Poursuivant son propos sur le Royaume et sur la vie du Royaume, Paul rappelle de nouveau aux frères corinthiens que...
Poursuivant son propos sur le Royaume et sur la vie du Royaume, Paul rappelle de nouveau aux frères corinthiens que la vie spirituelle exige une décision ferme et une appréciation spirituelle et morale sans ambiguïté des actes humains, qu’ils soient justes ou pécheurs (v. 14–18). Ces paroles font écho, sans aucun doute, aux paroles du Sauveur lui-même sur l’impossibilité de servir deux maîtres, lesquelles résumaient à leur tour l’enseignement, traditionnel dans le yahvisme et le judaïsme, sur les deux voies: la voie du péché et la voie de la justice.
Mais Paul ne se limite pas à rappeler des choses que les chrétiens de Corinthe auraient dû connaître aussi bien que lui. Pour lui, le principal problème n’est pas moral à proprement parler, mais spirituel. Ici encore, Paul suit pourtant la tradition: du point de vue de la Torah aussi, ce qu’il y a de plus terrible dans le péché n’est pas son immoralité, mais le fait qu’il sépare le pécheur de Dieu, dressant entre eux un mur impossible à détruire sans repentir et nouvelle conversion. L’apôtre, lui, déplace l’accent des relations entre l’homme et Dieu vers les relations entre les habitants du Royaume, que l’on ne peut pourtant guère considérer indépendamment de leurs relations avec Dieu.
Il dit à ses frères corinthiens que, à cause des péchés qu’ils commettent, il se sent à l’étroit dans leurs cœurs, alors que son propre cœur et ceux de ses compagnons sont assez larges pour ne connaître aucune étroitesse (v. 11–12). Mais, ajoute l’apôtre, «comme à des fils, la rétribution correspondante s’étendra à vous» (v. 13), si bien que ceux dont les cœurs sont étroits ne pourront pas sentir la largeur de cœur qu’ils auraient pu trouver chez Paul autrement. Même devenu habitant du Royaume, l’homme soumis à l’action de ce mal dans lequel demeure, jusqu’au retour du Sauveur, notre monde pas encore transfiguré, ne reçoit dans son cœur que la mesure de vie du Royaume définie par sa résolution à résister à ce mal. Alors l’indécision de l’homme sur le chemin spirituel, la tentative de servir deux maîtres, le prive non seulement lui-même de la plénitude de la vie du Royaume, mais prive aussi les autres de la possibilité d’une communion complète avec un chrétien aussi indécis.
C’est pourquoi Paul se sent à l’étroit dans le cœur de certains de ses frères corinthiens. Et il le leur dit directement, désirant peut-être rappeler le temps où rien ne faisait obstacle à leur unité spirituelle. Le temps où ils respiraient sans doute à pleins poumons le souffle du Royaume, comme il convient aux chrétiens.
11 y) Littéralement « Notre bouche s’est ouverte vers (ou pour) vous ».
14 z) Certains considèrent 2 Co 6.14—7.1 comme une interpolation étrangère au contexte. En fait ce paragraphe est parfaitement à sa place si l’on admet que pour Paul, les « infidèles » sont ceux qui, à Corinthe, trahissaient leur foi par leur comportement. Bien que croyants, ils avaient affaire aux idoles et aux démons, 1 Co 8.10, 10.20.
16 a) Var. « vous qui êtes ». Cf. Rm 12.1 ; 1 Co 3.16.
Tandis qu’il écrivait les épîtres aux Thessaloniciens, Paul évangélisait Corinthe durant plus de dix-huit mois, Ac 18.1-18, du printemps 50 à la fin de l’été 51. Selon sa coutume d’agir dans les grands centres, il voulait implanter la foi au Christ dans ce port fameux très peuplé, d’où elle rayonnerait dans toute l’Achaïe, 2 Co 1.1 ; 9.2. De fait, il réussit à y établir, surtout dans les couches modestes de la population, 1 Co 1.26-28, une forte communauté. Mais cette grande ville était un foyer de culture grecque, où s’affrontaient des courants de pensée et de religion fort divers. Le contact de la jeune foi chrétienne avec cette capitale du paganisme devait poser pour les néophytes bien des problèmes délicats. C’est à les résoudre que s’emploie l’Apôtre dans les deux lettres qu’il leur écrit.
La genèse de ces deux épîtres est assez claire, en dépit de quelques points douteux. Une première lettre « précanonique », 1 Co 5.9-13, de date incertaine, n’a pas été conservée. Plus tard, durant le séjour qu’il fit à Éphèse au cours du troisième voyage, durant juste un peu plus de deux ans (52-54), Ac 19.1 ; 20.1, des questions apportées par une délégation de Corinthiens, 1 Co 16.17, auxquelles s’ajoutaient des informations reçues par le moyen d’Apollos, Ac 18.27s ; 1 Co 16.12, et des « gens de Chloé », 1 Co 1.11, poussèrent Paul à écrire une nouvelle lettre, qui est notre 1 Co, aux environs de Pâques 54 (1 Co 5.7s ; 16.5-9). Peu après, une crise dut se produire à Corinthe, où Timothée joua probablement un rôle, (1 Co 4.17 ; 16.10-11) et qui l’obligea à y faire une visite rapide et pénible, 2 Co 1.23–2.1, au cours de laquelle il promit de revenir bientôt, 2 Co 1.15-16. En fait, il ne revint pas et remplaça cette visite par une lettre sévère et écrite « parmi bien des larmes », 2 Co 2.3s, 9, qui produisit un effet salutaire, 2 Co 7.8-13. C’est en Macédoine, après avoir quitté Éphèse à la suite de crises très graves mal connues de nous, 1 Co 15.32 ; 2 Co 1.8-10 ; Ac 19.23-40, que Paul apprit de Tite cet heureux résultat, 2 Co 1.12s ; 7.5-16 ; et c’est alors qu’il écrivit les deux parties de 2 Co, pendant le printemps et l’été de 55. Il devait ensuite repasser par Corinthe, Ac 20.1s, cf. 2 Co 9.5 ; 12.14 ; 13.1, 10, pour de là remonter à Jérusalem et y être fait prisonnier.
Selon certains, 2 Co serait une compilation de plusieurs lettres – jusqu’à cinq – envoyées par Paul à Corinthe en différentes occasions. D’autres, moins impressionnés par les transitions difficiles que cette théorie cherche à expliquer, admettent cependant que les chap. 10-13 ne peuvent être la suite de 1-9. Il est psychologiquement impossible que Paul passe brutalement de la célébration de la réconciliation des chap. 1-9 à l’admonestation amère et aux justifications sarcastiques des chap. 10-13. On a suggéré que les chap. 10-13 pourraient être l’épître écrite dans les larmes, à cause de leur ton sévère, mais cela ne convient guère au contexte. L’épître écrite dans les larmes a été provoquée par la conduite d’un individu, 2 Co :2.5-8, or il n’y est même pas fait allusion dans les chap. 10-13, qui parlent du tort fait aux communautés par les faux apôtres. Il est donc plus probable que ces chapitres ont été déterminés par une détérioration de la situation à Corinthe après l’envoi des chap. 1-9.
Si ces épîtres apportent sur l’âme de Paul et sur ses relations avec ses convertis des lumières d’un extrême intérêt, leur importance doctrinale n’est pas moindre. Nous y trouvons, surtout dans 1 Co, des informations et des décisions sur bien des problèmes cruciaux du christianisme primitif, aussi bien dans sa vie intérieure : pureté des mœurs, 1 Co :5.1-13 ; 6.12-20, mariage et virginité, 1 Co 7.1-40, tenue des assemblées religieuses et célébration de l’eucharistie, 11-12, usage des charismes, 1 Co 12.1–14.40, – que dans ses rapports avec le monde païen : appel aux tribunaux, 1 Co 6.1-11, viandes offertes aux idoles 8-10. Ce qui aurait pu n’être que cas de conscience ou règlements de liturgie devient, grâce au génie de Paul, occasion de vues profondes sur la vraie liberté de la vie chrétienne, la sanctification du corps, le primat de la charité, l’union au Christ. La défense de son apostolat, 2 Co 10-13, lui inspire des pages splendides sur la grandeur du ministère apostolique, 2 Co 2.12 – 6.10 ; et le sujet très concret de la collecte, 2 Co 8-9, est illuminé par l’idéal de l’union entre les Églises. L’horizon eschatologique est toujours présent et sous-tend tout l’exposé sur la résurrection de la chair, 1 Co 15. Mais les descriptions apocalyptiques de 1 Th et 2 Th font place à une discussion plus rationnelle qui justifie cette espérance difficile pour des esprits grecs. Cette adaptation de l’Évangile au monde nouveau où il pénètre se manifeste surtout dans l’opposition de la folie de la Croix à la sagesse hellénique. Aux Corinthiens qui se divisent en s’opposant leurs différents maîtres et leurs talents humains, Paul rappelle qu’il n’y a qu’un seul maître, le Christ, un seul message, le salut par sa croix, et que là est la seule et vraie Sagesse, 1 Co 1.10 – 4.13. Ainsi, par la force des choses et sans renier les perspectives eschatologiques, il est amené à insister davantage sur la vie chrétienne présente, comme union au Christ dans la vraie connaissance qui est celle de la foi. Cette vie que donne la foi, il va l’approfondir encore, et, cette fois, par rapport au judaïsme, à la suite de la crise galate.