Il a été depuis longtemps observé que le thème principal des messages de Jean est le thème de l'amour. Bien sûr il n’y a rien de surprenant ici : car même la dernière conversation du Sauveur pendant la Cène était aussi consacrée notamment à l'amour, cet amour qui devient le signe distinctif des chrétiens et le signe distinctif du...
Il a été depuis longtemps observé que le thème principal des messages de Jean est le thème de l'amour. Bien sûr il n’y a rien de surprenant ici : car même la dernière conversation du Sauveur pendant la Cène était aussi consacrée notamment à l'amour, cet amour qui devient le signe distinctif des chrétiens et le signe distinctif du Royaume. Semblerait-il même avant beaucoup a été dit et écrit sur l'amour, y compris dans les livres bibliques. Alors pourquoi Jésus parle de l'amour, comme «d’un nouveau commandement» ? Et pourquoi l'apôtre répète Ses mots, liant cet amour à la personnalité de Jésus-Christ, à Qui sans confiance il est impossible ?
Bien sûr s'il s'agissait de cet amour, qui était connu longtemps avant l'arrivée au monde du Sauveur, il n’y aurait vraiment rien eu de nouveau dans le commandement sur l'amour. Mais Il dit Lui-même: aimez vous les uns les autres, comme Je vous ai aimé. Ce n'est pas étonnant que l'apôtre lie la possibilité de l'amour chrétien entre les gens à la foi en Jésus-Christ : Sans confiance à Celui, qui a manifesté ce nouvel amour au monde, sans relation avec Lui, sans le fait de vivre avec Lui une même vie du Royaume, personne des hommes ne peut aimer ainsi.
Et le problème ici n’est pas dans l'intensité ou la profondeur de la relation (et l'amour dans ce sens, dans lequel les auteurs des livres bibliques comprennent ce mot, n’est pas l'émotion, mais surtout la relation), mais dans sa nouvelle qualité. Certes l'amour reste l'amour et dans le Royaume, et dans le monde non transformé. Mais dans le monde non transformé il ne peut pas être rien de grand, que la relation. Mais voici dans le Royaume il devient non seulement la relation, mais aussi ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel cette relation naît et se développe. Ce genre de milieu existe aussi dans le monde non transformé, mais ici il reste naturel, psychique (car la psyché est aussi une partie de la nature, bien que tout à fait spéciale).
Mais dans le Royaume, où la nature humaine se transforme, les relations entre les gens ne peuvent plus déjà exister dans un milieu purement naturel, ici elles demandent une médiation spirituelle, puisque le Royaume lui aussi est pénétré par le souffle de Dieu, il est avant tout spirituel, et ensuite naturel. Et l'amour devient ce milieu spirituel, à l'intérieur duquel on construit toutes les relations du Royaume. On pourrait appeler l'amour la principale substance du Royaume, sa propre nature. Et les formes concrètes de l'existence de cette nature sont définies par ces relations de l'amour, qui lient les habitants du Royaume entre eux. Ce n'est pas étonnant que Jean appelle les chrétiens à l'amour : car c’est la même chose que les appeler à vivre la vie du Royaume. Cette seule vie, que l'on peut considérer chrétienne.
En plus de l’évangile, trois épîtres nous ont été conservées par la tradition sous le nom de Jean. Elles offrent avec l’évangile sous sa forme actuelle une telle parenté littéraire et doctrinale qu’il est difficile de ne pas les attribuer au même auteur, probablement ce « Jean l’Ancien » dont parlait Papias (cf. 2 Jn 1 ; 3 Jn 1). La troisième épître est vraisemblablement la première en date ; elle tend à régler un conflit d’autorité qui avait surgi dans une des Églises relevant de l’autorité de Jean. La deuxième épître met en garde une autre Église particulière contre la propagande de faux docteurs niant la réalité de l’Incarnation. Quant à la première épître, de beaucoup la plus importante, elle se présente plutôt comme une lettre encyclique destinée aux communautés d’Asie, menacées par les déchirements des premières hérésies. Jean y a condensé l’essentiel de son expérience religieuse ; partant de thèmes parallèles successifs (lumière, 1 Jn 1.5s ; justice, 1 Jn 2.29s ; amour, 1 Jn 4.7-8s ; vérité, 1 Jn 5.6s), il veut montrer le lien intime qui existe entre notre état d’enfants de Dieu et la rectitude de notre vie morale, considérée comme fidélité au double commandement de la foi en Jésus et de l’amour fraternel (1 Jn 3.23-24). C’est un des écrits du NT les plus marqués par la pensée qui s’exprime dans les écrits de la secte de Qumrân : le double dualisme « lumière-ténèbres » et « vérité-mensonge » (1 Jn 1.5-7 ; 2.9-11 ; 2.21-22) ; le discernement des « esprits » (2 Jn 4.1-6) qui se termine par l’opposition entre « esprit de vérité et esprit d’erreur », comme à Qumrân. Dans l’évangile, une telle influence qumranienne est limitée à de rares passages, spécialement 3.19-21.
1 Jn 2.18-21 fait état d’un schisme qui se serait produit dans les milieux « johanniques ». Face à des dissidents tentés par la gnose, pour qui seul le message du Fils de Dieu compte, l’épître rappelle que le Sauveur du monde (1 Jn 4.14) était aussi un homme de chair (1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7) et de sang (1 Jn 1.7 ; 5.5-6), avec un nom bien humain, Jésus (1 Jn 1.7 ; 2.22 ; 4.3 ; 5.1, 5), et que le disciple doit suivre son exemple (1 Jn 2.6 ; 3.16-18 ; 4.11, 20). De fait, la première épître contient une des affirmations les plus bouleversantes de toute la Bible : « Dieu est Amour » (1 Jn 4.8, 16).