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Lecture en trois ans pour le 30 août 2016

Nova Vulgata (lat)

Evangelium secundum Matthaeum, Caput 10,  versae 16-42

16 Ecce ego mitto vos sicut oves in medio luporum; estote ergo prudentes sicut serpentes et simplices sicut columbae.
17 Cavete autem ab hominibus; tradent enim vos in conciliis, et in synagogis suis flagellabunt vos;
18 et ad praesides et ad reges ducemini propter me in testimonium illis et gentibus.
19 Cum autem tradent vos, nolite cogitare quomodo aut quid loquamini; dabitur enim vobis in illa hora quid loquamini.
20 Non enim vos estis, qui loquimini, sed Spiritus Patris vestri, qui loquitur in vobis.
21 Tradet autem frater fratrem in mortem, et pater filium; et insurgent filii in parentes et morte eos afficient.
22 Et eritis odio omnibus propter nomen meum; qui autem perseveraverit in finem, hic salvus erit.
23 Cum autem persequentur vos in civitate ista, fugite in aliam; amen enim dico vobis: Non consummabitis civitates Israel, donec veniat Filius hominis.
24 Non est discipulus super magistrum nec servus super dominum suum.
25 Sufficit discipulo, ut sit sicut magister eius, et servus sicut dominus eius. Si patrem familias Beelzebul vocaverunt, quanto magis domesticos eius!
26 Ne ergo timueritis eos. Nihil enim est opertum, quod non revelabitur, et occultum, quod non scietur.
27 Quod dico vobis in tenebris, dicite in lumine; et, quod in aure auditis, praedicate super tecta.
28 Et nolite timere eos, qui occidunt corpus, animam autem non possunt occidere; sed potius eum timete, qui potest et animam et corpus perdere in gehenna.
29 Nonne duo passeres asse veneunt? Et unus ex illis non cadet super terram sine Patre vestro.
30 Vestri autem et capilli capitis omnes numerati sunt.
31 Nolite ergo timere; multis passeribus meliores estis vos.
32 Omnis ergo qui confitebitur me coram hominibus, confitebor et ego eum coram Patre meo, qui est in caelis;
33 qui autem negaverit me coram hominibus, negabo et ego eum coram Patre meo, qui est in caelis.
34 Nolite arbitrari quia venerim mittere pacem in terram; non veni pacem mittere sed gladium.
35 Veni enim separare
hominem adversus patrem suum
et filiam adversus matrem suam
et nurum adversus socrum suam:
36 et inimici hominis domestici eius.
37 Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus; et, qui amat filium aut filiam super me, non est me dignus;
38 et, qui non accipit crucem suam et sequitur me, non est me dignus.
39 Qui invenerit animam suam, perdet illam; et, qui perdiderit animam suam propter me, inveniet eam.
40 Qui recipit vos, me recipit; et, qui me recipit, recipit eum, qui me misit.
41 Qui recipit prophetam in nomine prophetae, mercedem prophetae accipiet; et, qui recipit iustum in nomine iusti, mercedem iusti accipiet.
42 Et, quicumque potum dederit uni ex minimis istis calicem aquae frigidae tantum in nomine discipuli, amen dico vobis: Non perdet mercedem suam ”.
Notes:
Commentaire sur le fragment en cours
Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

17 p) Les enseignements des vv. 17-39 dépassent manifestement l’horizon de cette première mission des Douze et ont dû être prononcés plus tard (voir leur place en Mc et Lc). les a groupés ici pour composer un bréviaire complet du missionnaire.


17 q) Les petits sanhédrins de province, et le Grand Sanhédrin de Jérusalem ; cf. 5.21-22.


23 r) Om. « et si... une troisième ».


23 s) L’avènement ici annoncé concerne, non le monde en général mais Israël en particulier, avec la ruine de Jérusalem et de son Temple ; cf. au contraire 24.1.


27 t) Jésus n’a pu délivrer son message que de façon voilée, parce que ses auditeurs ne pouvaient le comprendre, Mc 1.34, et que lui-même n’avait pas encore accompli son œuvre en mourant et ressuscitant. Plus tard ses disciples pourront et devront tout proclamer sans aucune crainte. Le sens des mêmes paroles dans Lc est tout différent que les disciples n’imitent pas l’hypocrisie des Pharisiens ; tout ce qu’ils prétendraient cacher finirait bien par être connu ; qu’ils parlent donc ouvertement.


32 u) Lors du Jugement dernier, quand le Fils remettra les élus à son Père, cf. 25.34.


34 v) Jésus est un « signe de contradiction », Lc 2.34, qui, sans vouloir les discordes, les provoque nécessairement par les exigences du choix qu’il requiert.


39 w) Dans cette parole, de forme plus archaïque qu’en Mc et Lc, « trouver » est à entendre avec la nuance de « gagner, obtenir, se procurer », cf. Gn 26.12 ; Os 12.9 ; Pr 3.13 ; 21.21. Voir 16.25.


40 x) Dans ces trois versets on trouve vraisemblablement la structure de l’Église matthéenne. Au sommet l’autorité apostolique (v. 40), utilisant une formule juridique juive pour la transmission de pouvoirs mais ici mise en rapport avec Dieu. Puis, v. 41, les enseignants (voir 13.52 ; 23.34 pour plus de précisions) et les témoins qui ont résisté héroïquement pendant les persécutions (cf. 13.17 ; 23.29) ; enfin (v. 42) les petits (voir 18.10, 14).


Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.

Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.

Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.

L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.

Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.

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