Continuant à révéler l'essence du chemin de croix qu'Il propose, le Seigneur nous parle aujourd'hui de l'abaissement de soi. L'évangéliste rapporte qu'une pensée vint aux disciples qui suivaient le Christ : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Une pensée très humaine, malheureusement familière aussi à beaucoup...
Continuant à révéler l'essence du chemin de croix qu'Il propose, le Seigneur nous parle aujourd'hui de l'abaissement de soi. L'évangéliste rapporte qu'une pensée vint aux disciples qui suivaient le Christ : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Une pensée très humaine, malheureusement familière aussi à beaucoup de ceux qui Le suivent à toutes les époques. Nous avons besoin de faire l'expérience de l'amour de Dieu, de sentir que Dieu nous accueille. Le Christ répond à ce besoin en disant qu'Il est venu chercher et sauver ce qui était perdu.
L'homme perdu doit encore ressusciter d'entre les morts et être purifié de nombreux péchés. Nous pensons souvent que Dieu nous attend au tournant tandis que nous avançons maladroitement sur ce chemin, légèrement irrité par notre lenteur. En réalité, Il est venu dans ce monde pour nous accueillir tels que nous sommes et nous conduire à Sa suite sur le chemin de la sainteté. Chaque personne doit faire elle-même l'expérience de tout cela ; sans elle, il est impossible de vivre.
Mais, sous l'influence du péché, l'âme humaine déforme ce besoin de faire l'expérience de l'amour de Dieu et le transforme en ce que la psychologie appelle une estime de soi positive. Nous dépendons de la manière dont nous nous évaluons nous-mêmes et dont les autres nous évaluent, et cela s'exprime précisément dans la pensée qui « vint » aux disciples : lequel d'entre eux pouvait être le plus grand ? Nous ne savons pas exactement s'il s'agissait de savoir qui était le plus proche du Maître, le plus juste, le plus intelligent ou simplement le plus endurant... Quant à nous, à la différence des disciples du Christ, nous nous mesurons généralement à des choses plus primitives, jusqu'à l'argent.
Ce qui importe, c'est la réponse de Jésus aux disciples. Premièrement, Il ne rejette pas l'idée même de grandeur, si chère aux hommes, mais propose une autre échelle pour se « mesurer ». Cela signifie avant tout ne pas rechercher sa propre grandeur, mais, en se considérant comme le dernier, prendre soin des autres ; et puisqu'Il S'est Lui-même abaissé jusqu'au bout pour nous sauver, cette échelle devient celle de la ressemblance avec Dieu. Deuxièmement, comme dans tout ce que Jésus dit, par exemple au sujet du pardon, Il nous propose, pour faire l'expérience de l'accueil que Dieu nous réserve, d'accueillir nous-mêmes les autres, et tout particulièrement les plus faibles et les plus insignifiants. Ainsi, Ses paroles sur ceux qui accueillent un enfant et accueillent par là Celui qui L'a envoyé deviennent une réponse directe et précise aux pensées des disciples sur la grandeur.
46 o) La réponse topique à cette question est donnée au v. 48, et sous une forme plus primitive qu’en Mt 18.3-4 ou Mc 9.35. Le logion du v. 48, cf. Mt 18.5 ; Mc 9.37, est pris d’un autre contexte, cf. Mt 10.40.
49 p) Var. « nous l’en avons empêché ».
51 q) De 9.51 à 18.14 s’écarte de Mc et rassemble, dans le cadre littéraire, fourni par Mc 10.1, d’une montée vers Jérusalem, 9.53, 57 ; 10.1 ; 13.22, 33 ; 17.11 ; cf. 2.38, des matériaux qu’il a puisés dans un Recueil également utilisé par Mt et dans d’autres traditions qui lui sont propres. Tandis que Mt a dépecé ce Recueil pour en répartir les fragments dans tout son évangile, a préféré le reproduire en bloc, précisément dans cette section 9.51—18.14, dont il fournit l’apport principal.
51 r) L’« enlèvement » ou « assomption » de Jésus, cf. 2 R 2.9-11 ; Mc 16.19 ; Ac 1.2, 10-11 ; 1 Tm 3.16, comprend les derniers jours de sa destinée souffrante et les premiers de sa destinée glorieuse (passion, mort, résurrection et ascension). Pour le même ensemble, Jn emploiera le terme plus théologique « glorifier », Jn 7.39 ; 12.16, 23 ; 13.31s ; la crucifixion sera pour lui une « élévation », Jn 12.32.
53 s) Les Samaritains, toujours très mal disposés pour les Juifs, Jn 4.9, devaient se montrer particulièrement hostiles vis-à-vis des pèlerins de Jérusalem. Aussi évitait-on généralement leur territoire, cf. Mt 10.5. Luc et Jean (Jn 4.1-42) sont seuls à mentionner le passage de Jésus en terre schismatique, cf. 17.11, 16. De très bonne heure, la primitive Église imitera le Maître, Ac 8.5-25.
54 t) Add. « comme fit Élie ». Allusion à 2 R 1.10-12. Jacques et Jean se montrent de vrais « fils du tonnerre », Mc 3.17.
55 u) Add. « Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Car le Fils de l’homme n’est pas venu perdre les âmes des hommes, mais les sauver. » Leçon suspecte d’origine marcionite.
59 v) Add. « Seigneur », cf. Mt 8.21.
60 w) Le logion joue sur le double sens, physique et spirituel, du mot « mort ».
Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.
D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.
Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.