Bible-Centre

Lectures orthodoxes pour le 26 octobre 2016

La Bible de Jérusalem (fr)

Philippiens, Chapitre 1,  vers 12-20

12 Situation personnelle de Paul.
12 Je désire que vous le sachiez, frères, mon affaire a tourné plutôt au profit de l’Évangile :
13 en effet, dans tout le Prétoire et partout ailleurs, mes chaînes ont acquis, dans le Christ, une vraie notoriété,
14 et la plupart des frères, enhardis dans le Seigneur du fait même de ces chaînes, redoublent d’une belle audace à proclamer sans crainte la Parole.
15 Certains, il est vrai, le font par envie, en esprit de rivalité, mais pour les autres, c’est vraiment dans de bons sentiments qu’ils proclament le Christ.
16 Ces derniers agissent par charité, sachant bien que je suis voué à défendre ainsi l’Évangile ;
17 quant aux premiers, c’est par esprit d’intrigue qu’ils annoncent le Christ ; leurs intentions ne sont pas pures : ils s’imaginent ainsi aggraver le poids de mes chaînes.
18 Mais qu’importe ? Après tout, d’une manière comme de l’autre, hypocrite ou sincère, le Christ est annoncé, et je m’en réjouis. Je persisterai même à m’en réjouir,
19 car je sais que cela servira à mon salut, grâce à vos prières et au secours de l’Esprit de Jésus Christ qui me sera fourni ;
20 telle est l’attente de mon ardent espoir : rien ne me confondra, je garderai au contraire toute mon assurance et, cette fois-ci comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit que je vive soit que je meure.
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12 f) L’arrestation de Paul et le procès qui s’en est suivi.


13 g) Si Paul écrit de Rome, il s’agit de la garde prétorienne qui campait près des murs de la Ville. Si Paul écrit d’Éphèse ou de Césarée, il faut alors songer au personnel du Prétoire, ou résidence du Gouverneur, qui se trouvait dans chacune de ces villes.


14 h) Add. « de Dieu » (Vulg.) ou « du Seigneur ».


20 i) Paul discute ici le fondement d’une décision morale en évaluant ce qui est théoriquement préférable être avec le Christ — vv. 21, 23 — par comparaison avec ce qui est nécessaire au bien de la communauté — v. 24.


Philippes, ville importante de Macédoine et colonie romaine, avait été évangélisée par Paul lors de son deuxième voyage, entre l’automne 48 et l’été 49, Ac 16.12-40. Il y repassa à deux reprises au cours du troisième voyage, en hiver 54-55, Ac 20.1-2, et à Pâques 56, Ac 20.3-6. Les fidèles qu’il y gagna au Christ témoignèrent d’une affection touchante pour leur apôtre en lui envoyant des secours à Thessalonique, 4.16, puis à Corinthe, 2 Co 11.9. Et quand Paul leur écrit, c’est précisément pour les remercier de nouveaux subsides qu’il vient de recevoir par l’intermédiaire de leur délégué, Épaphrodite, 4.10-20 ; en agréant leur offrande, lui qui craignait d’ordinaire de paraître intéressé, Ac 18.3, il marque à leur égard une confiance toute particulière.

Paul est prisonnier au moment où il leur écrit, 1.7, 12-17, et l’on a longtemps pensé qu’il s’agissait de sa première captivité romaine. Cependant les échanges fréquents et apparemment très faciles que les Philippiens ont avec lui, et avec Épaphrodite alors près de lui, 2.25-30, surprennent s’il se trouve dans la lointaine Rome. Surtout on comprend mal, si Paul est à Rome (ou à la rigueur à Césarée de Palestine, autre lieu d’une captivité connue de nous), que leur envoi d’argent par Épaphrodite soit la première occasion qu’ils aient trouvée d’aider l’Apôtre depuis leurs charités du deuxième voyage, 4.10, 16, puisqu’il est repassé deux fois chez eux au cours du troisième voyage. Tout s’explique mieux si Paul écrit avant ces deux nouvelles visites, c’est-à-dire à Éphèse entre 52 et 54. Les allusions au « Prétoire », 1.13, et à la « maison de César », 4.22, ne font pas difficulté, car il y avait des détachements de prétoriens dans les grandes villes, en particulier à Éphèse, aussi bien qu’à Rome. Notre ignorance d’une captivité de Paul à Éphèse n’est pas non plus un obstacle insurmontable, car Luc nous a dit fort peu de choses sur ce séjour de presque trois ans, et Paul laisse entendre qu’il y rencontra de bien graves difficultés, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10.

Si l’on admet cette hypothèse, il faut dissocier Ph de Col, Ep, Phm et la rapprocher des « grandes épîtres », en particulier de 1 Co. Loin de s’y opposer, le style et la doctrine de l’épître favorisent plutôt ce rapprochement. Aussi bien cet écrit est-il peu doctrinal. C’est plutôt une effusion du cœur, un échange de nouvelles, une mise en garde contre les « mauvais ouvriers » qui ravagent ailleurs les travaux de l’Apôtre et pourraient bien s’attaquer aussi à ses chers Philippiens, enfin et surtout un appel à l’unité dans l’humilité qui nous vaut l’admirable passage sur les souffrances du Christ, 2.6-11 : que cette hymne rythmée soit citée par saint Paul ou qu’elle soit bien de lui, de toute façon elle apporte un témoignage de première valeur sur la foi primitive.

L’authenticité de Ph ne fait pas de doute mais son unité a été sérieusement mise en question. Pour beaucoup de critiques, ce pourrait être le résultat du regroupement de trois lettres. La division probablement la plus satisfaisante est la suivante : lettre A : 4.10-20 ; lettre B : 1.1–3.1, 4.2-9, 21-23 ; lettre C : 3.2 – 4.1. La lettre A, antérieure aux deux autres, aura été envoyée dès la réception du don apporté par Épaphrodite. La lettre C est probablement la dernière. C’est une brûlante polémique contre des missionnaires judéo-chrétiens dont il n’apparaît aucune trace dans la lettre B ; celle-ci est un appel serein à l’unité et à la persévérance, ainsi qu’au témoignage résolu à la vérité.

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Luc, Chapitre 8,  vers 22-25

III. Ministère de Jésus en Galilée> 22 La tempête apaisée.
22 Or il advint, un jour, qu’il monta en barque ainsi que ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large.
23 Tandis qu’ils naviguaient, il s’endormit. Et une bourrasque s’abattit sur le lac ; ils faisaient eau et se trouvaient en danger.
24 S’étant donc approchés, ils le réveillèrent en disant : « Maître, maître, nous périssons ! » Et lui, s’étant réveillé, menaça le vent et le tumulte des flots. Ils s’apaisèrent et le calme se fit.
25 Puis il leur dit : « Où est votre foi ? » Ils furent saisis de crainte et d’étonnement, et ils se disaient les uns aux autres : « Qui est-il donc celui-là, qu’il commande même aux vents et aux flots, et ils lui obéissent ? »
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Notes:
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Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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