Dans ses lettres, Paul aborde souvent le thème de l’entraide entre les Églises chrétiennes...
Dans ses lettres, Paul aborde souvent le thème de l’entraide entre les Églises chrétiennes. Dans la lettre aux chrétiens de Corinthe, il mentionne l’aide qu’il a reçue des Églises de Macédoine pendant son ministère dans cette province (v. 1–6). Il ne s’agit manifestement pas seulement de dons, mais aussi de la participation des chrétiens macédoniens à toutes les affaires de Paul qui supposaient un soutien à son activité missionnaire en Macédoine. Et l’apôtre souligne, bien sûr, non sans raison, que ses frères macédoniens se sont donnés eux-mêmes à Dieu et à lui comme ministre de Dieu (v. 5). Pour lui, une telle attitude envers le service est manifestement la véritable attitude des habitants du Royaume.
Du point de vue de notre monde pas encore transfiguré, on ne peut investir tout ce que l’on a, y compris soi-même, que dans une entreprise absolument sûre, garantie sans perte, ce qui n’existe pas dans le monde déchu. Et si l’homme décide de se consacrer à quelque chose sans réserve, il agit manifestement non selon les lois de ce monde, mais selon les lois du Royaume. Mais si, dans d’autres affaires, il peut parfois exister une certaine demi-mesure dans le don de soi, suivant le principe de «ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier», dans le témoignage rendu au Christ et au Royaume, elle est impossible et inadmissible. Ici, c’est tout ou rien.
Et pourtant, de manière paradoxale au premier regard, le don total de soi ne signifie pas ici que celui qui se donne perde tout. La volonté de tout donner se retourne en son contraire: elle se révèle ne pas être aussi pesante qu’elle aurait pu le paraître. Quand chacun est prêt à donner tout ce qu’il possède, il apparaît que, sur le plan matériel, personne ne lui demande «tout»; au contraire, à cet égard, s’établit finalement un certain équilibre, où personne ne manque de rien, même si, manifestement, personne ne vit non plus dans le luxe (v. 11–15). Mais il ne s’agit pas seulement d’une juste répartition des biens matériels. Pour l’apôtre, une telle entraide des Églises n’est rien d’autre que la projection des relations du Royaume dans la sphère matérielle. Car c’est seulement dans le Royaume qu’en donnant tout, on reçoit infiniment plus que ce que l’on a donné. Et le fait que les lois du Royaume puissent déterminer les relations des hommes dans notre monde, certes en cours de transfiguration mais pas encore transfiguré jusqu’au bout, était une preuve visible que le Royaume, selon la parole du Sauveur, s’est réellement «approché», approché au point de pouvoir déjà déterminer les relations des hommes dans notre monde, pourvu que les hommes eux-mêmes le veuillent.
1 g) Sur cette collecte, particulièrement chère à Paul, cf. 1 Co 16.1.
2 h) Paul exhorte les Corinthiens à la générosité au moyen de thèmes qui lui sont chers la pauvreté source d’enrichissement pour les autres, ici et 2 Co 6.10, à l’exemple du Christ, 2 Co 8.9 ; cf. 2 Co 1.7, le don de Dieu, 2 Co 8.1, suscitant le don des chrétiens, 2 Co 8.5 ; cf. 2 Co 9.8s.
7 i) Var. « charité pour nous qui nous unit à vous ».
9 j) Ou encore « la grâce ».
9 k) Le Christ est devenu « pauvre » en acceptant l’appauvrissement radical d’une mort dégradante dans laquelle tout lui était arraché. Bien qu’innocent, il a accepté le châtiment assigné aux pécheurs, 1 Co 5.2. Ses « richesses », ce sont les faveurs divines, la communion parfaite avec le Père. Le même contraste entre la vie de Jésus, telle qu’elle s’est déroulée et telle qu’elle aurait pu être, apparaît en Ph 2.6-7. — Noter la motivation des comportements chrétiens par l’exemple du Christ, caractéristique de la morale paulinienne Rm 14.8 ; Ep 5.1, 25 ; Ph 2.5, etc., cf. 2 Th 3.7.
14 l) Paul ne demande aux Corinthiens que leur superflu, alors que les chrétiens de Macédoine dans leur « profonde pauvreté » ont donné « au-delà de leurs moyens », vv. 2-3. Cf. Mc 12.41-44. Mais en leur donnant l’exemple du Christ, v. 9, Paul les invite discrètement à imiter la générosité de leurs frères macédoniens.
14 m) Soit en biens matériels dans un avenir possible où la situation sera renversée, soit plutôt en biens spirituels dès maintenant, cf. 2 Co 9.14 ; Rm 15.27.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.