Dans le monde chrétien, il existe une sorte de « sujet rebattu » — l’œcuménisme. Que dire, la division de l’Église est un lourd problème, porteur...
Dans le monde chrétien, il existe une sorte de « sujet rebattu » — l’œcuménisme. Que dire, la division de l’Église est un lourd problème, porteur à la fois de douleur et de scandale. Or les paroles de l’apôtre Paul d’aujourd’hui parlent précisément des divisions : prenez garde à ceux qui causent divisions et scandales. Le second mot sonne dans l’original skandala, et il est entré dans notre langue moderne sans traduction. Le danger des divisions et des scandales, principalement des règlements de comptes du type « tu n’es pas dans le vrai », existait donc déjà vers l’an 58 apr. J.-C., lorsque l’épître fut écrite. L’apôtre dit que les gens qui sèment les querelles se servent eux-mêmes, et non le Christ.
Nous pensons parfois que telle ou telle division peut être justifiée et comprise. Non, elle ne le peut pas. Quand, dans une famille, un règlement de comptes scandaleux mène au divorce, c’est un malheur et un péché. Dans l’Église, c’est la même chose. C’est une pensée blessante pour les chrétiens de toutes les confessions. Sur ce même sujet, il y a encore ces paroles du même apôtre Paul : « vous, les spirituels, redressez un tel homme dans un esprit de douceur » (Ga 6,1). Elles sont blessantes elles aussi, parce que nous sommes souvent coupables à l’égard de ces paroles. Dans un scandale, il y a toujours au moins deux parties. Je crains qu’il faille considérer les deux comme scandaleuses.
Mais voici ce qui est important : l’œcuméniste s’attend à entendre ici de l’apôtre quelque chose comme « admonestez-les, afin que vous restiez ensemble » ; l’anti-œcuméniste : « livrez-les à Satan ». Or l’apôtre dit : « éloignez-vous d’eux », et c’est une traduction absolument exacte du grec ekklinete. Éloignez-vous, parce que ce n’est pas là votre chemin. Où est-il donc ? L’apôtre souhaite aux destinataires de l’épître d’être sages pour le bien et akeraious, purs, intacts pour le mal. Le mot « simples » dans les traductions russe et slavonne n’est pas l’antonyme de la sagesse. Il s’agit de progresser dans le bien et de se garder du mal : « Petits enfants, gardez-vous des idoles » (1 Jn 5,21). Le chemin de l’unité dans l’Église ne consiste pas tant à régler les relations puis à les rétablir. Le chemin de l’unité est le progrès dans le bien. L’Église suit toujours ce chemin, mais c’est une réalité spirituelle, tandis que l’histoire, comme regard humain, fixe surtout ce qui est tangible. Nous en voyons d’ailleurs un exemple dans l’action des conciles œcuméniques : ils cherchent à formuler la vérité, et non à régler leur compte, comme on dit aujourd’hui, aux mauvais.