènera le peuple à une nouvelle Jérusalem, plus belle que la première. Cette distinction entre deux temps, celui des « choses passées » et celui des « choses à venir », marque le début de l’eschatologie. Par rapport au premier Isaïe, la pensée est plus théologiquement construite. Le monothéisme est affirmé doctrinalement et la vanité des faux dieux est démontrée par leur impuissance. La sagesse et la providence insondables de Dieu sont mises en relief. L’universalisme religieux s’exprime clairement pour la première fois. Ces vérités sont dites sur un ton enflammé et avec un rythme bref, qui manifestent l’urgence du salut.

Dans le livre sont enclavées quatre pièces lyriques, les « chants du Serviteur », 42.1-4 (5-9) ; 49.1-6 ; 50.4-9 (10-11) ; 52.13–53.12. Ils présentent un parfait serviteur de Yahvé, rassembleur de son peuple et lumière des nations, qui prêche la vraie foi, qui expie par sa mort les péchés du peuple et est glorifié par Dieu. Ces passages sont parmi les plus étudiés de l’Ancien Testament et l’on ne s’accorde ni sur leur origine ni sur leur signification. L’attribution des trois premiers chants au Second Isaïe reste très vraisemblable ; il est possible que le quatrième soit l’œuvre d’un de ses disciples. L’identification du Serviteur est très discutée. On y a souvent vu une figure de la communauté d’Israël, à laquelle d’autres passages du Second Isaïe donnent effectivement le titre de « serviteur ». Mais les traits individuels sont trop marqués et c’est pourquoi d’autres exégètes, qui forment actuellement la majorité, reconnaissent dans le Serviteur un personnage historique du passé ou du présent ; dans cette perspective, l’opinion la plus attrayante est celle qui identifie le Serviteur avec le Second Isaïe lui-même ; le quatrième chant aurait été ajouté après sa mort. On a combiné aussi les deux interprétations en considérant le Serviteur comme un individu incorporant les destinées de son peuple.

De toute manière, une interprétation qui se limiterait au passé ou au présent ne rend pas suffisamment compte des textes. Le Serviteur est le médiateur du salut à venir et cela justifie l’interprétation messianique qu’une partie de la tradition juive elle-même a donnée de ces passages, moins l’aspect de la souffrance. Ce sont au contraire les textes sur le Serviteur souffrant et son expiation vicaire que Jésus a retenus en les appliquant à lui-même et à sa mission, Lc 22.19-20, 37 ; Mc 10.45, et la première prédication chrétienne a reconnu en lui le Serviteur parfait annoncé par le Second Isaïe, Mt 12.17-21 ; Jn 1.29.

La dernière partie du livre, chap. 56-66, a été considérée comme l’œuvre d’un autre prophète qu’on a appelé le « Trito-Isaïe », le Troisième Isaïe. On reconnaît généralement aujourd’hui que c’est un recueil composite. Le Psaume de 63.7–64.11 paraît antérieur à la fin de l’Exil ; l’oracle de 66.1-4 est contemporain de la reconstruction du Temple vers 520 av. J.-C. La pensée et le style des chap. 60-62 les apparentent de très près au Second Isaïe. Les chap. 56-59, dans leur ensemble, peuvent dater du Ve siècle av. J.-C. Les chap. 65-66 (sauf 66.1-4), qui ont une forte saveur apocalyptique, ont été datés de l’époque grecque par certains exégètes, mais d’autres les placent au lendemain du retour de l’Exil. Prise en général, cette troisième partie du livre apparaît comme l’œuvre des continuateurs du Second Isaïe ; c’est le dernier produit de la tradition isaïenne qui a prolongé l’action du grand prophète du VIIIe siècle.

On a retrouvé dans une grotte du bord de la mer Morte un manuscrit complet d’Isaïe datant probablement du IIe siècle avant notre ère. Il s’écarte du texte massorétique par une orthographe particulière et par des variantes dont certaines sont utiles pour l’établissement du texte. Elles sont indiquées dans les notes par le sigle 1 QIsa.

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