Les évangélistes mentionnent plus d'une fois que Jésus, pendant Son ministère terrestre, se trouvait dans des maisons très diverses. Y compris dans des maisons où, du point de vue des personnes religieuses pieuses de l'époque, il était tout simplement inconvenant d'aller. Mais Jésus ne tient pas compte des opinions généralement admises...
Les évangélistes mentionnent plus d'une fois que Jésus, pendant Son ministère terrestre, se trouvait dans des maisons très diverses. Y compris dans des maisons où, du point de vue des personnes religieuses pieuses de l'époque, il était tout simplement inconvenant d'aller. Mais Jésus ne tient pas compte des opinions généralement admises. Il va là où Il estime nécessaire d'aller et communique avec ceux avec qui Il estime nécessaire de communiquer. Et il ne s'agit évidemment pas du fait qu'Il chercherait le scandale ou voudrait provoquer la bonne société. Il s'agit simplement de Son service. Et de Son chemin terrestre.
D'un chemin qui était déterminé non par la société avec ses standards et ses opinions, mais par Son Père céleste. Mais le caractère de Son service avait évidemment aussi de l'importance. Jésus Lui-même disait que ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. On ne peut pas être médecin et fréquenter exclusivement des personnes saines et prospères. Certes, il y avait dans tout cela encore un autre aspect, que nous appelons aujourd'hui d'ordinaire rituel. Même s'il serait peut-être plus exact de l'appeler le problème de la conservation de la pureté.
Car l'impureté était le principal problème de la société religieuse juive. Et pas seulement juive : la crainte de l'impureté a toujours été propre à la conscience religieuse. Cela se comprend : l'impureté empêche la sanctification, empêche l'action de Dieu sur l'homme. L'impureté sépare l'homme de Dieu, et quoi que l'homme fasse, tant qu'il est impur, tout est inutile.
Bien plus : en se souillant, l'homme recule dans ses relations avec Dieu ; il suffit de devenir impur, et tout ce qu'on appelle parfois les « acquis spirituels » est perdu. Or la communion avec des pécheurs conscients, le fait de demeurer avec eux dans une même maison ou plus encore à la même table, était considéré à cette époque comme souillant en soi, même si celui qui fréquentait ces personnes ne faisait lui-même rien de mauvais.
Jésus fréquente précisément de telles personnes, par qui l'on peut se souiller. Bien sûr, s'Il avait été un homme ordinaire, tout se serait passé exactement, ou à peu près, comme l'attendaient les personnes pieuses qui L'entouraient. Mais Il porte en Lui toute la plénitude du Royaume. Une plénitude qui dépasse toute condition pécheresse. C'est pourquoi aucune souillure ne Lui fait peur. Car toute souillure est le triomphe du péché. Et le péché n'a pas de place dans le Royaume ; aucune impureté ne peut donc faire peur au Messie.
11 c) Malgré les divergences considérables qui séparent la parabole des mines de celle des talents, Mt 25.14-30, la plupart des exégètes concluent à l’identité, chaque évangéliste ayant librement modifié et développé le thème initial. Il semble en outre qu’il faille distinguer dans Luc deux paraboles fondues en une seule, celle des mines, vv. 12-13, 15-26, et celle du prétendant à la royauté, vv. 12, 14, 17, 19, 27.
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.