Il existe dans le monde des hommes d'une seule pensée, d'un seul but, d'une seule idée. Et si l'idée ou le but en vaut la peine, Dieu peut aller à la rencontre de tels hommes. Il en fut ainsi de Syméon. Il ne voulait qu'une chose : voir le Messie. De ses propres yeux. Vivre jusqu'au jour où le Messie viendrait. Et Dieu le lui avait promis...
Il existe dans le monde des hommes d'une seule pensée, d'un seul but, d'une seule idée. Et si l'idée ou le but en vaut la peine, Dieu peut aller à la rencontre de tels hommes. Il en fut ainsi de Syméon. Il ne voulait qu'une chose : voir le Messie. De ses propres yeux. Vivre jusqu'au jour où le Messie viendrait. Et Dieu le lui avait promis.
Certes, dans le peuple juif, on attendait alors le Messie, sinon tous, du moins beaucoup. Mais on L'attendait de différentes manières. D'une manière ou d'une autre, chacun L'attendait sans doute. La question est seulement de savoir comment. Certains L'attendaient plus ou moins. En principe, ils n'auraient pas été contre Le voir et Le rencontrer, mais... seulement plus ou moins. En tout cas, l'attente du Messie n'était pas pour de telles personnes l'affaire principale de la vie. S'Il était venu de leur vivant, eh bien, eux aussi auraient sans doute été parmi ceux qui L'accueillaient. Si leurs affaires le leur avaient permis.
D'autres L'attendaient avec plus d'impatience, avec espérance. C'étaient d'ordinaire des personnes profondément religieuses et religieusement actives ; pour elles, la venue du Messie signifiait le sommet de leur propre vie religieuse, et elles ne doutaient pas qu'en ce jour elles seraient aux premiers rangs de ceux qui L'accueilleraient. Elles étaient en outre certaines que le Messie viendrait d'abord précisément pour elles. Il y en avait beaucoup parmi les membres de la fraternité pharisienne, mais il y en avait bien sûr aussi d'autres, sans rapport direct avec les pharisiens, qui L'attendaient avec la même espérance. Pour de telles personnes, le Messie et le Royaume étaient le sens et le centre de leur vie religieuse.
Mais il y avait, comme on le voit, encore une autre catégorie de ceux qui attendaient la venue du Messie, probablement très peu nombreuse. Ces hommes attendaient le Messie parce qu'Il était non seulement le principal, mais l'unique sens de leur vie. Ou, plus exactement, le Messie et le Royaume étaient proprement leur vie : ils n'en connaissaient pas d'autre. Sans doute seuls de tels hommes pourraient-ils être appelés chrétiens avant le Christ au sens strict : ils vivaient déjà de ce qui est dans l'éternité de Dieu mais n'était pas encore entré dans notre monde déchu. Ils en vivaient, bien sûr, comme d'une attente et d'un pressentiment, mais ils en vivaient. Et, évidemment, chacun d'eux aurait été heureux de voir le Messie de ses propres yeux. Pour eux, ce n'était pas le sommet de leur propre vie, mais sa source, la vie elle-même qui leur était ouverte en plénitude.
Bien sûr, cela ne fut pas donné à tous : beaucoup durent toucher la mort, le sheol, le monde des ombres sur le chemin vers la plénitude de cette vie qu'ils pressentaient. Syméon fut plus heureux : il vit le Messie non depuis le sheol, où il n'avait pas encore eu le temps de descendre, mais depuis le monde des vivants. Et maintenant, même le sheol ne lui faisait plus peur : car pour lui, le temps était déjà terminé. L'éternité du Royaume avait commencé, et avec elle la plénitude des temps.