Bible-Centre

Lectionnaire catholique pour le 22 décembre 2015

La Bible de Jérusalem (fr)

1 Samuel, Chapitre 1,  vers 24-28

I. Samuel> 1 1. LES ENFANCES DE SAMUEL, 19 Naissance et consécration de Samuel.
24 Lorsqu’elle l’eut sevré, elle le fit monter avec elle, en même temps qu’un taureau de trois ans, une mesure de farine et une outre de vin, et elle le fit entrer dans le temple de Yahvé à Silo ; l’enfant était tout jeune.
25 Ils immolèrent le taureau et ils conduisirent l’enfant à Éli.
26 Elle dit : « S’il te plaît, Monseigneur ! Aussi vrai que tu vis, Monseigneur, je suis la femme qui se tenait près de toi ici, priant Yahvé.
27 C’est pour cet enfant que je priais et Yahvé m’a accordé la demande que je lui ai faite.
28 À mon tour, je le cède à Yahvé tous les jours de sa vie : il est cédé à Yahvé. » Et, là, il se prosterna devant Yahvé.
Lire la suite:1 Samuel, Chapitre 2
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

24 l) « un taureau de trois ans » grec, syr. ; « trois taureaux » hébr. ; mais cf. v. 25.


28 m) Le verbe est au masc. sing. sans sujet exprimé. Celui-ci peut-être soit Éli à qui Anne vient de s’adresser (v 26-28a), soit Samuel.


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.14 – 2 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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1 Samuel, Chapitre 2

I. Samuel> 1 Cantique d’Anne., 12 Les fils d’Éli., 18 Samuel à Silo., 22 Encore les fils d’Éli., 27 Annonce du châtiment.
1 Anne pria et dit : « Mon cœur exulte en Yahvé,
ma corne s’élève en Yahvé,
ma bouche est large ouverte contre mes ennemis,
car je me réjouis en ton secours.
2 Point de Saint comme Yahvé
(car il n’y a personne excepté toi),
point de Rocher comme notre Dieu.
3 Ne multipliez pas les paroles hautaines,
que l’arrogance ne sorte pas de votre bouche.
car Yahvé est un Dieu plein de savoir
et par lui les actions sont pesées.
4 L’arc des puissants est brisé,
mais les défaillants se ceignent de force.
5 Les rassasiés s’embauchent pour du pain,
mais les affamés cessent de travailler.
La femme stérile enfante sept fois,
mais celle qui a de nombreux fils se flétrit.
6 C’est Yahvé qui fait mourir et vivre,
qui fait descendre au shéol et en remonter.
7 C’est Yahvé qui appauvrit et qui enrichit,
qui abaisse et aussi qui élève.
8 Il retire de la poussière le faible,
du fumier il relève le pauvre,
pour les faire asseoir avec les nobles
et leur assigner un siège d’honneur ;
car à Yahvé sont les piliers de la terre,
sur eux il a posé le monde.
9 Il garde les pas de ses fidèles,
mais les méchants disparaissent dans les ténèbres
(car ce n’est pas par la force que l’homme triomphe).
10 Yahvé, ses ennemis sont brisés,
le Très-Haut tonne dans les cieux.
Yahvé juge les confins de la terre,
il donne la force à son Roi,
il élève la corne de son Oint. »
11 Elqana partit pour Rama, dans sa maison, mais l’enfant était au service de Yahvé, en présence du prêtre Éli.
12 Or les fils d’Éli étaient des vauriens ; ils ne connaissaient pas Yahvé.
13 Tel était le droit des prêtres à l’égard du peuple : si quelqu’un offrait un sacrifice, le ser vant du prêtre venait pendant qu’on cuisait la viande, tenant une fourchette à trois dents,
14 il piquait dans le chaudron ou dans la marmite ou dans la terrine ou dans le pot, et le prêtre s’attribuait tout ce que ramenait la fourchette ; on agissait ainsi avec tous les Israélites qui venaient là, à Silo.
15 Et même, on n’avait pas encore fait fumer la graisse que le servant du prêtre venait et disait à celui qui sacrifiait : « Donne de la viande à rôtir pour le prêtre, il n’acceptera pas de toi de la viande bouillie, seulement de la viande crue. »
16 Et si cet homme lui disait : « Qu’on fasse d’abord fumer la graisse, puis prends pour toi à ta guise », il répondait : « Non, c’est maintenant que tu dois donner, sinon je prends de force. »
17 Le péché des jeunes gens était très grand devant Yahvé, car les hommes méprisaient l’offrande faite à Yahvé.
18 Samuel était au service de la face de Dieu, servant revêtu de l’éphod de lin.
19 Sa mère lui faisait un petit manteau qu’elle lui apportait chaque année, lorsqu’elle montait avec son mari pour offrir le sacrifice annuel.
20 Éli bénissait Elqana et sa femme et disait : « Que Yahvé t’accorde une descendance de cette femme en vertu de la demande que l’on a faite pour Yahvé », et ils s’en allaient chez eux.
21 Yahvé visita Anne, elle conçut et elle mit au monde trois fils et deux filles ; le jeune Samuel grandissait avec Yahvé.
22 Éli était très âgé, mais il entendait parler de tout ce que ses fils faisaient envers Israël et qu’ils couchaient avec les femmes qui se tenaient à l’entrée de la tente de la rencontre.
23 Il leur dit :« Pourquoi faites-vous de pareilles choses, de mauvaises choses dont j’entends parler par tout le peuple ?
24 Non, mes fils, elle n’est pas belle la rumeur que j’entends le peuple de Yahvé colporter.
25 Si un homme pèche contre un autre homme, Dieu sera l’arbitre, mais si c’est contre Yahvé que pèche un homme, qui intercédera pour lui ? » Cependant ils n’écoutèrent pas la voix de leur père. C’est qu’il avait plu à Yahvé de les faire mourir.
26 Quant au jeune Samuel, il progressait en taille et en beauté tant auprès de Yahvé qu’auprès des hommes.
27 Un homme de Dieu vint chez Éli et lui dit : « Ainsi parle Yahvé. Me suis-je vraiment révélé à la maison de ton père quand ils étaient en Égypte, appartenant à la maison de Pharaon ?
28 L’ai-je choisie parmi toutes les tribus d’Israël pour devenir mon prêtre, pour monter à mon autel, pour faire fumer l’encens et pour porter l’éphod devant moi ? J’ai donné à la maison de ton père tous les mets consumés des Israélites.
29 Pourquoi piétinez-vous mon sacrifice et mon offrande que j’ai prescrits dans la Demeure ? Pourquoi honores-tu tes fils plus que moi, en vous engraissant du meilleur de toutes les offrandes d’Israël, mon peuple ?
30 C’est pourquoi — oracle de Yahvé, Dieu d’Israël — j’avais bien dit que ta maison et la maison de ton père marcheraient en ma présence pour toujours, mais maintenant — oracle de Yahvé — je m’en garderai ! Car j’honore ceux qui m’honorent et ceux qui me méprisent sont déconsidérés.
31 Voici que des jours viennent où j’abattrai ton bras et le bras de la maison de ton père, en sorte qu’il n’y ait pas de vieillard dans ta maison.
32 Tu regarderas un rival dans la Demeure, ainsi que tout le bien qu’il fera à Israël, et il n’y aura pas de vieillard dans ta maison, à jamais.
33 Près de mon autel je maintiendrai l’un des tiens, pour que ses yeux se consument et que tu sois affligé, mais tout l’ensemble de ta maison mourra à l’âge adulte.
34 Tel sera pour toi le signe : ce qui arrivera à tes deux fils, Hophni et Pinhas ; le même jour, ils mourront tous deux.
35 Je me susciterai un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et mon désir, je lui bâtirai une maison stable et il marchera toujours en présence de mon oint.
36 Alors quiconque subsistera de ta maison viendra se prosterner devant lui pour avoir une piécette d’argent et une galette de pain, et dira : « Je t’en prie, attache-moi à une fonction sacerdotale, pour que j’aie un morceau de pain à manger. » »
Lire la suite:1 Samuel, Chapitre 3
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

1 n) Ce cantique a été appelé « le prototype du Magnificat », mais l’accent du Magnificat est beaucoup plus personnel. C’est un psaume de l’époque monarchique qui traduit l’espérance des « pauvres », cf. So 2.3, et se termine par l’évocation du Roi-Messie. Il a été mis dans la bouche d’Anne à cause de l’allusion du v. 5 à la « femme stérile ». — Texte corrigé aux vv. 1, 3, 5, 10.


5 o) « De travailler » (`abod) conj. ; « jusqu’à » (`ad) hébr.


10 p) « Le Très Haut » (`elyôn) conj. ; « contre lui » (’alaw) hébr.


13 q) Les fils d’Éli ne tiennent pas compte des règles qui fixaient la part des prêtres, cf. Lv 7.28s ; Nb 18.8s ; Dt 18.3-5.


17 r) Le blâme s’étend à l’ensemble des Israélites qui acceptent la situation créée par les fils d’Éli.


18 s) La formule est proche de celle de 2.11, mais souligne déjà le lien entre Yahvé et Samuel. L’éphod de lin est normalement un vêtement sacerdotal, cf. 22.18 ; 2 S 6.14. Le texte voudrait-il laisser entendre que Samuel était prêtre ? La suite du texte ne le dit pas. C’est sans doute une autre manière de dire que Samuel l’emporte sur Éli et ses fils.


20 t) Littéralement « à la place de la demande ». Le vieux prêtre ratifie au nom de Dieu la demande d’Anne.


22 u) Le second reproche accable un peu plus le sacerdoce de Silo en reprenant une expression d’Ex 38.8, mais il est absent du grec.


23 v) La précision « de mauvaises choses » est propre à l’hébr. qui porte ainsi un jugement sur la conduite des fils d’Éli et se présente comme une glose.


25 w) Comme ailleurs dans la Bible, Ex 4.21 ; Jos 11.20 ; Isa 6.9-10, etc., l’endurcissement du pécheur est rapporté à Yahvé comme à la cause première. Mais cette manière de parler ne prétend nullement nier la liberté humaine.


27 x) Cet épisode est une insertion tardive, il fait double emploi avec 3.11-14. La mort d’Hophni et de Pinhas, 4.11, ne sera que le « présage », v. 34, des malheurs futurs annoncés au v. 33 massacre des prêtres de Nob, descendants d’Éli, 22.18-19, sauf Ébyatar, 22.22-23, qui sera destitué par Salomon, 1 R 2.27 ; au v. 35, substitution de la famille de Sadoq qui, à partir de Salomon, gardera la faveur du roi, « l’oint du Seigneur »; mais le v. 36 ne correspond pas à la situation décrite en 2 R 23.9 et la composition pourrait être antérieure au règne de Josias.


28 y) Ce n’est pas un vêtement qu’on ceint, comme l’éphod du v. 18, c’est un objet qu’on « porte » ou qu’on « apporte », 14.3 ; 23.6 ; 30.7, et qui contient les sorts sacrés par lesquels on consulte Yahvé, 14.18s ; 23.9s ; 30.8, voir 14.41. Il apparaît à l’époque des Juges, Jg 17.5 ; 18.14s (l’éphod de Gédéon, Jg 8.26s, sera condamné comme un symbole idolâtrique) et il n’est plus mentionné dans les récits postérieurs à David (une allusion en Os 3.4).


29 z) Terme dépourvu de préposition qui semble être une désignation poétique du sanctuaire de Jérusalem, cf. Ps 26.8 ; 68.6.


30 a) La promesse de Dieu est ici mise en question par le péché des prêtres de Silo.


33 b) Littéralement « ta vie te consumera ».


Les livres de Samuel ne formaient qu’un seul ouvrage dans la Bible hébraïque. La division en deux livres remonte à la traduction grecque, qui a également joint Samuel et Rois sous un même titre : les quatre livres des Règnes ; la Vulgate les appelle les quatre livres des Rois. Le Samuel hébreu correspond aux deux premiers. Ce titre provient de la tradition qui attribuait au prophète Samuel la composition de cet écrit.

Le texte est l’un des plus mal conservés de l’Ancien Testament. La traduction grecque des Septante donne un texte assez souvent différent, qui remonte à un prototype dont les grottes de Qumrân ont livré d’importants fragments. Il existait donc plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel.

On y distingue cinq parties : a) Samuel, 1 S 1-7 ; b) Samuel et Saül, 1 S 8-15 ; c) Saül et David, 1 S 16 à 2 S 1 ; d) David, 2 S 2-20 ; e) suppléments, 2 S 21-24.

L’ouvrage combine ou juxtapose des sources et des traditions diverses sur les débuts de la période monarchique. Il y a une histoire de l’arche et de sa captivité chez les Philistins, 1 S 4-6, où Samuel ne paraît pas et qui se continuera dans 2 S 6. Elle est encadrée par un récit de l’enfance de Samuel, 1 S 1-3, et par un récit qui présente Samuel comme le dernier des Juges et anticipe la libération du joug philistin, 7. Samuel joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’institution de la royauté, 1 S 8-12, où l’on a distingué depuis longtemps deux groupes de traditions : 1 S 9 ; 10.1-16 ; 11 d’une part et 1 S 8 ; 10.17-24 ; 12 d’autre part. On a appelé le premier groupe une version « monarchiste » de l’événement et le second, une version « anti-monarchiste »; cette dernière serait postérieure. En fait, les deux traditions sont anciennes et représentent seulement des tendances différentes ; de plus, le second courant n’est pas si « anti-monarchiste » qu’on le dit, il est seulement opposé à une royauté qui ne respecterait pas les droits de Dieu. Les guerres de Saül contre les Philistins sont racontées dans 13-14, avec une première version du rejet de Saül, 13.7b-15a ; une seconde version de ce rejet est donnée dans 15, en liaison avec une guerre contre les Amalécites. Ce rejet prépare l’onction de David par Samuel, 1 S 16.1-13. Sur les débuts de David et ses démêlés avec Saül, des traditions parallèles et, semble-t-il, également anciennes ont été recueillies dans 1 S 16.14 – 2 S 1, où les doublets sont fréquents. La fin de cette histoire se trouve dans 2 S 2-5 : la royauté de David à Hébron, la guerre philistine et la prise de Jérusalem assurent la confirmation de David comme roi sur tout Israël, 2 S 5.12. Le chap. 6 reprend l’histoire de l’arche ; la prophétie de Natân, 7, est ancienne mais a été remaniée ; le chap. 8 est un sommaire rédactionnel. À partir de 2 S 9 commence un long récit qui ne s’achèvera qu’au début des Rois, 1 R 1-2. C’est l’histoire de la famille de David et des luttes autour de la succession au trône, écrite dans la première moitié du règne de Salomon peut-être en utilisant des témoignages directs. Elle est interrompue par 2 S 21-24, qui rassemble des pièces d’origine diverse sur le règne de David.

En dehors de la grande histoire de 2 S 9-20, il est possible que d’autres ensembles aient été constitués dès les premiers siècles de la monarchie : un premier cycle de Samuel, deux histoires de Saül et de David. Il se peut aussi que ces ensembles aient déjà été combinés aux environs de l’an 700, mais les livres ne reçurent leur forme définitive que dans la grande histoire deutéronomiste. Cependant l’influence du Deutéronome est ici beaucoup moins apparente que dans Juges et Rois. On la décèle en particulier dans les premiers chapitres de l’ouvrage, notamment 1 S 2.22-36 ; 7 et 12, peut-être dans un remaniement de la prophétie de Natân, 2 S 7, mais le récit de 2 S 9-20 a été conservé à peu près sans retouche.

Les livres de Samuel couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David. L’expansion des Philistins – la bataille d’Apheq, 1 S 4, se situe vers 1050 – mettait en danger l’existence même d’Israël et imposa la monarchie. Saül, vers 1030, débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnaissance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente : la royauté est née. La guerre de libération commence et les Philistins sont rejetés chez eux, 1 S 14 ; les rencontres ultérieures se font en bordure du territoire israélite, 1 S 17 (Vallée du Térébinthe), 28 et 31 (Gelboé). Ce dernier combat tourne au désastre et Saül y meurt, vers 1010. L’unité nationale est à nouveau compromise, David est sacré roi à Hébron par les Judéens, et les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie. Cependant, le meurtre d’Ishbaal rend l’union possible et David est reconnu comme roi par Israël.

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Luc, Chapitre 1,  vers 46-56

I. Naissance et vie cachée de Jean-Baptiste et de Jésus> 46 Le cantique de Marie.
46 Marie dit alors :« Mon âme exalte le Seigneur,
47 et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
48 parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante.
Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
49 car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Saint est son nom,
50 et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
51 Il a déployé la force de son bras,
il a dispersé les hommes au cœur superbe.
52 Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
53 Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
54 Il est venu en aide à Israël, son serviteur,
se souvenant de sa miséricorde
,
55 — selon qu’il l’avait annoncé à nos pères —
en faveur d’Abraham et de sa postérité à jamais ! »
56 Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Lire la suite:Luc, Chapitre 1
Notes:
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Commentaire sur le livre
Notes sur la partie

46 z) « Marie » et non « Élisabeth », var. sans appui suffisant. — Le cantique de Marie s’inspire du cantique d’Anne, 1 S 2.1-10, et de beaucoup d’autres passages de l’AT. Outre les principaux rapprochements littéraires soulignés par les références marginales, on remarquera les deux grands thèmes : 1° des pauvres et petits secourus au détriment des riches et puissants, So 2.3, cf. Mt 5.3 ; 2° d’Israël objet de la faveur de Dieu, cf. Dt 7.6, etc., depuis la promesse faite à Abraham, Gn 15.1 ; 17.1. Luc a dû trouver ce cantique dans le milieu des « pauvres », où il était peut-être attribué à la Fille de Sion ; il a jugé convenable de le mettre sur les lèvres de Marie, en l’insérant dans son récit en prose.


56 a) Marie demeura probablement auprès d’Élisabeth jusqu’à la naissance et la circoncision de Jean. Luc épuise son sujet avant de passer à un autre. Cf. 1.64-67 ; 3.19-20 ; 8.37-38.


Le mérite particulier du troisième évangile lui vient de la personnalité très attachante de son auteur, qui y transparaît sans cesse. Saint Luc est un écrivain de grand talent et une âme délicate. Il a mené son œuvre de façon originale, avec un souci d’information et d’ordre, 1.3. Ce n’est pas à dire qu’il ait pu donner aux matériaux reçus de la tradition un arrangement plus «sp;historique » que Matthieu et Marc ; son respect des sources et sa façon de les juxtaposer ne le lui permettaient pas. Son plan reprend les grandes lignes de celui de Marc avec quelques transpositions, ou omissions. Des épisodes sont déplacés, 3.19-20 ; 4.16-30 ; 5.1-11 ; 6.12-19 ; 22.31-34, etc., tantôt par soucis de clarté et de logique, tantôt par influence d’autres traditions, parmi lesquelles il faut noter celle qui se reflète également dans le quatrième évangile. D’autres épisodes sont omis, soit comme moins intéressants pour les lecteurs païens, cf. Mc 12.28-34, à comparer Lc 10.25-28. On remarquera surtout l’absence d’un correspondant à Mc 6.45-8.26. La différence la plus notable par rapport au deuxième évangile est la longue section médiane 9.51-18.14, qui est présentée sous la forme d’une montée vers Jérusalem à l’aide de notations répétées, 9.51 ; 13.22 ; 17.11, cf. Mc 10.1, et où l’on verra moins le souvenir réel de différents voyages que l’insistance voulue sur une idée théologique chère à Luc : la Ville sainte est le lieu où doit s’accomplir le salut 9.31 ; 13.33 ; 18.31 ; 19.11, c’est là que l’Évangile a commencé, 1.5s, et c’est là qu’il doit finir, 24.52s – par des apparitions et des entretiens qui n’ont pas lieu en Galilée, 24.13-51 ; et comp. 24.6 avec Mc 16.7, Mt 28.7, 16-20 – car c’est de là que doit partir l’évangélisation du monde, 24.47 ; Ac 1.8. Dans un sens plus large, c’est la montée de Jésus (et du chrétien) vers Dieu.

D’autres traits littéraires de Luc sont l’emploi des genres du symposium, 7.36-50 ; 11.37-54 ; 14.1-24, et du discours des adieux, 22.14-38, son goût des parallèles (Jean le Baptiste et Jésus, 1.5-2.52) et des inclusions, et le schéma promesse-accomplissement qui ponctue son récit.

Si l’on poursuit dans le détail la comparaison de Luc avec Marc et Matthieu, on observe sur le vif l’activité toujours en éveil d’un écrivain qui excelle à présenter les choses d’une façon qui lui est propre, évitant ou atténuant ce qui peut froisser sa sensibilité ou celle de ses lecteurs (8.43 comp. Mc 5.26 om. Mc 9.43-48 ; 13.32, etc.), ou bien leur être peu compréhensible (om. Mc 4.13 ; 8.32s ; 9.28s ; 14.50) ou les excluant (Lc 9.45 ; 18.24 ; 22.45), interprétant les termes obscurs (6.15) ou précisant la géographie (4.31 ; 19.28s, 37 ; 23.51), etc. Par ces nombreuses et fines touches, et surtout par le riche apport dû à son enquête personnelle, Luc nous livre les réactions et les tendances de son âme ; ou plutôt, par le moyen de cet instrument de choix, l’Esprit-Saint nous présente le message évangélique d’une façon originale, riche de doctrine. Il s’agit moins d’ailleurs de grandes thèses théologiques (les idées maîtresses sont les mêmes que chez Marc et Matthieu) que d’une psychologie religieuse où l’on trouve, mêlées à une influence très discrète de son maître Paul, les inclinations propres au tempérament de Luc. En vrai « scriba mansuetudinis Christi » (Dante), il aime à souligner la miséricorde de son Maître pour les pécheurs, 15.1s, 7, 10, et à raconter des scènes de pardon, 7.36-50 ; 15.11-32 ; 19.1-10 ; 23.34, 39-43. Il insiste volontiers sur la tendresse de Jésus pour les humbles et les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs sont sévèrement traités, 1.51-53 ; 6.20-26 ; 12.13-21 ; 14.7-11 ; 16.15, 19-31 ; 18.9-14. Cependant même la juste condamnation ne se fera qu’après les délais patients de la miséricorde, 13.6-9 ; comp. Mc 11.12-14. Il faut seulement qu’on se repente, qu’on se renonce, et ici la générosité exigeante de Luc tient à répéter l’exigences d’un détachement décidé et absolu, 14.25-34, notamment par l’abandon des richesses, 6.34s ; 12.33 ; 16.9-13. On notera encore les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière, 11.5-8 ; 18.1-8, et sur l’exemple qu’en a donné Jésus, 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.28. Enfin, comme chez saint Paul et dans les Actes, l’Esprit Saint occupe une place de premier plan que Luc seul souligne en 1.15, 35, 41, 67 ; 2.25-27 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 11.13 ; 24.49. Ceci, avec l’atmosphère de reconnaissance pour les bienfaits divins et d’allégresse spirituelle, qui enveloppe tout le troisième évangile, 2.14 ; 5.26 ; 10.17 ; 13.17 ; 18.43 ; 19.37 ; 24.51s, achève de donner à l’œuvre de Luc cette ferveur qui touche et réchauffe le cœur.

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