L'affirmation du prophète qu'Israël «n’a plus de malheurs à craindre», dans une perspective historique il semble trop optimiste. En effet, cette prophétie, à en juger par ce que nous connaissons aujourd'hui du prophète et de son époque, était liée à l'effondrement de l'empire assyrien, qui a apporté à Judée...
L'affirmation du prophète qu'Israël «n’a plus de malheurs à craindre», dans une perspective historique il semble trop optimiste. En effet, cette prophétie, à en juger par ce que nous connaissons aujourd'hui du prophète et de son époque, était liée à l'effondrement de l'empire assyrien, qui a apporté à Judée (comme, d'ailleurs, dans tout le Proche-Orient) beaucoup de mal.
Mais les malheurs historiques des judéens et du peuple juif comme on le sait, sont loin de s’arrêter en cela: il y avait devant la captivité Babylonienne, le conflit avec les autorités samaritaines et perses dans les années de la restitution de Jérusalem et du Temple, la persécution d'Antiochos Épiphane, enfin, la catastrophe de 70 après J.C., mettant fin à l'histoire de l'ancienne Judée.
On pouvait, bien sûr, localiser la prophétie de Sophonie dans le temps et le rapporter seulement à cette situation concrète, qui se développait en Palestine au milieu du VII s. avant J.C., lorsque rien ne menaçait vraiment la Judée directement. Mais alors il aurait fallu reconnaître que cette prophétie n’a qu’un intérêt historique. Et cependant, le prophète voit non seulement une perspective plus proche, il parle aussi de cette épreuve, qui arrivera au peuple pour l'apostasie.
Et la joie de la libération du terrible ennemi ne s’avère chez lui qu’un prototype de cette fête, qui attend ceux qui ont résisté à cette épreuve à venir. Et les unit quelque chose dépassant déjà les frontières de l'existence historique, comme telle : la présence de Dieu au milieu de Son peuple, qui, proprement, fait du peuple juif le peuple de Dieu dans tout le sens de ces mots. Et alors toute l'histoire devient l'histoire de cette présence, l'histoire de la révélation, actuelle à toutes les époques.
D’après le titre de son livre, Sophonie a prophétisé sous Josias, 640-609. Ses attaques contre les modes étrangères, 1.8, et les cultes des faux dieux, 1.4-5, ses reproches aux ministres, 1.8, et son silence sur le roi indiquent qu’il prêcha avant la réforme religieuse et pendant la minorité de Josias, entre 640 et 630, donc juste avant que ne commence le ministère de Jérémie. Juda, amputé par Sennachérib d’une partie de son territoire, a vécu sous la domination assyrienne, et les règnes impies de Manassé et d’Amon ont favorisé le désordre religieux. Mais l’affaiblissement de l’Assyrie suscite maintenant l’espoir d’une restauration nationale, qui s’accompagnera d’une réforme religieuse.
Le livre se divise en quatre courtes sections : le Jour de Yahvé, 1.2 – 2.3 ; contre les nations, 2.4-15 ; contre Jérusalem, 3.1-8 ; promesses, 3.9-20. Sans raison suffisante, on a voulu retrancher certains oracles contre les nations et toutes les promesses de la dernière section ; comme tous les recueils prophétiques, celui de Sophonie a reçu des retouches et des additions, mais elles sont peu nombreuses : en particulier, les annonces de la conversion des païens, 2.11 et 3.9-10, étrangères au contexte, s’inspirent du Second Isaïe, l’authenticité des petits psaumes 3.14-15 et 16-18a est très discutée et l’on s’accorde à dater du temps de l’Exil les derniers versets, 3.18-20.
Le message de Sophonie se résume en une annonce du Jour de Yahvé (voir Amos), une catastrophe qui atteindra les nations aussi bien que Juda. Celui-ci est condamné pour ses fautes religieuses et morales, qui sont inspirées par l’orgueil et la révolte, 3.1, 11. Sophonie a du péché une notion profonde, qui annonce celle de Jérémie : c’est une atteinte personnelle au Dieu vivant. Le châtiment des nations est un avertissement, 3.7, qui devrait ramener le peuple à l’obéissance et à l’humilité, 2.3, et le salut n’est promis qu’à un « reste » humble et modeste, 3.12-13. Le messianisme de Sophonie se réduit à cet horizon, qui est sans doute limité mais qui découvre le contenu spirituel des promesses.
Le petit livre de Sophonie a eu une influence restreinte et il n’est utilisé qu’une fois dans le Nouveau Testament, Mt 13.41. Mais la description du Jour de Yahvé, 1.14-18, a inspiré celle de Joël et a fourni au Moyen Âge le début du Dies irae.