Le système des règles et interdits rituels, surtout pour les prêtres, tel qu'il est exposé dans le Livre du Lévitique, peut sembler excessivement formel. En réalité, il ne s'agit pas simplement de formalisme religieux, même si, bien sûr...
Le système des règles et interdits rituels, surtout pour les prêtres, tel qu'il est exposé dans le Livre du Lévitique, peut sembler excessivement formel. En réalité, il ne s'agit pas simplement de formalisme religieux, même si, bien sûr, dans l'histoire du yahvisme, il a souvent dégénéré en quelque chose de ce genre. À l'origine, pourtant, il ne s'agissait pas de la forme pour la forme. Le fait est que le prêtre devait, par définition, conserver constamment l'état de sanctification; tel était le sens de son service. Il demeurait continuellement dans la présence de Dieu, vivait devant Dieu au sens le plus littéral du terme.
Une telle vie dans le monde déchu exigeait une attention particulière envers le sanctuaire. Elle exige la même attention aujourd'hui encore; mais aujourd'hui, après la venue du Christ, à l'époque du Royaume qui vient, lorsque la mort a déjà perdu son pouvoir absolu sur le monde, le problème principal et le travail essentiel sont liés à nous-mêmes, et prennent donc davantage un caractère ascétique. Dans les temps préchrétiens, la menace pouvait venir non seulement de l'intérieur, mais aussi de l'extérieur, de ce mal qui se manifestait dans le monde presque impunément et presque sans contrôle, diminuant la plénitude de sa vie et le plongeant dans la mort, qui régnait alors absolument sur le monde. Dans de telles conditions, il fallait être prudent en tout ce qui touchait à la présence de Dieu, au sanctuaire, à la sainteté, à la sanctification.
Tout ce qui vient d'être énuméré était absolument hostile au monde; le monde était pour cela un milieu agressivement hostile, et son contact avec le monde n'était possible chaque fois que par une action particulière de Dieu. En ces temps-là, toute présence de Dieu aurait simplement détruit le monde dans lequel nous vivons, si Dieu n'avait rendu Sa théophanie compatible avec son état de péché. Une telle compatibilité, impossible à l'homme mais possible à Dieu, supposait de la part de l'homme participant au processus une attention et une prudence particulières. Ici, en somme, chaque pas était un pas sur la frontière de deux mondes: le monde de la sainteté de Dieu et de l'impureté déchue, le monde de la vie et le monde de la mort.
La frontière passait à la fois à l'intérieur de chaque homme, dans son coeur et dans son âme, et cette frontière intérieure existe encore aujourd'hui, et à l'extérieur, là où la présence de Dieu touchait le monde: dans le parvis de la Demeure, du Temple, dans la maison sacerdotale. Aujourd'hui, après la venue du Christ, cette frontière extérieure a disparu, non parce que nous aurions changé, mais parce qu'après la venue du Christ le monde a changé; et désormais seul le Livre du Lévitique, avec ses interdits rituels, nous rappelle ce qu'était ce monde avant la venue du Sauveur.