Bible-Centre

Lectures orthodoxes pour le 15 juin 2015

La Bible de Jérusalem (fr)

Romains, Chapitre 7,  vers 1-13

Le salut par la foi> 15 Le croyant au service de la justice., 7 B. L’HOMME SANS CHRIST SOUS LE PÉCHÉ, 7 Le rôle passé de la Loi.
Ou bien ignorez-vous, frères — je parle à des experts en fait de loi — que la loi ne s’impose à l’homme que durant sa vie ?
C’est ainsi que la femme mariée est liée par la loi au mari tant qu’il est vivant ; mais si l’homme meurt, elle se trouve dégagée de la loi du mari.
C’est donc du vivant de son mari qu’elle portera le nom d’adultère, si elle devient la femme d’un autre ; mais en cas de mort du mari, elle est si bien affranchie de la loi qu’elle n’est pas adultère en devenant la femme d’un autre.
Ainsi, mes frères, vous de même vous avez été mis à mort à l’égard de la Loi par le corps du Christ pour appartenir à un autre, à Celui qui est ressuscité d’entre les morts, afin que nous fructifiions pour Dieu.
De fait, quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses qui se servent de la Loi opéraient en nos membres afin que nous fructifiions pour la mort.
Mais à présent nous avons été dégagés de la Loi, étant morts à ce qui nous tenait prisonniers, de manière à servir dans la nouveauté de l’esprit et non plus dans la vétusté de la lettre.
Qu’est-ce à dire ? Que la Loi est péché ? Certes non ! Seulement je n’ai connu le péché que par la Loi. Et, de fait, j’aurais ignoré la convoitise si la Loi n’avait dit : Tu ne convoiteras pas !
Mais, saisissant l’occasion, le péché par le moyen du précepte produisit en moi toute espèce de convoitise : car sans la Loi le péché n’est qu’un mort.
Ah ! je vivais jadis sans la Loi ; mais quand le précepte est survenu, le péché a pris vie
10 tandis que moi je suis mort, et il s’est trouvé que le précepte fait pour la vie me conduisit à la mort.
11 Car le péché saisit l’occasion et, utilisant le précepte, me séduisit et par son moyen me tua.
12 La Loi, elle, est donc sainte, et saint le précepte, et juste et bon.
13 Une chose bonne serait-elle donc devenue mort pour moi ? Certes non ! Mais c’est le péché, lui, qui, afin de paraître péché, se servit d’une chose bonne pour me procurer la mort, afin que le péché exerçât toute sa puissance de péché par le moyen du précepte.
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Notes sur la partie

1 g) Paul aborde enfin un thème depuis longtemps présent à sa pensée, 3.20 ; 4.15 ; 5.20 ; 6.14 : l’affranchissement du chrétien par rapport à la Loi, ce qui l’amène à exposer le rôle de la Loi dans le plan de Dieu, cf. 7.7.


1 h) La libération du chrétien, que Paul exprime ailleurs par le thème biblique de la « rédemption », 3.24, ou par le thème grec de l’« affranchissement » des esclaves, 6.15, apparaît aussi souvent chez lui comme une délivrance par la mort. Car la mort libère de la vie ancienne et de ses servitudes, 6.7 ; 7.1-3. Uni par la foi, 1.16, et le baptême, 6.4, au Christ mort et ressuscité, 8: 11, le chrétien est mort au péché, 6.2, 11, cf. 1 P 4.1, à la Loi, 7.6 ; Ga 2.19, aux éléments du monde, Col 2.20, pour vivre sous le régime nouveau de la grâce et de l’Esprit, 8.5-13. De même que l’affranchi appartient à son nouveau maître, 6.15, de même le chrétien ressuscité dans le Christ ne vit plus pour lui-même mais pour le Christ et pour Dieu, 6.11, 13 ; 14.7s ; 2 Co 5.15 ; Ga 2.20.


4 i) Le chrétien est mort à la Loi comme au péché, par « le corps du Christ » mort et ressuscité, cf. 7.1.


5 j) 1° En son sens premier, la « chair » désigne la matière corporelle, 1 Co 15.39 ; cf. Lc 24.39 ; Ap 17.16 ; 19.18, qui s’oppose à l’esprit, 1.9 ; le corps objet de sensation, Col 2.1, 5, particulièrement d’union sexuelle, 1 Co 6.16 ; 7.28 ; Ep 5.29, 31 ; cf. Mt 19.5 ; Jn 1.13 ; Jude 7, d’où résultent la parenté et l’hérédité, 4.1 ; 9.3, 5 ; 11.14 ; cf. He 12.9. La « chair » sert ainsi, selon l’usage biblique de basar, à souligner ce qu’il y a de faiblesse périssable dans la condition humaine, 6.19 ; 2 Co 7.5 ; 12.7 ; Ga 4.13s ; cf. Mt 26.41, et à désigner l’homme dans sa petitesse devant Dieu, 3.20 et Ga 2.16 ; 1 Co 1.29 ; cf. Mt 24.22 ; Lc 3.6 ; Jn 17.2 ; Ac 2.17 ; 1 P 1.24. D’où, pour opposer l’ordre de la nature à celui de la grâce, l’usage des expressions « selon la chair ». 1 Co 1.26 ; 2 Co 1.17 ; Ep 6.5 ; Col 3.22 ; cf. Phm 16 ; Jn 8.15, « la chair et le sang », 1 Co 15.50 ; Ga 1.16 ; Ep 6.12 ; He 2.14 ; cf. Mt 16.17, et « charnel », 15.27 ; 1 Co 3.1, 3 ; 9.11 ; 2 Co 1.12 ; 10.4. — 2° L’Esprit étant le don spécifique de l’ère eschatologique, la « chair » en vient à caractériser l’ère ancienne par opposition à la nouvelle, 9.8 ; Ga 3.3 ; 6.12s ; Ph 3.3s ; Ep 2.11 ; cf. He 9.10, 13 ; Jn 3.6 ; 6.63 ; de même « selon la chair », 1 Co 10.18 ; 2 Co 11.18 ; Ga 4.23, 29 ; cf. 1.3s ; 2 Co 5.16, et « charnel », He 7.16 ; mais cf. 1 Co 10.3s. — 3° Paul insiste particulièrement sur la « chair » comme siège des passions et du péché, 7.5, 14, 18, 25 ; 13.14 ; 2 Co 7.1 ; Ga 5.13, 19 ; Ep 2.3 ; Col 2.13, 18, 23 ; cf. 1 P 2.11 ; 2 P 2.10, 18 ; 1 Jn 2.16 ; Jude 8, 23, vouée à la corruption, 1 Co 15.50 ; Ga 6.8 ; Cf. Jc 5.3 ; Ac 2.26, 31, et à la mort, 8.6, 13 ; 1 Co 5.5 ; 2 Co 4.11 ; cf. 1 P 4.6, au point de la personnifier comme une force du Mal, ennemie de Dieu, 8.7s, et hostile à l’Esprit, 8.4-9, 12s ; Ga 5.16s. Le Christ a brisé cette force en assumant la « chair de péché », 8.3 ; cf. 1 Tm 3.16 ; Jn 1.14 ; 1 Jn 4.2 ; 2 Jn 7, et en la tuant sur la croix, 8.3 ; Ep 2.14-16 ; Col 1.22 ; cf. He 5.7s ; 10.20 ; 1 P 3.18 ; 4.1. Unis à lui, cf. Jn 6.51s, les chrétiens ne sont plus « dans la chair », 7.5 ; 8.9, qu’ils ont crucifiée, Ga 5.24 ; cf. 1 P 4.1, et dépouillée par le baptême, Col 2.11 ; ou plus exactement, s’ils sont encore « dans la chair » tant qu’ils restent dans ce monde ancien, Ph 1.22, 24 ; cf. 1 P 4.2, ils ne lui sont plus asservis, 2 Co 10.3, mais la dominent par leur union au Christ, cf. Ga 2.20 ; Col 1.24.


7 k) La loi est en soi bonne et sainte en ce qu’elle exprime la volonté de Dieu, 7.12-25 ; 1 Tm 1.8 ; elle représente un glorieux apanage d’Israël, 9.4 ; mais cf. 2.14s. Et pourtant elle semble un échec : non seulement les Juifs sont pécheurs, comme les autres, malgré leur Loi, 2.21-27 ; Ga 6.13 ; Ep 2.3, mais encore ils y puisent une confiance en leurs œuvres, 2.17-20 ; 3.27 ; 4.2, 4 ; 9.31s ; Ph 3.9 ; Ep 2.8, qui les ferme à la grâce du Christ, Ga 6.12 ; Ph 3.18 ; cf. Ac 15.1 ; 18.13 ; 21.21. Bref, la Loi est incapable de conférer la justice, Ga 3.11, 21s ; 3.20 ; cf. He 7.19. Avec une dialectique qui reçoit de la polémique un tour paradoxal, Paul explique cet échec apparent par la nature même de la Loi et son rôle dans l’histoire du salut. Lumière qui éclaire l’esprit sans donner la force intérieure, la Loi (mosaïque, mais aussi toute loi et déjà le « précepte » donné à Adam, cf. vv. 9-11) est impuissante à faire éviter le péché ; elle le favorise plutôt. Sans en être elle-même la source, elle se fait son instrument en excitant la convoitise, 7.7s ; par l’information de l’esprit elle aggrave la faute en en faisant une « transgression », 4.15 ; 5.13 ; enfin, elle n’y remédie que par un châtiment de colère, 4.15 ; de malédiction, Ga 3.10, de condamnation, 2 Co 3.9, et de mort, 2 Co 3.6s, au point qu’elle peut être appelée la « loi du péché et de la mort », 8.2 ; cf. 1 Co 15.56 ; 7.13. Si Dieu a voulu cependant ce système imparfait, cela a été comme un régime transitoire de pédagogue, Ga 3.24, pour donner à l’homme la conscience de son péché, 3.19s ; 5.20 ; Ga 3.19, et l’amener à n’attendre sa justice que de la grâce de Dieu, Ga 3.22 ; 11.32. Transitoire, ce régime doit disparaître pour faire place à l’accomplissement de la Promesse faite antérieurement à Abraham et à sa descendance, Ga 3.6-22 ; 4. Le Christ a mis fin à la Loi, Ep 2.15 ; cf. 10.4, en « l’accomplissant », cf. Mt 3.15 ; 5.17, en tout ce qu’elle a de positif, 3.31 ; 9.31, notamment par sa mort, expression suprême de son amour, 5.8 ; 8.35, 39 ; Ga 2.20 ; Ph 2.5-8 ; par là il en satisfaisait également les exigences à l’égard des pécheurs dont il a voulu se rendre solidaire, Ga 3.13 ; 8.3 ; Col 2.14. Il affranchit les fils de la tutelle du pédagogue, Ga 3.25s. Avec lui ils sont morts à la Loi, Ga 2.19 ; 7.4-6 ; cf. Col 2.20, dont il les a « rachetés », Ga 3.13, pour en faire des fils adoptifs, Ga 4.5. Par l’Esprit de la Promesse, il donne à l’homme nouveau, Ep 2.15, la force intérieure d’accomplir le bien que commandait la Loi, 8.4s. Ce régime de la grâce qui se substitue à celui de la Loi ancienne peut encore être appelé une loi mais c’est la « loi de foi », 3.27, la « loi du Christ », Ga 6.2, la « loi de l’Esprit », 8.2, qui se réduit tout entière à l’amour, Ga 5.14 ; 13.8-10 ; cf. Jc 2.8 ; Jn 13.34, participation à l’amour du Père et du Fils, Ga 4.6 ; 5.5.


9 l) Se plaçant dans le déroulement de l’histoire du salut, Paul parle ici de l’humanité avant le régime de la Loi, cf. 5.13.


13 m) Le péché personnifié, cf. 5.12, remplace le serpent de Gn 3.1 et le diable de Sg 2.24.


Les épîtres aux Galates et aux Romains doivent être traitées ensemble, car elles s’attaquent au même problème, l’une comme la première réaction que provoque une situation concrète, l’autre comme un exposé plus calme et plus complet qui met en ordre les idées suscitées par la polémique. Cette étroite parenté des deux épîtres est une des raisons majeures qui déconseillent de reporter la composition de Ga aux premières années de Paul, avant même le concile de Jérusalem, ainsi que certains l’ont proposé. Il a paru à ceux-ci que la deuxième visite de Paul à Jérusalem, racontée en Ga 2.1-10, devait être la deuxième visite mentionnée par les Actes, Ac 11.30 ; 12.25, non la troisième, Ac 15.2-30 (qui diffère sur plusieurs points du récit de Paul). Celui-ci paraissant d’autre part ignorer le Décret de Ac 15.20, 29 (cf. Ga 2.6), sa lettre devait être antérieure au concile de Jérusalem, et il suffisait pour cela d’admettre que les « Galates » fussent les Lycaoniens et les Pisidiens évangélisés durant le premier voyage missionnaire, l’aller et le retour de Paul expliquant la double visite que paraît supposer Ga 4.13.

Mais tout cela est peu fondé. S’il est vrai que la Lycaonie et la Pisidie ont été politiquement rattachées dès 36-25 av. J.-C. à la Galatie, le langage courant du Ier siècle de notre ère n’en a pas moins continué à réserver cette dernière dénomination à la Galatie proprement dite, sise plus au nord, et il paraît en particulier difficile que leurs habitants aient pu être appelés « Galates », Ga 3.1. D’ailleurs cette supposition difficile n’est nullement exigée. La deuxième visite de Ga 2.1-10 s’identifie fort bien avec la troisième de Ac 15 – avec laquelle elle a de si fortes ressemblances – beaucoup mieux qu’avec la deuxième, Ac 11.30 ; 12.25, si peu importante que Paul a pu la passer sous silence dans son argumentation de Ga, à moins encore qu’elle n’ait pas eu lieu et résulte simplement d’un doublet littéraire de saint Luc (cf. les Actes, Introduction et Ac 11.30). Ainsi l’épître aux Galates est bien postérieure au concile de Jérusalem. Si Paul n’y parle pas du Décret, c’est peut-être que celui-ci est lui-même d’une époque plus tardive (cf. Ac 15.1), circonstance qui expliquerait aussi l’attitude de Pierre blâmée en Ga 2.11-14. Les destinataires sont bien les habitants de la région « galate » parcourue par Paul lors des deuxième et troisième voyages, Ac 16.6 ; 18.23. Et la lettre a pu être écrite d’Éphèse, ou même de Macédoine, entre 54 et 55.

L’épître aux Romains a dû la suivre de près. Paul est à Corinthe (hiver 55-56), sur le point de partir pour Jérusalem d’où il espère se rendre à Rome et de là en Espagne, Rm 15.22-32 ; cf. 1 Co 16.3-6 ; Ac 19.21 ; 20.3. Mais il n’a pas fondé l’Église de Rome et n’est que médiocrement informé sur son compte, peut-être par des gens comme Aquilas, Ac 18.2 ; les quelques allusions de son épître laissent seulement entrevoir une communauté où les convertis du judaïsme et du paganisme risquent de se mésestimer. Aussi juge-t-il à propos, pour préparer sa venue, d’envoyer par sa patronne Phébée, Rm 16.1, une lettre où il expose sa solution du problème judaïsme et christianisme, telle qu’elle vient de mûrir sous le coup de la crise galate. Pour ce faire, il reprend les idées de Ga, mais d’une façon plus ordonnée et nuancée. Autant Ga représente un cri jailli du cœur où l’apologie personnelle, Ga 1.11 – 2.21, se juxtapose à l’argumentation doctrinale, Ga 4.1 – 4.31, et aux avertissements véhéments, Ga 5.1 – 6.18, autant Rm offre un développement continu où quelques grandes sections s’enchaînent harmonieusement à l’aide de thèmes d’abord annoncés et ensuite repris.

Pas plus que des épîtres aux Corinthiens et aux Galates, l’authenticité de l’épître aux Romains n’est sérieusement discutée par personne. Tout au plus a-t-on pu se demander si les ch. 15 et 16 ne lui ont pas été ajoutés après coup. Ce dernier en particulier, avec ses salutations si nombreuses, aurait été primitivement un billet destiné à l’Église d’Éphèse. Mais le chap. 15, en dépit de certains manuscrits, ne peut être détaché du corps de l’épître ; et ceux qui y maintiennent également le chap. 16 font observer que Paul n’adresse jamais de salutations à des individus appartenant aux communautés dans lesquelles il a travaillé. Cela aurait provoqué des jalousies s’il en avait traité différemment certains, dans un groupe dont tous les membres lui étaient connus. La liste de noms du chap. 16 indique qu’il était adressé à une Église que Paul n’avait pas fondée – ce qui exclut Éphèse comme destinataire. Quant à la doxologie Rm 16.25-27, les caractères particuliers de son style ne constituent pas un motif suffisant pour rejeter son authenticité, mais peuvent suggérer une date plus tardive.

Tandis que les épîtres aux Corinthiens opposaient le Christ Sagesse de Dieu à la vaine sagesse du monde, les épîtres aux Galates et aux Romains opposent le Christ Justice de Dieu à la justice que les hommes prétendraient mériter par leurs propres efforts. Là le danger venait de l’esprit grec avec sa confiance orgueilleuse dans la raison ; ici il vient de l’esprit juif, avec sa confiance orgueilleuse en la Loi. Des judaïsants sont venus dire aux fidèles de Galatie qu’ils ne pouvaient être sauvés s’ils ne pratiquaient la circoncision, se plaçant ainsi sous le joug de la Loi, Ga 5.2s. Paul s’oppose de toutes ses forces à ce retour en arrière qui rendrait vaine l’œuvre du Christ, Ga 5.4. Sans nier la valeur de l’économie ancienne, il lui assigne ses justes limites d’étape provisoire dans l’ensemble du plan de salut, Ga 3.23-25. La Loi de Moïse, de soi bonne et sainte, Rm 7.12, a fait connaître à l’homme la volonté de Dieu, mais sans lui donner la force intérieure de l’accomplir ; aussi n’a-t-elle abouti qu’à lui faire prendre conscience de son péché et du besoin qu’il a du secours de Dieu, Ga 3.19-22 ; Rm 3.20 ; 7.7-13. Or ce secours de pure grâce, promis jadis à Abraham avant le don de la Loi, Ga 3.16-18 ; Rm 4, vient d’être accordé en Jésus Christ : sa mort et sa résurrection ont opéré la destruction de l’humanité ancienne, viciée par le péché d’Adam, et la recréation d’une humanité nouvelle dont il est le prototype, Rm 5.12-21. Rattaché au Christ par la foi et animé de son Esprit, l’homme reçoit désormais gratuitement la vraie justice et peut vivre selon la volonté divine, Rm 8.1-4. Sa foi doit bien s’épanouir dans des œuvres bonnes ; mais ces œuvres accomplies par la force de l’Esprit, Ga 5.22-25 ; Rm 8.5-13, ne sont plus ces œuvres de la Loi dans lesquelles le Juif mettait sa confiance. Elles sont accessibles à tous ceux qui croient, fussent-ils venus du paganisme, Ga 3.6-9, 14 ; Rm 4.11. L’économie mosaïque, qui a eu sa valeur d’étape préparatoire, est donc désormais révolue. Les Juifs qui prétendent s’y maintenir se mettent en dehors du vrai salut. Dieu a permis leur aveuglement pour assurer l’accès des païens. Ils ne sauraient cependant déchoir pour toujours de leur élection première, car Dieu est fidèle : quelques-uns d’entre eux, le « petit reste » annoncé par les prophètes, ont cru ; les autres se convertiront un jour, Rm 9-11. Dès maintenant les fidèles du Christ, qu’ils soient d’origine juive ou païenne, doivent ne plus faire qu’un dans la charité et le support mutuel, Rm 12.1 – 15.13. Telles sont les grandes perspectives qui, esquissées dans Ga, sont amplifiées dans Rm et nous valent d’admirables développements sur le passé pécheur de toute l’humanité, Rm 1.18–3.20, et la lutte intérieure en chaque homme, Rm 7.14-25, la gratuité du salut, Rm 3.24 et passim, l’efficacité de la mort et de la résurrection du Christ, Rm 4.24s ; 5.6-11, participées par la foi et le baptême, Ga 3.26s ; Rm 6.3-11, l’appel de tous les hommes à devenir des enfants de Dieu, Ga 4.1-7 ; Rm 8.14-17, l’amour plein de sagesse du Dieu juste et fidèle qui dirige tout le plan du salut avec ses différentes étapes, Rm 3.21-26 ; 8.31-39. Les perspectives eschatologiques demeurent : nous sommes sauvés en espérance, Rm 5.1-11 ; 8.24 ; mais, comme dans les épîtres aux Corinthiens, l’accent est mis sur la réalité du salut déjà commencé : l’Esprit de la Promesse est déjà possédé à titre de prémices, Rm 8.23, dès maintenant le chrétien vit dans le Christ, Rm 6.11, et le Christ vit en lui, Ga 2.20.

L’épître aux Romains représente ainsi l’une des plus belles synthèses de la doctrine paulinienne. Ce n’est pourtant pas une synthèse complète, ce n’est pas toute la doctrine. L’intérêt de premier plan que lui a valu la controverse luthérienne serait dommageable s’il faisait négliger de la compléter par les autres épîtres en l’intégrant dans une synthèse plus vaste.

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Matthieu, Chapitre 9,  vers 36-38

III. La prédication du Royaume des Cieux> 9 Appel de Matthieu., 35 Misère des foules.
36 À la vue des foules il en eut pitié, car ces gens étaient las et prostrés comme des brebis qui n’ont pas de berger.
37 Alors il dit à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux ;
38 priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. »

Matthieu, Chapitre 10,  vers 1-8

III. La prédication du Royaume des Cieux> 1 2. DISCOURS APOSTOLIQUE, 1 Mission des Douze.
Ayant appelé à lui ses douze disciples, Jésus leur donna pouvoir sur les esprits impurs, de façon à les expulser et à guérir toute maladie et toute langueur.
Les noms des douze apôtres sont les suivants : le premier, Simon appelé Pierre, et André son frère ; puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean son frère ;
Philippe et Barthélemy ; Thomas et Matthieu le publicain ; Jacques, le fils d’Alphée, et Thaddée ;
Simon le Zélé et Judas l’Iscariote, celui-là même qui l’a livré.
Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les prescriptions suivantes :
« Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ;
allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.
Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche.
Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
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9:36 j) Image biblique Nb 27.17 ; 1 R 22.17 ; Jdt 11.19 ; Ez 34.5 ; 2 Ch 18.16.


10:1 k) suppose connu le choix des Douze, que Mc et Lc mentionnent explicitement en le distinguant de la mission.


10:2 l) Le catalogue des douze apôtres, cf. Mc 3.14 et Lc 6.13, nous est parvenu sous quatre formes, selon Mt, Mc Lc, et Ac. Il se divise en trois groupes de quatre noms, dont le premier est le même dans toutes les formes Pierre, Philippe et Jacques d’Alphée. Mais l’ordre peut changer à l’intérieur de chaque groupe. Dans le premier groupe, celui des disciples les plus proches de Jésus, et Lc rapprochent les frères Pierre et André, Jacques et Jean ; mais chez Mc Ac, André est reporté au quatrième rang pour céder la place aux deux fils de Zébédée, devenus avec Pierre les trois intimes du Seigneur, cf. Mc 5.37. Plus tard encore, dans Ac, Jacques de Zébédée passera après son frère plus jeune, Jean, devenu plus important, cf. Ac 1.13 ; 12.2, et déjà Lc 8.51 ; 9.28. Dans le deuxième groupe, qui semble avoir eu des affinités spéciales avec les non-Juifs, Matthieu passe au dernier rang dans les listes de et de Ac ; et dans seul il est appelé « le publicain ». Quant au troisième groupe, le plus judaïsant, si Thaddée (var. Lebbée) de Mc est le même que Judas (fils) de Jacques de Lc Ac, il descend chez ces derniers du deuxième au troisième rang. Simon le Zélote de Lc Ac n’est que la traduction grecque de l’araméen Simon Qan’ana de et Mc. Judas Iscariote, le traître, figure toujours en dernier lieu. Son nom est souvent interprété comme « homme de Qerioth », cf. Jos 15.25, mais il pourrait aussi venir de l’araméen sheqarya « le menteur, l’hypocrite ».


10:6 m) Hébraïsme biblique le peuple d’Israël. — Comme héritiers de l’élection et des promesses, les Juifs doivent recevoir les premiers l’offre du salut messianique mais cf. Ac 8.5 ; 13.5.


Les grandes lignes de la vie de Jésus que nous rencontrons chez saint Marc se retrouvent dans l’évangile de saint Matthieu, mais l’accent est mis de façon différente. Le plan d’abord est autre. Récits et discours alternent : 1-4, récit : enfance et début du ministère ; 5-7, discours : sermon sur la montagne (béatitudes, entrée dans le Royaume) ; 8-9, récit : dix miracles montrant l’autorité de Jésus, invitation aux disciples ; 10 : discours missionnaire ; 11-12, récit : Jésus rejeté par « cette génération »; 13, discours : sept paraboles sur le Royaume ; 14-17, récit : Jésus reconnu par les disciples ; 18, discours : la vie communautaire dans l’Église ; 9-22, récit : autorité de Jésus, dernière invitation ; 23-25, discours apocalyptique : malheurs, venue du Royaume ; 26-28, récit : mort et résurrection. On remarquera la correspondance des récits (nativité et vie nouvelle, autorité et invitation, refus et reconnaissance), et le rapport entre le premier et le cinquième discours, et entre le deuxième et le quatrième ; le troisième discours forme le centre de la composition. Comme par ailleurs Matthieu reproduit beaucoup plus complètement que Marc l’enseignement de Jésus (qu’il a en grande partie en commun avec Luc) et insiste sur le thème du « Royaume des Cieux », 3.2 ; 4.17, on peut caractériser son évangile comme une instruction narrative sur la venue du Royaume des Cieux.

Ce Royaume de Dieu (= des Cieux), qui doit rétablir parmi les hommes l’autorité souveraine de Dieu comme Roi enfin reconnu, servi et aimé, avait été préparé et annoncé par l’Ancienne Alliance. Aussi Matthieu, écrivant pour une communauté de chrétiens venus du judaïsme et sans doute discutant avec les rabbins, s’attache-t-il particulièrement à montrer dans la personne et l’œuvre de Jésus l’accomplissement des Écritures. À chaque tournant de son œuvre, il se réfère à l’AT pour prouver comment la Loi et les Prophètes sont « accomplis », c’est-à-dire non seulement réalisés dans leur attente, mais encore menés à une perfection qui les couronne et les dépasse. Il le fait pour la personne de Jésus, confirmant de textes scripturaires sa race davidique, 1.1-17, sa naissance d’une vierge, 1.23, à Bethléem, 2.6, son séjour en Égypte, son établissement à Capharnaüm, 4.14-16, son entrée messianique à Jérusalem, 21.5, 16 ; il le fait pour son œuvre, de guérisons miraculeuses, 11.4-5, d’enseignement qui « accomplit » la Loi, 5.17, en lui donnant une interprétation nouvelle et plus intérieure, 5.21-48 ; 19.3-9, 16-21. Et il ne souligne pas moins fortement comment l’humilité de cette personne et l’échec apparent de cette œuvre se trouvent aussi accomplir les Écritures : le massacre des Innocents, 2.17s, l’enfance cachée de Nazareth, 2.23, la mansuétude compatissante du « Serviteur », 12.17-21 ; cf. 8.17 ; 11.29 ; 12.7, l’abandon des disciples, 26.31, le prix dérisoire de la trahison, 27.9-10, l’arrestation, 26.54, l’ensevelissement durant trois jours, 12.40, tout cela était le dessein de Dieu annoncé par l’Écriture. Et de même l’incrédulité des foules, 13.13-15, et surtout des disciples des pharisiens, attachés à leurs traditions humaines, 15.7-9 et auxquels ne peut être donné qu’un enseignement mystérieux en paraboles, 13.14-15, 35, ceci encore était annoncé par les Écritures. Sans doute les autres synoptiques utilisent-ils aussi cet argument scripturaire, mais Matthieu le renforce notablement, au point d’en faire un trait marquant de son évangile. Ceci, joint à la construction systématique de son exposé, fait de son ouvrage la charte de l’économie nouvelle qui accomplit les desseins de Dieu dans le Christ.

Pour Matthieu Jésus est le Fils de Dieu et Emmanuel, Dieu avec nous dès le début. À la fin de l’évangile, Jésus en tant que Fils de l’homme est doté de toute autorité divine sur le Royaume de Dieu, aux cieux comme sur la terre. Le titre Fils de Dieu revient aux moments décisifs du récit : le baptême, 3.17 ; la confession de Pierre, 16.16 ; la transfiguration, 17.5 ; le procès de Jésus et sa crucifixion, 26.63 ; 27.40, 43, 54. Lié à ce titre-là, on trouve celui de Fils de David (dix fois, ainsi 9.27), en vertu duquel Jésus est le nouveau Salomon, guérisseur et sage. En effet Jésus parle comme la Sagesse incarnée, 11.25-30 et 23.37-39. Le titre Fils de l’homme, qui parcourt l’évangile, culminant à la dernière scène majestueuse, 28.18-20, vient de Dn 7.13-14, où il se trouve en rapport étroit avec le thème du Royaume.

L’annonce de la venue du Royaume entraîne une conduite humaine qui dans Matthieu s’exprime surtout par la poursuite de la justice et l’obéissance à la Loi. La justice, thème préféré de Matthieu (3.15 ; 5.6, 10, 20 ; 6.1, 33 ; 21.32), est ici la réponse humaine d’obéissance à la volonté du Père, plutôt que le don divin du pardon qu’elle est pour saint Paul. La validité de la Loi (Torah) mosaïque est affirmée, 5.17-20, mais son développement par les pharisiens est rejeté en faveur de son interprétation par Jésus, qui insiste surtout sur les préceptes éthiques, sur le Décalogue et sur les grands commandements de l’amour de Dieu et du prochain, et qui parle d’autres sujets (le divorce, 5.31-32 ; 19.1-10) dans la mesure où ils revêtent un aspect moral.

Parmi les évangélistes Matthieu se distingue aussi par son intérêt explicite pour l’Église, 16.18 ; 18.18 (deux fois). Il cherche à donner à la communauté des croyants des principes de conduite et des chefs autorisés. Ces principes sont évoqués dans les grands discours, surtout au chap. 18 qui contient des principes en vue de prendre des décisions et de résoudre des conflits : la sollicitude pour la brebis égarée et pour les petits, le pardon et l’humilité. Matthieu n’a pas le triple ministère des évêques, des presbytres et des diacres, mais il mentionne les sages ou les chefs instruits, et en particulier les apôtres, avec Pierre à leur tête, 10.2, qui participent à l’autorité de Jésus lui-même, 10.40 ; 9.8 ; il mentionne aussi les prophètes, les scribes, les sages, 10.41 ; 13.52 ; 23.34. Comme juge de dernière instance il y a Pierre, 16.19. Puisque le pouvoir, bien que nécessaire, est dangereux, les chefs ont besoin de l’humilité, 18.1-9. Matthieu ne se fait aucune illusion au sujet de l’Église. N’importe qui peut échouer (même Pierre, 26.69-75) ; les prophètes peuvent dire le faux, 7.15 ; dans l’Église saints et pécheurs sont mélangés jusqu’au dernier tri, 13.36-43 ; 22.11-14 ; 25. Néanmoins, les portes de l’Hadès ne prévaudront pas contre elle, 16.18, et elle est envoyée en mission au monde entier, 28.18-20. Le style de vie apostolique ou missionnaire est décrit en 9.36-11.1. Tout l’évangile est encadré par le formulaire selon lequel Dieu est uni avec son peuple par Jésus Christ, Mt 1.23 ; 28.18-20. Les rejetés de l’ancien Israël, 21.31-32, unis aux païens convertis, deviennent de nouveau le peuple de Dieu, 21.43. On comprend que cet évangile si complet et si bien organisé, rédigé dans une langue moins savoureuse mais plus correcte que celle de Marc, ait été reçu et utilisé par l’Église naissante avec une faveur marquée.

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