Comme on voit, Paul n’avait pas une trop haute opinion de ses qualités humaines. Qu'est-ce que c'est: une fausse modestie? Une estimation inadéquate? Et peut-être au contraire, une sobre compréhension de soi-même et de toutes les situations se formant par rapport à la personnalité personnelle? En effet, Paul évidemment, se rappelle parfaitement de sa propre biographie spirituelle. Et il comprend, ce qu’il mérite...
Comme on voit, Paul n’avait pas une trop haute opinion de ses qualités humaines. Qu'est-ce que c'est: une fausse modestie? Une estimation inadéquate? Et peut-être au contraire, une sobre compréhension de soi-même et de toutes les situations se formant par rapport à la personnalité personnelle? En effet, Paul évidemment, se rappelle parfaitement de sa propre biographie spirituelle. Et il comprend, ce qu’il mérite, et ce qu’il ne mérite pas. Et lorsqu’il écrit que l’homme reçoit le Royaume, comme un don immérité, il s’y inclut lui-même en premier lieu. Mais il comprend aussi autre chose: Dieu est prêt à attendre et faire miséricorde, Il n’a pas envoyé Son Fils au monde pour cela, pour après tout gâter avec Son impatience. L'apôtre comprend parfaitement que tout le problème n’est pas en l’homme, et non pas dans le fait qu’il est bon ou mauvais (personne n'est bon pour le Royaume), mais dans cette chance, que Dieu est prêt à donner à tout un chacun. Et cette chance est absolue: dans la vie de l’homme, il ne peut pas avoir un péché, qui pourrait empêcher d’utiliser cette chance en cas de repentance. Paul lui-même pourrait dire et a vraiment dit bien des fois de lui-même, que le Christ lui a révélé le Royaume, même malgré le fait qu'autrefois il (étant encore Saul) était le persécuteur de Son Église.
Bien sûr on pourrait encore s'imaginer la situation plus sérieusement, car Paul, avec toutes ses erreurs quand il était persécuteur, était tout de même un homme très sincère. Mais l'apôtre lui-même, comme on voit, est absolument persuadé que, bien que personne ne soit digne pour le Royaume, Dieu veut tout de même sauver tout un chacun. Peut-être, parfois un tel témoignage devenait vraiment actuel: car parmi les chrétiens dans toutes les époques, on trouvait ceux que leur propre péché menait au désespoir. Il arrivait ainsi parfois parce que les gens, ne connaissant pas sérieusement autrefois la vie spirituelle, étaient saisis d'effroi, en découvrant en eux-mêmes cette mesure de péché, dont ils ne s'attendaient aucunement à découvrir.
Et parfois une mauvaise plaisanterie avec les chrétiens nouvellement convertis était jouée par leurs propres théories d’une nouvelle vie «sans péché» dans le Royaume, qui, comme il leur semblait, devait d’une certaine manière magique s'ouvrir à eux une fois après la conversion, comme si la conversion n’était pas le premier, mais le dernier pas sur leur chemin spirituelle. Voici pour de tels chrétiens qui sont tombés dans la tristesse, les mots de Paul devenaient un renfort et encouragement spirituel: il leur faisait savoir par son propre exemple que Dieu ne chassera personne, si seulement l’homme ne part pas de lui-même. Car Il, parlant avec les paroles du prophète, veut non pas la perdition du pécheur, mais que le pécheur renonce à son péché et qu’il vive.
Les lettres à Timothée et à Tite sont adressées à deux des plus fidèles disciples de Paul, Ac 16.14 ; 2 Co 2.13. Elles donnent des directives pour l’organisation et la conduite des communautés qui leur ont été confiées. C’est pourquoi l’on a coutume, depuis le XVIIIe siècle, de les appeler « pastorales ». Par rapport aux autres lettres de Paul, celles-ci présentent des divergences significatives. On note par exemple une différence considérable dans le vocabulaire. Nombre de mots fréquents dans les autres épîtres ont disparu ici et on trouve une forte proportion de mots qui n’apparaissent nulle part ailleurs. Le style n’est plus passionné et enthousiaste mais terne et bureaucratique. La façon d’aborder les problèmes a changé. Paul se contente de condamner les faux enseignements au lieu de s’y opposer en argumentant de manière persuasive. Enfin on a du mal à situer ces lettres dans le cours de la vie de Paul, tel que les Actes nous le font connaître. On comprendra donc que l’authenticité des Pastorales soit discutée. On explique souvent ces différences en invoquant l’âge avancé de Paul, qui aurait peut-être laissé plus de latitude à un secrétaire (peut-être Luc, 2 Tm 4.11) et en rappelant que nous ignorons tout de la vie de Paul après qu’il eut été relâché de prison à Rome. Mais des critiques en aussi grand nombre rejettent ces arguments qu’ils jugent trop subjectifs et maintiennent que les Pastorales ont été composées par un disciple de Paul, à la fin du Ier siècle pour résoudre les problèmes d’une Église très différente. Cette hypothèse n’est nullement impossible mais aucun témoignage n’indique que les lettres pseudépigraphes existaient et représentaient quelque chose d’acceptable. 2 Th 2.2 et Ap 22.18 montrent que les premiers chrétiens voyaient la nécessité de distinguer les écrits authentiques des faux. Une minorité de critiques défend une position intermédiaire entre ces deux extrêmes : selon elle un fidèle disciple de Paul aurait hérité de trois lettres que Timothée et Tite avaient conservées jusqu’à leur mort. Il compléta alors ces lettres en y ajoutant ce qu’il pensait que Paul aurait pu dire pour répondre aux problèmes nouveaux que rencontrait l’Église. Les Pastorales ne seraient donc pas de l’Apôtre mais contiendraient des fragments authentiques : par exemple 2 Tm 1.15-18 ; 4.9-15 ; Tt 3.12-14. L’absence d’accord sur l’étendue et le nombre de ces fragments affaiblit gravement cette hypothèse, qui est également incapable de fournir la moindre preuve à l’appui d’une telle pratique éditoriale à cette époque.
Le fait que toutes les hypothèses actuelles soient insatisfaisantes fait penser qu’on a peut-être eu tort de traiter les Pastorales comme un ensemble unifié ; car alors les observations qui semblent justes pour une des lettres sont appliquées également aux deux autres ce qui provoque la confusion. Or, l’examen détaillé fait apparaître une plus grande proximité entre 1 Tm et Tt qu’entre l’une ou l’autre de celles-ci et 2 Tm. Si l’on considère cette dernière séparément, il n’y a aucune objection convaincante à ce qu’elle ait été écrite par Paul. Adressée à un individu, elle diffère des épîtres adressées à des Églises de la même manière que l’épître d’Ignace à l’Église de Smyrne diffère de son épître à Polycarpe, évêque de la même Église. Si l’on admet que 2 Tm 4.6 n’est pas une allusion à la mort qui approche, 2 Tm s’inscrit naturellement dans le cadre de la fin de l’emprisonnement de Paul à Rome, Ac 28.16s, alors qu’il espérait sa libération. Si l’on accepte l’authenticité de 2 Tm, le caractère hétérogène de 1 Tm et de Tt dans le corpus paulinien devient encore plus évident. En particulier, la vision de ministère qui y est développée contraste vivement avec la dynamique missionnaire qui est de règle chez Paul. Ce qui domine ici, c’est un souci d’intégration à la société ambiante, 1 Tm 2.1-2, 6.1-2 ; Tt 3.1-2 et les qualités requises pour les ministres sont celles de n’importe quel bureaucrate, 1 Tm 3.1-13, Tt 1.5-9. Il y a donc eu une nette évolution dans les Églises pauliniennes. Une Église enthousiaste, enflammée par l’Esprit est devenue une communauté douillette. Mais si le chef charismatique a cédé la place à une direction institutionnelle, il n’y a pas trace du type d’épiscopat monarchique attesté par Ignace d’Antioche. L’autorité dans l’Église est collégiale et les « évêques » 1 Tm 3.2-5, ont la même fonction que les « anciens » 1 Tm 5.17. Chaque ancien doit avoir les qualités d’un « évêque », Tt 1.6-9, il ne faut donc pas assigner à 1 Tm et à Tt une date trop tardive dans le Ier siècle.