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La Bible en cinq ans pour le 2 décembre 2016

La Bible de Jérusalem (fr)

Juges, Chapitre 6,  vers 24-40

Histoire des Juges> 1 5. GÉDÉON ET ABIMÉLEK, 1 A. VOCATION DE GÉDÉON, 11 Apparition de l’Ange de Yahvé à Gédéon., 25 Gédéon contre Baal., 33 L’appel aux armes., 36 L’épreuve de la toison.
24 En cet endroit Gédéon bâtit à Yahvé un autel et il le nomma Yahvé-Paix. Cet autel est encore aujourd’hui à Ophra d’Abiézer.
25 Il arriva que pendant cette nuit-là, Yahvé dit à Gédéon « Prends le taureau de ton père, le taureau d’une seconde portée âgé de sept ans, et tu démoliras l’autel de Baal qui appartient à ton père et tu couperas le pieu sacré qui est à côté.
26 Puis tu bâtiras à Yahvé ton Dieu, au sommet de ce lieu fort, un autel fait selon la règle. Tu prendras alors le taureau de la seconde portée et tu l’offriras en holocauste sur le bois du pieu sacré que tu auras coupé. »
27 Gédéon prit alors dix hommes parmi ses serviteurs et il fit comme Yahvé le lui avait ordonné. Mais, comme il craignait trop sa famille et les hommes de la ville pour le faire en plein jour, il le fit de nuit.
28 Au matin, lorsque les hommes de la ville se levèrent, voici que l’autel de Baal avait été détruit, le pieu sacré qui était à côté coupé, et le taureau de la seconde portée offert en holocauste sur l’autel qui venait être bâti.
29 Ils se dirent alors les uns aux autres : « Qui a fait cela ? » Ils cherchèrent, s’informèrent et ils dirent : « C’est Gédéon fils de Yoash qui a fait cela. »
30 Les hommes de la ville dirent à Yoash : « Fais sortir ton fils et qu’il meure, car il a détruit l’autel de Baal et coupé le pieu sacré qui était à côté. »
31 Yoash répondit à tous ceux qui se tenaient près de lui : « Est-ce à vous de défendre Baal ? Est-ce à vous de lui venir en aide ? (Quiconque défend Baal doit être mis à mort avant le matin.) S’il est dieu, qu’il se défende lui-même, puisque Gédéon a détruit son autel. »
32 Ce jour-là on donna à Gédéon le nom de Yerubbaal, car, disait-on : « Que Baal s’en prenne à lui, puisqu’il a détruit son autel ! »
33 Tout Madiân, Amaleq et les fils de l’Orient se réunirent et, ayant passé le Jourdain, ils vinrent camper dans la plaine de Yizréel.
34 L’esprit de Yahvé revêtit Gédéon, il sonna du cor et Abiézer se groupa derrière lui.
35 Il envoya des messagers dans tout Manassé, qui se groupa aussi derrière lui, et il envoya des messagers dans Asher, dans Zabulon et dans Nephtali ; et ils montèrent à sa rencontre.
36 Gédéon dit à Dieu : « Si vraiment tu veux délivrer Israël par ma main, comme tu l’as dit,
37 voici que j’étends sur l’aire une toison de laine : s’il y a de la rosée seulement sur la toison et que le sol reste sec, alors je saurai que tu délivreras Israël par ma main, comme tu l’as dit. »
38 Et il en fut ainsi. Gédéon se leva le lendemain, il pressa la toison et, de la toison, il exprima la rosée, une pleine coupe d’eau.
39 Gédéon dit encore à Dieu : « Que ta colère ne s’enflamme pas contre moi si je parle encore une fois. Permets que je fasse une dernière fois l’épreuve de la toison : qu’il n’y ait de sec que la seule toison et qu’il y ait de la rosée sur tout le sol ! »
40 Et Dieu fit ainsi en cette nuit-là. La toison seule resta sèche et il y eut de la rosée sur tout le sol.
Lire la suite:Juges, Chapitre 7
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

25 p) Ce second récit cultuel, qui semble se rapporter au même sanctuaire que le précédent, a un autre caractère ici le culte de Baal est remplacé, violemment, par celui de Yahvé.


25 q) En parlant du taureau de la seconde portée, le récit présuppose que la loi selon laquelle tout mâle issu d’une première portée était offert à Dieu (Ex 13.15) a été respectée.


31 r) Cette précision, insérée dans le discours de Yoash, est une glose qui renvoie à une époque où les sectateurs de Baal étaient mis à mort, cf. 2 R 10.18-27.


32 s) Le second nom de Gédéon, cf. 7.1, etc., est expliqué ici par une étymologie populaire. Originairement, le nom signifie au contraire « Que Baal prenne parti pour, qu’il défende (le porteur du nom) ». — Un sanctuaire de Yahvé succède au sanctuaire cananéen.


36 t) C’est le signe demandé par Gédéon au v. 17. Comparer Ex 4.1-7, où deux signes authentifient la mission de Moïse.


L’histoire des Juges est racontée dans la partie centrale, 2.6 – 16 31. Les modernes distinguent six « grands » juges, Otniel, Éhud, Baraq (et Débora), Gédéon, Jephté, Samson, dont les actions sont racontées d’une manière plus ou moins détaillée, et six « petits » juges, Shamgar, 3.31, Tola et Yaïr, 10.1-5, Ibçân, Élôn et Abdôn, 12.8-15, qui font seulement l’objet de brèves mentions. Mais cette distinction n’est pas faite dans le texte, il y a une différence beaucoup plus profonde entre les deux groupes et le titre commun de « juges » qui leur est donné est le résultat de la composition du livre, qui a joint des éléments d’abord étrangers entre eux. Les « grands juges » sont des héros libérateurs ; leur origine, leur caractère, leurs actions varient beaucoup, mais ils ont un trait commun : ils ont reçu une grâce spéciale, un charisme, ils ont été spécialement choisis par Dieu pour une mission de salut. Leurs histoires ont d’abord été racontées oralement, sous différentes formes, et elles se sont accrues d’éléments divers. Elles ont finalement été réunies dans un « livre des libérateurs », composé dans le royaume du Nord dans la première partie de l’époque monarchique. Il comprenait l’histoire d’Éhud, celle de Baraq et de Débora, peut-être déjà contaminée par le récit de Jos 11, concernant Yabîn de Haçor, l’histoire de Gédéon/Yerubbaal, à quoi l’on attacha l’épisode de la royauté d’Abimélek, l’histoire de Jephté augmentée de celle de sa fille. On recueillit deux vieilles pièces poétiques, le Cantique de Débora, 5, qui double le récit en prose, 4, et l’apologue de Yotam, 9.7-15, dirigé contre la royauté d’Abimélek. Dans ce livre, les héros de certaines tribus devenaient des figures nationales qui avaient mené les guerres de Yahvé pour tout Israël. Les « petits juges », Tola, Yaïr, Ibçan, Élôn, Abdôn, viennent d’une tradition différente. On ne leur attribue aucun acte sauveur, on donne seulement des informations sur leur origine, leur famille et le lieu de leur sépulture, et l’on dit qu’ils ont « jugé » Israël pendant un nombre précis et variable d’années. D’après les emplois du verbe shâphât, « juger », dans les langues sémitiques de l’Ouest apparentées à l’hébreu, à Mari au XVIIIe siècle av. J.-C., et à Ugarit au XIIIe siècle, jusque dans les textes phéniciens et puniques de l’époque gréco-romaine (les « suffètes » de Carthage), ces « juges » ne rendaient pas seulement la justice, ils gouvernaient. Leur autorité ne s’étendait pas au-delà de leur ville ou de leur district. Ce fut une institution politique intermédiaire entre le régime tribal et le régime monarchique. Les premiers rédacteurs deutéronomistes possédaient des renseignements authentiques sur ces juges, mais ils ont étendu leur pouvoir à tout Israël et les ont mis en succession chronologique. Ils ont transféré leur titre aux héros du « livre des libérateurs », qui sont ainsi devenus des « juges d’Israël ». Jephté servit de trait d’union entre les deux groupes : il avait été un libérateur mais il avait aussi été un juge : on connaissait et on donne à son propos les mêmes informations, 11.1-2 ; 12.7, que pour les « petits juges » au milieu desquels son histoire est insérée. On assimila aussi une figure qui n’avait primitivement rien à faire avec aucun des deux groupes : le singulier héros danite Samson, qui n’avait été ni un libérateur ni un juge mais dont on racontait en Juda les prouesses contre les Philistins, 13-16. On ajouta à la liste Otniel, 3.7-11, qui appartient à l’époque de la conquête, cf. Jos 15.16-19 ; 1.12-15, et, plus tard, Shamgar, 3.31, qui n’est même pas un Israélite, cf. Jg 5.6 ; on obtenait ainsi le chiffre de douze, symbolique de tout Israël. C’est également la rédaction deutéronomiste qui a donné au livre son cadre chronologique : retenant les informations authentiques sur les « petits juges », elle a ponctué les récits par des indications conventionnelles, où reviennent les chiffres de 40, durée d’une génération, ou de son multiple 80, ou de sa moitié 20, dans un effort pour obtenir un total qui, combiné avec d’autres données de la Bible, corresponde aux 480 ans que l’histoire deutéronomiste met entre la sortie d’Égypte et la construction du Temple, 1 R 6.1. Dans ce cadre, les histoires des Juges remplissent sans laisser de lacunes la période qui s’est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère de Samuel. Mais les rédacteurs deutéronomistes ont surtout donné au livre son sens religieux. Celui-ci s’exprime dans l’introduction générale de 2.6 – 3.6 et dans l’introduction particulière à l’histoire de Jephté, 10.6-16, ainsi que dans les formules rédactionnelles qui remplissent presque toute l’histoire d’Otniel, qui est une composition deutéronomiste, et qui encadrent les grandes histoires suivantes : les Israélites ont été infidèles à Yahvé et il les a livrés à des oppresseurs, les Israélites ont invoqué Yahvé et celui-ci leur a envoyé un sauveur, le juge. Mais les infidélités reprennent, et la série recommence. Ce livre deutéronomiste des Juges eut au moins deux éditions. Les indices les plus clairs sont : les deux éléments qui s’additionnent dans l’introduction, 2.11-19 et 2.6-10 + 2.20-3 6, et les deux conclusions à l’histoire de Samson, 15.20 et 16.30, qui signifient que le chap. 16 est une addition.

Ce livre ne contenait pas encore les appendices, 17-21. Ceux-ci ne racontent pas l’histoire d’un juge, mais ils rapportent des événements qui se sont passés avant l’institution de la monarchie, et c’est pourquoi ils ont été ajoutés à la fin du livre après le retour de l’Exil. Ils reproduisent d’anciennes traditions et ils ont eu une longue histoire littéraire ou prélittéraire avant d’être insérés ici. Les chap. 17-18 ont pour origine une tradition danite sur la migration de la tribu et la fondation du sanctuaire de Dan, qui a été transformée dans un sens péjoratif. Les chap. 19-21 Combinent deux traditions des sanctuaires de Miçpa et de Béthel, qui furent étendues à tout Israël ; peut-être d’origine benjaminite, ces traditions furent révisées en Juda dans un sens hostile à la royauté de Saül à Gibéa.

Le livre est à peu près notre seule source pour la connaissance de l’époque des Juges. Il ne permet pas d’en écrire une histoire suivie. La chronologie qu’il donne est artificielle, nous l’avons dit. Elle additionne des périodes qui ont pu se chevaucher dans le temps, les oppressions comme les libérations n’affectant jamais qu’une partie du territoire, et l’époque des Juges ne s’est pas étendue sur plus d’un siècle et demi.

Les principaux événements dont le souvenir nous est conservé ne peuvent être datés qu’approximativement à l’intérieur de cette période. La victoire de Tanak sous Débora et Baraq, 4-5, peut avoir été remportée vers le milieu du XIIe siècle, elle est antérieure à l’invasion madianite (Gédéon) et à l’expansion des Philistins hors de leur territoire propre (Samson). Il ressort surtout que, pendant cette période troublée, les Israélites n’eurent pas seulement à lutter contre les Cananéens premiers possesseurs du pays, ainsi ceux de la plaine de Yizréel battus par Débora et Baraq, mais contre les peuples voisins, Moabites (Éhud), Ammonites (Jephté), Madianites (Gédéon), et contre les Philistins nouvellement arrivés (Samson). Dans ces dangers, chaque groupe défend son territoire. Il arrive qu’on s’unisse aux groupes voisins, 7.23, ou inversement qu’une tribu puissante proteste parce qu’elle n’a pas été invitée à partager le butin, 8.1-3 ; 12.1-6. Le Cantique de Débora, 5, stigmatise les tribus qui n’ont pas répondu à l’appel et, chose remarquable, Juda et Siméon ne sont même pas nommés.

Ces deux tribus vivaient au Sud, séparées par la barrière formée par les villes non israélites de Gézer et de Jérusalem, et leur isolement prépare leur rupture avec les tribus du Nord, rupture qui surviendra après la mort de Salomon. En revanche, la victoire de Tanak, en donnant aux Israélites la plaine de Yizréel, permet l’union de la Maison de Joseph et des tribus du Nord. Cependant l’unité entre les différentes fractions était assurée par la participation à la même foi religieuse : tous les Juges furent des Yahvistes convaincus et le sanctuaire de l’arche à Silo devint un centre où tous les groupes se retrouvaient. De plus, ces luttes ont forgé l’âme nationale et préparé le moment où, devant un danger général, tous s’uniront contre l’ennemi commun, sous Samuel.

Le livre enseignait aux Israélites que l’oppression est un châtiment de l’impiété et que la victoire est une conséquence du retour à Dieu. L’Ecclésiastique loue les Juges pour leur fidélité, Sir 46.11-12, l’épître aux Hébreux présente leurs succès comme la récompense de leur foi ; ils font partie de cette « nuée de témoins » qui encouragent le chrétien à rejeter le péché et à courir avec endurance l’épreuve qui lui est proposée, He 11.32-34 ; 12.1.

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